Le Séquoia d’Eloyes (Vosges), un Géant de L’Est… bossu !

La Mairie d’Eloyes s’est installée dans l’ancien château de Mme Humbel.
Et cette petite commune forestière des Vosges a eu la bonne idée d’ouvrir au public le parc du château. On trouve sur ce domaine les espèces habituellement plantées à la fin du XIXème – début XXème siècle comme marqueurs de statut social. Le séquoia géant y figure bien-sûr en bonne place suivant la mode de l’époque pour les espèces exotiques rapportées par les explorateurs des nouveaux territoires.
Un parc de château somme toute bien ordinaire… à un petit détail près : l’un des géants présente une drôle de particularité.

Deux séquoias se trouvent sur le domaine.
L’un, sous les traits d’un beau géant californien, présente une silhouette assez traditionnelle sans pour autant atteindre des dimensions records (environ 6m de tour de taille). Une prestance majestueuse, pleine de force et vigueur qui aurait certainement fait la fierté de Mme Humbel.
Mais à quelques dizaines de mètres de lui, son frère n’a pas eu le même sort. Une mauvaise fée s’est penchée sur son berceau et sa croissance n’a pas été aussi harmonieuse… Rejeté en bordure du domaine et tournant le dos au château, le géant cache une affreuse bosse qui lui déforme le pied.

Une chance pour nous car sur notre blog on aime tous les arbres et tout particulièrement ceux que la vie n’a pas toujours gâtés (arbres têtards, arbres des falaises…). Finalement, ce pied bot permet au géant d’Eloyes d’atteindre une dimension record pour la région Grand Est.
Sa circonférence, mesurée à 1,3m du sol, est de 9,83m (9,30m à 1,5m de haut).
Un tour de taille qui vient frôler la barre mythique des 10m. Dans une petite dizaine d’années, le Bossu d’Eloyes pourrait bien rejoindre le club prestigieux des « 10 m de tour », une belle revanche sur la vie !
La base du pied mesure 14,50m de circonférence, ce qui le place parmi les gros empattements de nos séquoias français. A titre de comparaison, le Général de Chalus (le plus gros séquoia français) affiche une base de pied de 15,75m.

La hauteur totale mesurée au dendromètre suunto est de 34m. Une hauteur plutôt faible qui trahie certainement encore un ancien accident de croissance, peut-être la foudre ? Sa cime bien pointue montre que le séquoia est toujours en pleine croissance. Les vieux séquoias dont la croissance en hauteur ralentie, présente un houppier plus arrondi au sommet.

Revenons sur cette dimension record pour le Grand Est. D’après l’inventaire très complet du site séquoia.eu, aucun séquoia n’aurait atteint 10m de tour dans les Vosges ou même en Lorraine. Si l’on étend la recherche à la nouvelle région administrative Grand Est, notre Bossu d’Eloyes prend la deuxième place des plus gros séquoias géants. La première marche du podium revient au séquoia de Lapoutroie (68) avec 10,20m de circonférence.
A signaler tout de même qu’un autre malheureux séquoia souffre de la même difformité à la base de son pied. Il se trouve en Alsace près de Guebwiller, à voir ici.

Il est toujours surprenant de constater que les arbres de l’Est de la France présentent généralement des dimensions moins colossales que leurs collègues de l’Ouest, quelque soit les espèces (chênes, tilleuls, séquoias…). Dans cette région de la France au climat plus rude, les arbres peuvent atteindre en revanche des hauteurs vertigineuses (Douglas de Ribeauvillé…).

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8 réflexions au sujet de « Le Séquoia d’Eloyes (Vosges), un Géant de L’Est… bossu ! »

    • Sans oublier Villes dans l’Ain (c: 12,45 m mesuré par le castor en plus), puis Douvaine (circ: 11,5 m) et Féternes (circ: 10,4 m) en haute-Savoie…
      🙂

      • Salut Tristan,

        je n’ai pas été assez précis dans mon texte. En disant qu’il n’y a pas d’arbres colosses dans l’Est, je pensais plus particulièrement au quart Nord-Est de la France.
        Effectivement, on a bien toute une brochette de tilleuls colossales dans le Centre-Est : Bourgogne, Jura, Alpes du Nord. A croire d’ailleurs que c’est dans ce secteur que l’on trouve la plus grosse concentration de gros tilleuls en France.
        Mais si on regarde dans la nouvelle région Grand-Est, à l’exception du séquoia de Lapoutroie en Alsace, il me semble qu’il n’y a pas d’autres arbres dépassant les 10m de circonférence.
        Alors qu’en Bretagne et Normandie on doit bien dénombrer plus d’une dizaine de colosses de plus de 10m de tour.

        A propos, à partir de quelle circonférence peut-on qualifier un arbre de « colosse » ?
        Tout est bien-sûr très relatif selon les régions et les espèces… Personnellement je me fixe ces circonférences minimales pour désigner un colosse :
        Chênes > 8m
        Châtaigniers et séquoias >10m
        Tilleuls >9m
        Hêtres >6m
        Frênes >7m
        Erabes syco >5m
        Sapins >5m
        Epicéas, pins et mélèze >4m
        Chênes verts >4m en garrigue et >5m hors garrigue

        Avis aux chasseurs d’arbres, qu’en pensez-vous ?

          • Exact, un autre séquoia alsacien de 10m. Il m’avait échappé, il est pourtant bien relevé dans l’inventaire sequoia.eu.
            Finalement, il suffit peut-être de traverser les Vosges pour retrouver quelques colosses 😉

        • Pas facile de déterminer les dimensions minimales requises pour l’obtention du titre d’arbre colosse. Je trouve que dans l’absolu l’aspect véritablement massif commence vers les 4 m de tour.

          Dans le détail, globalement je suis assez d’accord avec toi, même si je minorerais quand même un peu ces valeurs: tu as l’habitude de circuler et de visiter moults arbres exceptionnels sur de nombreux départements, donc forcément tu deviens exigeant. Mais la plupart des gens (y compris forestiers et autres amateurs d’arbres remarquables) auront rarement l’occasion de visiter autant de ligneux d’exception (après des années de vadrouilles et plusieurs milliers de données en stock je peine encore, pour pas mal d’essences, à atteindre des dimensions qui feraient à peine frémir le sourcil du Castor)…

          Je suis assez d’accord avec toi pour Érables syc, Sapins, Pins, mais j’enleverrais 1 m pour Chênes, Frêne, et même davantage pour châtaigniers (>8m), Tilleuls (>7m). Pour le Séquoia, en France, 10 m c’est déjà stratosphérique, et l’impression de « colosse ligneux » débute bien plus tôt. Je dirais… >8m?

          Concernant le hêtre c’est un peu plus délicat je trouve, tant chez cette espèce les formes/structures peuvent varier. À diamètre égal l’aspect colossal ne sera pas le même si on a affaire à un tronc unique où à un multi-troncs. Et même en cas de tronc unique l’impression variera en fonction de la hauteur du fût. Bon cette remarque est valable pour tous les arbres, mais je trouve qu’elle est particulièrement importante pour le hêtre. Je dirais donc >5/5,50 m pour l’arbre élancé mono-tronc et >~7 m pour les multi-troncs.

          En revanche j’élèverais un peu la barre pour les Mélèzes, quand on sait les dimensions qu’ils atteignent dans le Valais. Je dirais 4,50/5 m pour du colosse.

          Pour l’épicéa je distinguerais aussi l’arbre de futaie et la covagne tant la sensation de gigantisme peut varier en fonction de ces différentes structures. Ok à 4m pour l’épicéa élancé, mais je dirais plutôt >4,50m pour la covagne trapue…

          Effectivement cette échelle serait à nuancer en fonction du lieu où on se trouve et de l’abondance où non d’une espèce donnée (sans parler du ressenti, qui variera d’une personne à l’autre, à l’aune de nos expériences, de nos sensibilités respectives). Très subjectif tout ça, pourrait-on dire. Dans tous les cas je maintiens pour ma part le minimum symbolique de 4m pour l’appellation d' »arbre colosse ».

          Il serait intéressant d’avoir l’avis d’autres arbo-reporters…

  1. Oups, je l’avais oublié celui là, on va dire que c’est l’exception qui confirme la règle 😉
    Le Tilleul de Bracon est l’un des rares colosses de l’Est 🙂

  2. Et bien laissez moi confirmer ces dires !!! 😉

    En effet j’ai mesuré peu d’arbres dépassant les 7-8 m de circonférence alors je ne parle même pas des 10 m.
    Il y a d’autres paramètres à prendre en compte, tout d’abord les multiples fronts de guerre qui se sont succédés de 1870 à 1945 et ensuite une plus forte concentration de forêts domaniales et communales dans lesquelles on ne laisse pas toujours les vieux spécimens pleinement s’exprimer.

    (p.s : elle est pas belle la bicyclette bleue de mon frère ?!!)

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