Quelques curiosités arboricoles Normandes #2

Mise à jour du 28/05/2014 à voir vers la fin de l’article

Tilleul Jumièges L. Damien

Aujourd’hui, un article un peu plus léger que d’habitude avec des arbres non pas exceptionnels mais simplement curieux, bizarres, tordus et inattendus. Il vous est déjà arrivé sans doute de croiser vous aussi des ligneux étonnants pour une raison ou une autre.

Cette série de végétaux insolites urbains, campagnards et forestiers fait suite à cet article. Voici donc pour vous leurs portraits.

A gauche et à Jumièges (76), dans l’enceinte de l’abbaye, une vieille souche de tilleul s’est régénérée en cépée élancée. On voit que deux branches en haut de la photo se sont soudées, serait-ce une démarche de l’arbre pour tenter de renouer des liens entre chaque nouveau tronc ?

Plus loin, à Sotteville-lès-Rouen (76) nous avons affaire à un cerisier bicolore. Il se trouvait à quelques centaines de mètres de mon ancien domicile, et je l’avais bien vite repéré par rapport à ses voisins monochrome.

Une branche du porte-greffe a réussi à s’imposer peu à peu face au greffon, et en raison de sa vitalité et résistance supérieures, constitue aujourd’hui plus de la moitié du houppier. Le résultat est très coloré, avec en bas le rose de la partie greffée, et au-dessus le très vivace pied qui porte et nourrit son compagnon !

Cerisier Sotteville-lès-Rouen L. Damien (2)

Cerisier Sotteville-lès-Rouen L. Damien (1)

Plus à l’Ouest, à Fontaine-la-Mallet (non loin du Havre – 76) ; les forêts recouvrant aujourd’hui d’anciennes maisons recèlent encore bien des surprises :

Un malheureux jeune hêtre a une blessure indescriptible et d’origine inconnue (tir de fusil de chasse ?) à hauteur d’homme, et file malgré tout vers le ciel. Ce point de faiblesse mécanique cassera net l’arbre lors du coup de vent de trop, si entre temps insectes et champignons n’ont pas fait le travail à sa place.

Hetre Fontaine-la-mallet L. Damien (1)

Hetre Fontaine-la-mallet L. Damien (2)

Dans le même massif d’arbres, un autre hêtre (?) a quant à lui décidé de germer à la fourche d’un jeune Fagus, et ça a plutôt bien marché. Notre arbre-crobate a certes un tout petit « tronc » étonnamment vrillé sur lui-même ; mais il a développé quelques branches qui permettent de faire son cycle comme tout autre ligneux de ce bois tranquille.

Hetre Fontaine-la-mallet L. Damien (3)

Hetre Fontaine-la-mallet L. Damien (4)

Toujours du côté du Havre et à quelques pas de nos deux énergumènes forestiers, se dévoile à présent « l’arbre aux cerveaux » ; sobriquet donné par un ami à moi lorsqu’il le découvrit dans ses escapades forestières.

Ce robinier faux-acacia champêtre possède quelques énormes excroissances au pied [1], et collectionne les autres, qui si elles sont plus petites, sont néanmoins très nombreuses.

F-A Fontaine-la-mallet L. Damien (3)F-A Fontaine-la-mallet L. Damien (2)

Un arbre en effet très curieux… Un expert des pathologies chez les arbres pourra certainement nous dire plus précisément de quoi il s’agit.

Enfin, pour clore cette cour des miracles arboricole, allons à la rencontre d’un frêne têtard finissant ses vieux jours à Coquainvilliers (14) ; à quelques kilomètres à peine du « chêne Mahé » de Formentin.

Frene Coquainvilliers L. Damien (1)Frene Coquainvilliers L. Damien (2)

Ce pauvre bougre n’est plus que l’ombre de lui-même. De son tronc ne subsiste qu’une petite moitié d’écorce, et encore celle-ci est en lambeaux et ne relie le sol qu’à deux très minces endroits !

Aussi incroyable que cela puisse paraître, cela suffit à la sève pour monter des racines vers les quelques branches qui poussent sur les restes de la trogne. En effet, seule une petite partie du bois est vivant et utile à la croissance de l’arbre. Ce qui explique que des vieux chênes ou de vieux ifs, par exemple, survivent alors qu’ils sont entièrement creux. Que 90% du bois disparaisse n’est donc pas fatal à l’arbre si les 10 derniers sont utiles et préservés.

Avant de s’évider ainsi totalement, il devait être assez énorme. Car comme vous les verrez juste en dessous, je peux largement me glisser à l’intérieur de la bête. S’agit t-il du têtard ultime, quelqu’un en trouvera t-il un dans un état plus précaire encore ??

Les paris sont ouverts !!

Frene Coquainvilliers L. Damien (3)

Frene Coquainvilliers L. Damien (4)

Mise à jour du 28/05/2014

Yannick gratifie cet article de quelques découvertes normandes à lui, et c’est en photos que je vous propose de les découvrir. Primo : un cliché de la désormais bien-nommée « croûte de frêne » ; que Yannick a également rencontré au cours de ses balades arboricoles. Un poirier (très) vrillé  habitant quant à lui la Manche, s’est aussi laissé prendre par l’œil avisé de notre comparse reporter.

Croute de frène

poirier torse Fontenay, MancheVient ensuite cette vieille haie plessée, qui se trouve entre deux lieux hautement symboliques en Normandie : l’if du Mesnil-Ciboult et ceux de La Lande-Patry. De vieilles trognes d’aspect bien curieux, qui semblent vouloir sortir de terre pour aller faire un tour !

Ancienne haie plesséée entre Mesnil Ciboult et La Lande Patry

Ancienne haie plessée, les hauts rochers, Saint Clement Rencoudray, MancheEt il y a aussi ce tilleul de Falaise (Normandie toujours) qui veut prendre ses racines à son tronc pour s’épargner de voir du linge pendouiller sous son nez ! Peut-être l’odeur ou la vue de chaussettes et autres culottes lui ont définitivement ôté l’envie de croître ici pour le restant de sa vie ?

Tilleul bipède route de Caen à Falaise,(proche restaurant de L'attache) (3)

Tilleul bipède route de Caen à Falaise,(proche restaurant de L'attache) (2)Merci Yannick pour ta contribution à l’enrichissement d’une catégorie que l’on pourrait nommer « Les inclassables » du blog. Ces spécimens qui sortent des sentiers battus méritaient bien que l’on s’intéresse à eux ici ! Le tilleul bipède est vraiment amusant ! Il s’agit de deux arbres accolés j’imagine ?

Tilleul bipède route de Caen à Falaise,(proche restaurant de L'attache) (1)Tilleul bipède route de Caen à Falaise,(proche restaurant de L'attache) (4)

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10 réflexions au sujet de « Quelques curiosités arboricoles Normandes #2 »

  1. Superbe article, très original. Merci Damien
    Ces curiosités arboricoles prouvent bien que nos amis les arbres ont toute leur place dans ce monde de fous 😉

  2. J’aime beaucoup le cerisier bicolore et particulièrement le frêne têtard vu que je connais fort bien un  » ban de bois vivant  » , certes moins aérien , mais plus long et plus développé .
    Je penserais à photographié ce genre d’arbre à l’avenir .
    Pour ce qui est du robinier , ce genre de chancre est très commun et tout à fait normal .

  3. Très sympa Damien ces « handicapés de la vie qui s’accrochent »
    Le frêne est remarquable, ce qu’a dû remarquer son « propriétaire » pour le conserver au milieu de son champ.

  4. Les inclassables trouvent une place dans le blog!
    Le frêne ou la « croute de frêne » a bien du mérite, pour la concurrencer j’ai quelque part dans mes archives un reliquat de charme têtard, il faudrait que je fouille un peu!

  5. Intéressant comme beaucoup le disent !
    Tu en avais déjà créé un de la sorte, mais j’aime bien de temps à autre, ouvrir de nouvelles frontières.

    Pour l’exemple du fruitier où le porte greffe s’invite à la fête, j’ai déjà eu de belles surprises florales sur certains sujets. Il y a également le cas d’un arbre de verger à greffes multiples avec 5 ou 6 variétés de pommes, je vous laisse vous imaginez le résultat 😉

    Quant au frêne c’est un magnifique exemple pour de la dendro’anatomie’.
    En effet quand on sait que la partie vitale ne représente qu’un petit pourcentage du rayon extérieur, on comprend mieux pourquoi certains spécimens sont plus vite atteints.
    (il y a des cas d’écoles, notamment pour le platane qui possèdent une largeur supérieure à la norme dans la zone du cambium, car pour la plupart celle-ci est composé par environ 2 cernes, alors que pour lui on est entre 3 et 4. Et de ce fait, sa capacité de compartimentation s’en voit amélioré, vous l’aurez peut-être déjà remarqué pour des sujets de ville.)

    – – –
    Une belle curiosité baptisée ‘x sorbacer sycoparia’

    http://www.monumentaltrees.com/fr/fra/moselle/sarreguemines/4235_ruedesvosges/

  6. Merci à toutes et à tous pour vos impressions positives ! Ça fait plaisir de voir que varier un peu de sujet d’étude vous plaît autant 🙂
    Je me suis beaucoup amusé à trouver ces tordus et à vous les présenter au sein de ce petit article !

  7. C’est marrant, en regardant des photos du printemps dernier, je me suis rendu compte que j’avais photographier la croute de frêne depuis la route, après avoir été voir le chêne miraculeux de la fontaine saint Meen…

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