Le chêne observatoire de Herméville-en-Woëvre, Meuse

Située à une quinzaine de kilomètres de Verdun dans la pays d’Etain, Herméville-en-Woëvre est une petite commune meusienne qui, à l’image de nombreuses autres, a été complètement rasée durant la Première Guerre Mondiale.

chêne observatoire de Herméville-en-Woëvre, Meuse Yannick Morhan (3)

Toutefois, le bois communal, bien qu’ayant abrité des postes français et allemands, n’a pas été entièrement anéanti par les bombardements.

chêne observatoire de Herméville-en-Woëvre, Meuse Yannick Morhan (6) On y trouve encore de gros arbres au bois mitraillé, dont ce chêne au pied duquel les soldats français ont installé leurs positions.

Ils y ont construit des casemates et, comme il était courant de le faire, aménagé dans la cime de l’arbre un poste d’observation pour surveiller les positions allemandes. L’une d’elle se trouvait à une centaine de mètres à l’Est, comme le montre la présence d’une casemate allemande (reconnaissable à sa construction plus massive (ici)).

Le tronc porte encore les stigmates de cette fonction de mirador, les échelons de métal permettant d’accéder à la plateforme sont toujours en place.

chêne observatoire de Herméville-en-Woëvre, Meuse Yannick Morhan (1)

Toutefois, le temps faisant son œuvre, l’arbre est en train de les absorber lentement mais surement, depuis près d’une centaine d’années, mais il en gardera la mémoire jusqu’à la fin de ses jours.

Sa circonférence de 3.77 m n’en fait pas un sujet hors normes, mais nous avons bien à faire un arbre remarquable pour sa valeur historique (un « heritage tree » pour nos voisins britanniques).

Malgré la présence de grosses branches mortes, surtout liés à la concurrence des arbres voisins,  ce beau chêne pédonculé semble en relative bonne santé.

Il a résisté aux importantes infestations de chenilles processionnaires du chêne qui ont eu lieu il y a quelques années dans ce secteur. Celles-ci ont entrainé la mort de nombreux arbres et envoyé plusieurs dizaines de personnes à l’hôpital, au point qu’il a fallu faire évacuer les usagers de la forêt pour ne pas engorger le service de urgences!

Outre ce sujet, on trouve au milieu des charmes et des trembles (les deux autres principales essences de cette forêt) d’autres beaux chênes. Une très rapide prospection m’a permis de découvrir cet autre sujet de 4.35 m  de circonférence situé une centaine de mètres au sud du précédent.

chêne 2 Herméville-en-Woëvre, Meuse Yannick Morhan (12)chêne 2 Herméville-en-Woëvre, Meuse Yannick Morhan (13)Aujourd’hui ces arbres et les vestiges militaires, bien que non loin de la route, ne sont pas facilement repérables. Je remercie Mr Robert, le maire d’Herméville-en-Woëre, rencontré fortuitement dans le village, pour m’avoir guidé au pied de ce vénérable et fournie de nombreuses informations.

Prochainement (courant 2015), à l’initiative de la mairie, un sentier sera aménagé en collaboration  avec l’ONF et un canon de marine sera réinstallé à son emplacement « d’origine », afin de conserver la mémoire du lieu et de permettre aux visiteurs de découvrir ce patrimoine historique et végétal.

 

 

 

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10 réflexions sur « Le chêne observatoire de Herméville-en-Woëvre, Meuse »

  1. Magnifique découverte!

    La date de parution (11novembre) n’est pas un hasard, je me trompe?

    Voilà en tout cas un bel exemple d’interaction entre homme et végétale, quant je trouverai le temps, je vous en présenterai une autre, assez insolite.

    Petite question qui m’intrigue: les casemates et l’arbre ont-il une protection juridique particulaire?

  2. Effectivement, la date de parution n’est pas un hasard, je me suis pressé de préparer l’article car je ne l’ai visité qu’hier!
    Pour la protection, je vais me renseigner, je crois que l’arbre est classé remarquable par l’ONF qui gère ce boisement.

  3. Super sujet d’actualité !
    Je suis surpris que malgré toutes ces ferrailles incrustées, ce chêne soit encore présent 100 ans plus tard, c’est un véritable témoin de notre histoire.
    En revanche le pauvre, il n’a pas l’air d’avoir beaucoup profité, ça doit être dur à digérer ces morceaux de ferrailles. En 1914, il ne devait pas être trop maigre pour servir d’observatoire…

    Il existe comme espèce le chêne chevelu, grâce à Yannick on connait désormais le « chêne des poilus à la gueule cassée ».

  4. Un sujet d’actualité. De très belles photos en forêt, apparemment la bonne lumière était là. Un premier sujet surprenant, témoin de la grande guerre. Un deuxième sujet avec un bel empattement et un tronc qui semble vrillé.

  5. Je ne pense pas que notre poilu ai eu trop de difficultés à avaler cette ferraille! Mais cela va peut-être changer, car il entame les parties d’échelons tangentes à son tronc, plus susceptible de perturber les flux de sève…
    Quand à sa vitesse de croissance, si l’on part du postulat que le barreau était à 15 cm du tronc (à mon avis le minimum pour poser le pied), cela ferait un accroissement minimum de 0.30 cm de diamètre soit sur la circonférence 1 cm par an (minimum), pas énorme, mais c’est un chêne forestier…(j’espère que vous ne trouverez pas mon calcul trop capillotracté!)

  6. Quel morceau d’Histoire…
    Je suis ému par l’histoire de cet arbre, et des hommes qui l’ont côtoyé dans la vie et la mort.
    Et je suis ravi que son avenir soit moins confidentiel grâce aux aménagements prévus. Certes, il y a les vestiges, les ruines, les livres… mais il y aussi les arbres

  7. à priori, cet arbre a plutôt été utilisé par les allemands que par les français, je suis passé le voir aujourd’hui, et il est vraiment impressionnant.

    • Bonjour
      Cet arbre servait d’observatoire aux troupes françaises notamment aux canonniers-marins pout le tir de deux canins de marine dont l’emplacement est situé a quelques centaines de metres au sud et un km a l’est.
      Les deux casemates de construction legeres sont françaises et contemporaine de la creation de l’observatoire. Les deux autres casemates sont allemandes et ont ete construites posterieurement.

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