Le pin de Wollemi, un conifère fossile à la conquête du monde !

Dans la famille des Araucariacées, je voudrais l’Araucaria… jusque-là, tout le monde me suit ? Surtout depuis les deux belles découvertes bretonnes présentées par Mickaël.
Mais attention, la suite est plutôt surprenante…
Il était une fois à l’époque du Jurassique, un étrange cousin de l’Araucaria, le Wollemia nobilis. Il prospérait au milieu des fougères arborescentes et devait se faire brouter de temps en temps par les dinosaures. Mais cette plante est restée totalement inconnue du monde scientifique, même sous une forme fossilisée. Personne ne soupçonnait sa présence sur Terre ! Alors sa découverte en 1994, dans une vallée perdue des Blues Mountains en Australie, a fait l’effet d’un séisme dans le petit monde des passionnés de végétaux.
Ignoré de tous depuis des millions d’années, ce « fossile vivant » est bien décidé au troisième millénaire à sortir de l’oubli et à conquérir le monde !

Je vous propose de découvrir cette espèce avec 3 jeunes représentants arrivés en Europe depuis une dizaine d’années :
– au Jardin des Plantes de Paris
– dans un jardin botanique du Roussillon
– dans un jardin public à Monaco

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La fabuleuse histoire de sa découverte :

Pour vous situer le contexte, direction les immensités de l’Australie.
Arrivé à Sydney, il faudra se diriger à 200km  vers le Nord-Ouest dans la région des Blues Mountains. Vous entrez dans le Parc National de Wollemi, réputé pour ses immenses forêts ouvertes d’Eucalyptus. A vous ensuite de trouver une petite vallée  secrète constituée de gorges gréseuses… Et là, Bingo ! Vous êtes dans le seul endroit connu sur terre où s’épanouit une centaine de pieds reliques de Wollemia nobilis.
C’est tout à fait par hasard que le garde forestier, David Noble, fait la découverte dans un canyon isolé d’une espèce qu’il n’avait jamais vue. Ne parvenant pas à l’identifier, il prélève un rameau et l’emporte à Sydney. Les botanistes pensent immédiatement à une fougère arborescente. L’histoire aurait pu s’arrêter à ce moment, mais le « bushwalker » n’en démord pas et il insiste pour amener les botanistes dans cette vallée perdue. Sur place, le doute n’est plus permis. Il s’agit bien d’un arbre totalement inconnu. Encore plus surprenant, il n’est pas possible de le rattacher à un genre existant. Son lien de parenté le plus proche serait les espèces du genre Agathis de la famille des Araucariacées. Il faut donc créer un nouveau genre « Wollemia », en rapport avec le nom du parc national et une espèce « nobilis », en hommage à David Noble.
Complément d’infos en anglais : ici et .
A voir aussi la galerie photos ici et une même une petite vidéo australienne :  Australian movie about the Wollemi Pine.

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Les plus grands Wollemia atteignent 40m de haut et l’ensemble du complexe racinaire serait estimé à 1 000 ans.

Cette plante a bien-sûr été immédiatement placée dans la liste des espèces protégées. Le danger est bien réel lors de la découverte d’une nouvelle espèce. Certaines découvertes (végétale ou animale) ont bien failli entrainer leur perte.
Dans le cas du Pin de Wollemi, sa surface est extrêmement réduite et il ne resterait plus qu’une centaine de pieds vivants. Le lieu de sa découverte sera tenu secret pour deux raisons : éviter un pillage de la zone (l’annonce d’une nouvelle espèce entraine immédiatement la convoitise des collectionneurs…) et ne pas prendre le risque de mettre l’espèce en contact avec des agents pathogènes extérieurs qui pourraient lui être fatal.
Ensuite, la meilleure façon de protéger l’espèce est d’établir un plan de multiplication et de diffusion des semences. Les premiers jeunes Wollemia sont arrivés dans des jardins botaniques européens au début des années 2000. L’espèce est également en vente au public depuis 2010 (ou un peu avant ?). Son prix de vente d’origine s’est vite effondré et il possible désormais d’acquérir un petit Wollemia (avec certificat d’authenticité !) à planter dans son jardin ou à cultiver en pot pour moins de 100 euros. Le voici donc parti à la conquête du monde ! D’autant que c’est un arbre plutôt facile à cultiver mais de croissance lente. Il assez rustique et supporte des gelées de -10°c. Il faudra toutefois éviter les terrains calcaires et trop secs.

Parmi les premiers arrivés sur le vieux continent, voici 3 exemples de Wollemia :

Sur la côte du Roussillon à St Cyprien, le jardin exotique des Capellans offre aux visiteurs la chance de découvrir un joli bouquet de 3 pins de Wollemi. Bien vigoureux et en parfait état sanitaire, ils mesuraient en mai 2014 entre 2m et 2,5m. On peut estimer leur âge à 8-10 ans.
Je vous recommande d’ailleurs la visite (entrée libre) de ce petit jardin des plantes. On y trouve une magnifique collection de camélia et une grande diversité de palmiers dont certains centenaires.
Coordonnées géographiques : N 42,60589° E003,02638° – Altitude 4m –
Je suis repassé en avril 2015 dans le Jardin des Capellans pour compléter les photos et procéder à quelques mesures plus officielles. Le plus grand des trois Wollemia faisait 3,40m de hauteur et 19cm de circonférence mesuré à 1,3m. Les autres Wollemia faisaient en avril 2015 : 2,2m et 2,80m de hauteur.
Une nouvelle mesure du plus grand des trois Wollemia en avril 2016 : circonférence à 1,3m = 21cm et une hauteur estimée à 4,5m.

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A l’autre extrémité de la Côte, un pin de Wollemi trône fièrement dans le Jardin du Casino de la Principauté de Monaco. Une pancarte à son pied nous précise qu’il serait l’un des tout premiers à être planté dans un parc public en Europe… Sa plantation le 6 septembre 2006 est d’ailleurs un véritable évènement puisqu’elle a été réalisée par son Altesse Sérénissime le Prince Albert II en présence de l’Ambassadeur d’Australie en France… Dans ces conditions, ce Pin de Wollemi entre directement dans la catégorie des « Arbres remarquables » de Monaco !!! Lors de mon passage en juin 2010 (dans le jardin, pas au Casino !) il faisait déjà plus de 2m de hauteur. C’est d’ailleurs à cette occasion que j’ai découvert ce fossile vivant.
Coordonnées géographiques : N 43,74034° E007,42651° – Altitude 50m –

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Bien plus au nord à Paris, notre célèbre Jardin des plantes peut se glorifier lui aussi d’avoir 3 pins de Wollemi. Ils ont été plantés en 2006. L’un se trouve devant l’entrée de la Galerie de Paléontologie (que j’ai loupé lors de mon dernier passage à Paris) et un autre se trouve dans la nouvelle grande serre de l’histoire des plantes. Cet exemplaire en serre mesure environ 1,8m de hauteur. Il sera intéressant de comparer son développement avec son frère en extérieur.
Coordonnées géographiques : N 48,84300° E002,35674° – Altitude 45m –
En revanche, je n’ai pas trouvé le troisième Wollemia du jardin des plantes…

Wollemia-nobilis-serre-histoire-plantes-jardin-plantes-paris1

Je lance une mission pour Rémy, notre reporter outremer :
votre mission, si toutefois vous l’acceptez, sera de trouver la vallée oubliée des Pins de Wollemi et mesurer « King Billy », le plus grand Wollemia actuellement recensé (en photo ici). Mais avant d’entrer dans le Canyon secret, il ne faudra pas oublier d’éteindre son GPS et de désinfecter ses semelles de chaussures pour ne pas apporter d’agents pathogènes…


Note : le site WollemiPine.com : présente une liste des sites français où ont été plantés cette espèce. La liste n’est pas exhaustive, mais représente un début d’inventaire… A découvrir ici.


Mise à jour en mars 2015:
Guy a écrit un nouvel article sur le Wollemia nobilis apportant des éléments très intéressants sur les premiers Wollemia introduits en France en 2006. A lire ici.


Mise à jour en juin 2015 :
Sisley, de passage au jardin botanique de Stuttgart, nous signale la présence d’un Wollemia dans la serre australe. Il a été planté en 2006 suite à un  don de la société Kientzler de Gensingen. La circonférence est estimée entre 40 et 50cm et sa hauteur avoisine les 6,5m.
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Mise à jour en Juillet 2016 :

En passant dans la célèbre bambouseraie d’Anduze dans le Gard, j’ai eu l’agréable surprise de découvrir pour la première fois des Wollemias nobilis en pleine floraison. Les fleurs mâles (cônes pendants) et femelles (cônes sphériques) sont séparées mais portées sur le même arbre. Les trois pieds présents à la bambouseraie sont un peu plus jeunes que ceux des Capellans, Paris et Monaco et pourtant ils fructifient déjà !
On peut estimer leur âge entre 6 et 8 ans (date de plantation 2008-2010).
La taille du plus grand est de 2,80m en juin 2016, pour une circonférence à 1,3m de 13cm.

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14 réflexions au sujet de « Le pin de Wollemi, un conifère fossile à la conquête du monde ! »

  1. Je connais très bien le jardin des plantes de St Cyprien j’y suis allée souvent, je confirme c’est un ravissement pour les yeux… je t’y emmènerai mon petit frère Y@nik quand tu viendras par ici…

  2. Plus qu’à attendre quelques dizaines d’années pour savoir quelle zone sera la plus favorable à la croissance de ces conifères injustement nommé pins!
    Il y avait eu un super documentaire sur Arte me semble-t-il sur le sujet, il faudrait que je tente de le retrouver.

  3. oui le jardin des plantes des Capellans est un bel endroit à découvrir. Il est surprenant de trouver ce petit écrin de verdure sur un littoral très minéral et balayé par les vents. A voir et revoir ! Il y a aussi deux splendides paons tout blancs, une belle curiosité supplémentaire.

    -> Yannick : c’est vrai que la dénomination « pin » est loin de la réalité botanique, mais l’important est la dénomination en latin. J’imagine que pour traduire en français « Wollemia nobilis » c’était pas gagné…
    Le mot « pin » est souvent mal utilisé, comme dans l’appellation « pin de l’Oregon » pour désigner le douglas appelé aussi maladroitement sapin de douglas.
    Pour les conditions de culture du Wollemia, le retour d’expérience de quelques passionnés est intéressant, à voir sur le forum des fous de palmiers :
    http://fousdepalmiers.fr/html/forum/viewtopic.php?f=23&t=5803

    Tu es intéressé pour en planter sur tes terres bretonnes ? Je ne sais pas si il y a déjà un Bretagne. A chercher peut-être dans le joli parc de Roscoff…

    Ce serait intéressant d’avoir le documentaire d’Arte, je ne le connais pas. Il date de combien de temps ?

    • Merci Titoune pour cette information. 🙂
      Ce serait chouette d’essayer d’en savoir un peu plus sur ce spécimen breton : date de la plantation, taille (hauteur et circonférence si possible), est-ce qu’il fleurit et fructifie déjà ?
      Et avec une petite photo en plus, on pourrait l’ajouter à l’article. 🙂

  4. Merci pour toutes ces informations.
    J’habite en Alsace ,
    Vous faites savoir que les fleurs mâles et femelles sont portées par la même plante, pourtant mon Wollemi portent que des fleurs mâles pendantes

    y’a t il deux sortes de wollemi?

    merci

  5. Bonjour, je suis également heureux propriétaire d’un pin de Wollemi depuis 2012, et vit en provence. Depuis cette année, il produit également des fleurs femelles, après avoir produit des mâles pendant 3 ans. Il ne mesure que 1,70m environ. Par contre, qui sait comment utiliser ensuite les graines pour produire de jeunes plans ?

    • Bonjour, merci pour l’information .
      suis donc heureuse de votre réponse il me suffit d’attendre encore 2 ans.
      par contre j’ai aussi appris que wollemi se bouture facilement……..

      pouvez vous me décrire comment est la fleur femelle et la graine

      bien chlorophyllement

      • La fleur femelle ressemble à un magnifique pompon de marin, couleur vert émeraude. Il en porte fièrement 6 au bout de rameaux. La reproduction de cet arbre magnifique reste encore mystérieuse à mes yeux: on trouve des graines qui ne germent pas dans les fleurs mâles dessechées, mais j’attends que les femelles finissent leur cycle de croissance lente (environ 8 mois) pour observer et tenter de faire germer les graines. Sinon, que celui qui sait le bouturer éduque ce forum !

        • Merci aux heureux propriétaires de Wollemia pour vos retours d’expérience 🙂
          Effectivement il semble y avoir un décalage entre les 1ères fleurs mâles (en forme de chaton) puis les fleurs femelles (cônes verts avec des piquants, visible discrètement sur 2 des photos des Wollemias d’Anduze). Pour la fertilité des graines puis la réussite de leur germination c’est surement une autre histoire… Tout reste à découvrir avec cette nouvelle espèce !
          N’hésitez pas à continuer à nous faire partager vos observations 🙂

  6. Les photos prises dans le Gard ne montrent que des fleurs mâles; chez moi, en Provence, j’ai désormais des fleurs mâles et des fleurs femelles sur un arbre planté il y a 5 ans.

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