Le Jardin Jnan Sbil à Fès, Maroc

Les parcs et jardins publics sont bien rares dans les grandes villes marocaines. Ils se résument bien souvent à quelques bancs dispersés sur un terrain vague poussiéreux et caillouteux avec quelques arbres tordus à bout de souffle. Pas franchement l’endroit bucolique où il fait bon flâner et profiter d’un peu de fraicheur. D’ailleurs la fréquentation de ces endroits n’est pas toujours recommandable et il est bien rare qu’une famille avec enfants viennent y passer un moment.

La cité impériale de Fès, avec plus d’un million d’habitants, n’échappait pas à cette règle… Sauf que depuis 2011, tout a changé, la municipalité offre désormais à sa population (à moins que ce soit pour ses nombreux touristes…) un véritable poumon vert.

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En fait, si le Jardin Jnan Sbil est un parc public si particulier, c’est parce qu’à l’origine il n’était pas ouvert au public !!!
Il a été réalisé pour le Sultan Moulay Abdallah au XVIII ème siècle. Au fil du temps, le jardin finit par se dégrader par manque d’entretien et de moyens puis se trouve totalement fermé au public.
Mais le Roi Mohamed VI y voit une opportunité d’offrir un nouveau visage à la belle ville de Fès tant prisée par les touristes. Les travaux de rénovation vont durer 4 ans et redonner toute la splendeur à cet écrin de verdure. Le jardin ouvrira enfin ses portes à nouveau au public en 2011 avec une cérémonie officielle présidée par la Princesse Lalla Hasnaa.
J’attendais cette réouverture au public avec impatience. Depuis 2009, à chacune de mes visites, je faisais des bonds de kangourou derrière les grilles pour tenter d’apercevoir les merveilles de ce jardin exotique… Le parc est découpé en plusieurs thématiques sur une surface d’environ 7 hectares : rocaille à cactus, bambouseraie, bassin aquatique, noria, allée majestueuse de palmiers Washingtonia… Et les vieux arbres séculaires sont nombreux, pas forcément dans des dimensions gigantesques mais représentent un grand intérêt botanique.

Pour ne pas alourdir de façon trop abusive cet article, je vous propose de regarder de plus près 5 arbres bien singuliers de ce jardin. Seulement 5 espèces parmi les 3000 espèces végétales recensées dans ce petit paradis… On peut d’ailleurs regretter l’absence de petites pancartes d’identification ne permettant pas au simple badaud d’apprécier toute la richesse du lieu.

Commençons la visite par cet imposant Murier blanc placé à la croisée des chemins. Il présente une morphologie bien différente de celle de nos vénérables muriers du sud de la France. A l’origine, deux troncs bien distincts se séparaient près du sol. Il ne reste actuellement qu’une seule tige, ce qui déséquilibre fortement son allure. Les muriers blancs sont fréquents dans les villes et sur les bords de route du Maroc. Dès avril-mai, les marocains se régalent de leurs fruits le plus souvent « chiper » directement dans les arbres mais que l’on retrouve aussi parfois vendus dans les marchés. Les muriers noirs sont beaucoup plus rares, peut-être qu’à l’origine le murier blanc a été choisi dans l’objectif d’une éventuelle culture du vers à soie (il consomme de préférence les feuilles de murier blanc)…
En décembre 2015, la circonférence prise à 1,3m du sol de la tige unique de ce murier est de 3,45m. Il a été taillé sévèrement (décapité…) il y a 2-3 ans, ce qui en fait un étrange arbre têtard.
Son état sanitaire plutôt médiocre doit être en rapport avec un âge très élevé (il serait hasardeux de se lancer dans une estimation de son âge). Mais les muriers ont une grande faculté à survivre avec un tronc très dégradé.

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Les allées du parc sont agréablement ombragées par une grande variété d’arbres et d’arbustes. Au bord de l’une d’entre elles, plusieurs magnifiques spécimens de Filao. Une curieuse espèce australienne (le Pin australien) rarement plantée sur notre littoral méditerranéen mais pourtant bien présente en France… :  en Polynésie (sous le nom d’Aito), où il est appelé aussi le bois de fer, très recherché comme bois d’œuvre mais surtout comme excellent bois de chauffage… Son rôle social est également indéniable puisqu’il est utilisé en Polynésie et aux Antilles comme substitut aux sapins de Noël. Mais peu de risque qu’il ait cette vocation au Maroc, je ne les ai pas vus « enguirlandés » lors de mon passage fin décembre !
Le Filao se reconnait facilement à ses feuilles ressemblant à des tiges de prêles et ses petits cônes femelles.
Les Filaos de Jnan Sbil sont de dimensions similaires, celui en photo ci-dessous présente une circonférence à 1,3m du sol de 3,30m. Sa hauteur peut être estimée à environ 30m. Un autre Filao près d’un petit pont mesure 3,40m de circonférence.

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Une espèce caractéristique du pourtour méditerranéen est également joliment représentée à Jnan Sbil. Près du bassin carré, un majestueux Pin d’Alep affiche une circonférence (presque) record pour cette espèce. Sa circonférence à 1,3m de haut est de  4,22m. Sa hauteur totale est tout aussi impressionnante mais n’a pas été mesurée précisément. On peut l’estimer à environ 35m. L’état sanitaire de ce vénérable pin est globalement bon. A titre de comparaison, le plus gros Pin d’Alep que j’ai rencontré en France se trouve sur le Domaine de Fondrèche à Mazan dans le Vaucluse et mesure 4,11m de circonférence.
Note du 6 octobre 2016 : Yves Maccagno, auteur des « Arbres remarquables du Gard », me signale l’existence de Pins d’Alep de 5m de circonférence dans le département du Gard, pour l’essentiel situés sur des domaines privés fermés au public.

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Le Belombra est une essence exotique (sud-américaine) assez courante dans les villes du Maroc. Les deux Belombras de Jnan Sbil ne sont pas les plus spectaculaires mais offrent tout de même un développement caractéristique de l’espèce (les deux photos ci-dessous ne leur rendent pas bien hommage). La circonférence du plus gros est d’environ 4m à 1,3m de hauteur. Leur état sanitaire semble excellent.
Yanick nous avait déjà montré d’autres Belombras bien plus spectaculaires notamment avec des sujets portugais, ici.

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On continue dans les essences exotiques avec ce splendide Schinus molle. Une espèce assez fréquente en ornement dans les parcs ou en alignement au bord des rues sur tout le pourtour méditerranéen. Il n’est pas rare de le rencontrer sur le littoral varois et la Côte d’Azur. D’ailleurs un bel exemplaire de Menton avait fait l’objet d’un article sur le Krapo arboricole. Il est appelé également le faux poivrier à cause de la forte odeur de poivre que dégagent ses feuilles froissées. Ses petites baies rouges sont également très appréciés en cuisine comme condiment. Une belle esthétique, une odeur originale et des fruits appréciés, voilà beaucoup de critères pour en faire une Star Arboricole !
Tout comme le Belombra, il est originaire d’Amérique du Sud mais du côté Pacifique jusque dans les contreforts de la Cordillère des Andes. Petit clin d’œil à notre blog, il est souvent utilisé en campagne comme Arbre Têtard avec les mêmes fonctions sociales et productives que nos saules têtards.
L’un des Schinus du Jardin Jnan Sbil est très impressionnant par son tour de taille : 4,50m mesuré à 1,3m du sol. Il est très rare de le trouver dans ces proportions en Méditerranée. En revanche, dans son aire d’origine il peut prendre des formes bien plus spectaculaires. A voir par exemple celui-ci au Mexique présenté sur le site Arbres monumentaux.

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D’autres richesses restent à découvrir dans ce jardin, mais il faut prendre le temps aussi d’apprécier le calme et la sérénité du lieu; un fort contraste avec la proximité de la tumultueuse médina.

maroc2013-097D’autres trésors arboricoles se cachent hors du parc, dans cette vaste métropole à la croissance infinie. Alors avant de poursuivre votre route vers la cédraie du Moyen l’Atlas, prenez le temps de leur rendre visite :
– Les deux Belombras du Rond-Point de Lafiat (appellation locale, nom officiel?), près du Mac Do et du nouveau centre commercial Borj Fez.

– Joli Pin d’Alep de plus de 4m de circonférence dans le jardin des Alaouites à la Porte du Palais avant le Mellah (un jardin souvent mal fréquenté, ne pas espérer trop s’y attarder).

– Deux Belombras monstrueux retiennent un talus près de Bab Semmarine, en bordure de la Medina. La zone semble être en restauration et ces Belombras risquent forts d’être victimes des travaux.

– De beaux Pins d’Alep dans le Jardin Rex (appellation locale, ou Lalla Amina sur les cartes) de plus de 3m de circonférence.

Et certainement tant d’autres qui restent à découvrir…


Attention, fermeture du jardin le lundi et souvent assez tôt en soirée (vers 18 – 19 heures selon la saison).


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5 réflexions au sujet de « Le Jardin Jnan Sbil à Fès, Maroc »

  1. Bel endroit, on imagine le plaisir que cela doit-être d’y flâner à l’ombre des arbres.
    J’aime bien le mûrier m^me s’il manque de branches dignes de ce nom. Le pin d’Alep est superbe, même s’il semble menaçant avec cette grosse déchirure à la base de ses charpentières…

  2. Bravo Castor, tu nous fait voir des arbres magnifique que nous avons peu l’habitude de voir.
    Le blog depuis son piratage , dans sa nouvelle présentation est superbe. Merci Yannick

  3. je viens d’y aller suite a un sejour a fes, je confirme que le jardin est magnifique et l’ile aux oiseaux est superbe avec les ibis, les cigognes et les canards.

    bel endroit tres bien surveillé et entretenu par plusieurs jardiniers.

  4. Salam 🙂 nous allons mon mari et moi de tant en tant nous reposer à jnan sbil ,après avoir faut quelques achats au souk
    Nous aimons beaucoup ce parc ,mais je trouve dommage qu’il n’y ai pas de banc en face du lac ,cela aurait etait magnifique .

    • Oui effectivement le bord du plan d’eau semble avoir la préférence des visiteurs, heureusement que les petites marches en bordure permettent de profiter de cette belle vue dégagée.

      J’en ai profité également pour faire une petite modification à l’article, il s’agit en fait d’un murier blanc et non d’un murier noir comme je le pensais au début. Les muriers blancs sont très fréquents dans la région de Fès… mais je n’en ai pas vu dans de telles dimensions. Et les fruits très appréciées et même parfois vendues sur les marchés au prix dérisoire de 5 dirhams (50 centimes d’euro) le kilo !

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