Le châtaignier de Digons à Pébrac, Haute-Loire

L’imposant châtaignier de Digons est le témoin d’un passé où la châtaigne jouait un rôle majeur dans la vie paysanne du Massif Central. Avec deux autres compagnons plus jeunes, ils sont les derniers survivants d’un ancien verger de châtaigniers.
Sa position isolée et dominante à la lisière de la forêt lui confère le statut respectable de sentinelle du temps pour les habitants du hameau.

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Cette masse végétale impressionnante confirme son caractère multiséculaire : 300 – 400 – 500 ans ? Nul ne le sait, il semble ancré dans cette terre depuis une éternité, à l’échelle d’une vie humaine.
Je me trouve face à un châtaignier hors d’âge au tronc court, bosselé, crevassé, torturé… et très perturbant pour un esprit cartésien : comment mesurer précisément sa circonférence ?
Après l’avoir examiné minutieusement et en avoir fait deux fois le tour, je pense avoir trouvé le bon angle de tir pour dégainer mon fidèle double décamètre Spencer. Je me positionne en amont de « la bête » et enfonce solidement le crochet du déca à 1,3m de hauteur dans le peu d’écorce encore vivante. Toute la difficulté va être de dérouler le ruban bien à l’horizontale… Un véritable challenge et l’affaire s’annonce délicate en passant à l’aval du Géant. Je dois alors me munir d’une perche pour maintenir le ruban à la bonne hauteur. Après quelques minutes accroché à l’écorce du vénérable, je parviens à en faire le tour et retrouve avec soulagement le crochet du point de départ.
Je m’éloigne de quelques pas pour vérifier la bonne position du ruban… Waouh, presque parfait ! Une bouffée de fierté m’envahit et je me mets à rêver du titre honorifique de « Tireur d’élite d’arbres remarquables »… grâce à mon Spencer bien sûr, sans qui je ne serai qu’un simple badaud !

Je peux donc annoncer solennellement la circonférence du châtaignier de Digons : 9,05m en octobre 2015. Mais malgré tout le soin apporté à ma mesure, il me semble plus prudent de retenir une fourchette comprise entre 9 et 9,25m de tour de taille.
La hauteur totale, mesurée au dendromètre suunto, est de 16m.

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Les deux photos suivantes illustrent la difficulté à obtenir une mesure de  circonférence fiable chez les vieux arbres.

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Dégagé de ces obligations dendrométriques, je suis désormais plus serein pour me mettre en mode contemplation et admiration devant ce vénérable castanhier.
Il a une allure bien singulière qui pourrait laisser penser qu’il a trouvé le moyen de rester immortel. En effet, trois rejets partent à la base du pied et semblent vouloir prendre le relais du tronc à bout de souffle. Ils seraient alors susceptibles de prolonger son existence de quelques centaines d’années supplémentaires. Une particularité que l’on retrouve chez certains très vieux châtaigniers comme celui de Kerséoc’h à Pont-l’Abbé dans le Finistère (cf article du Krapo ici).
Une autre espèce s’en est fait aussi une spécialité. Il s’agit de l’olivier, « l’arbre immortel »,  qui a cette faculté incroyable de pouvoir repartir de la souche même après plusieurs centaines d’années d’existence.
Ce châtaignier voudrait lui aussi croire à ce pouvoir d’immortalité…
A moins que les bêtes à cornes, qui lui tiennent compagnie à longueur d’année, en aient décidé autrement. A force de se frotter à son tronc et de profiter de son ombrage, le terrain se ravine et les racines sont mises à nu. Pourtant, il y a une règle d’or dans la sauvegarde de nos vieux arbres : on ne doit pas toucher aux racines d’un ancêtre ! C’est le talon d’Achille de nos vénérables ligneux…
Les photos ci-dessous montrent cet inquiétant ravinement au pied du colosse.

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chataignier-digons-pebrac8Malgré sa labellisation comme Arbre remarquable de France en 2012 par l’Association ARBRES, le châtaignier de Digons reste très discret et peu connu même localement.
Mais finalement, c’est peut-être aussi un bon moyen de vivre paisiblement…

 

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4 réflexions au sujet de « Le châtaignier de Digons à Pébrac, Haute-Loire »

  1. ça fait longtemps que l’on ne t’avait pas vu sur le Blog, Mickaël 🙂 🙂 🙂
    Quelles sont tes dernières trouvailles arboricoles ?

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