Le Hêtre Président de la Forêt d’Arbois, Jura

Au pays des Sapins Présidents, voici une exception jurassienne : un Hêtre Président qui trône majestueusement dans une petite clairière de la Forêt d’Arbois; un témoignage supplémentaire de l’attachement des jurassiens à leur forêt et tout particulièrement aux arbres remarquables.

L’aménagement du site est très bien réalisé. Il permet un accès facile auprès du foyard en suivant le sentier de randonnée GR59B à partir d’Arbois et en passant par la petite chapelle de l’Ermitage (environ 2km depuis le centre du village).
A noter une mention particulière pour la qualité de l’ouvrage en bois qui permet de protéger le Président contre l’effet néfaste du piétinement (un dispositif rarement mis en place en forêt).
Deux panneaux détaillés et réalisés avec soin apportent des explications précises sur ce patrimoine naturel et historique de la Forêt Communale d’Arbois.
On y apprend que la tradition des arbres présidents est franc-comtoise et date de la Révolution française. C’est en quelque sorte la version forestière des « Arbres de la Liberté » plantés dans les villages.
Au début limitée aux seuls Sapins, la tradition s’est par la suite étendue aux Epicéas puis exceptionnellement aux Chênes et aux Hêtres. Elle est encore très présente dans les départements du Jura, du Doubs et dans une moindre mesure dans l’Ain. Dans les autres régions de l’Est de la France, le titre de Roi ou Seigneur est préféré à celui de Président pour désigner le plus bel arbre de la forêt.
La désignation d’un Arbre Président se fait suite à une élection par les habitants, les élus et les forestiers. Il s’en suit une grande fête d’intronisation autour du nouvel arbre élu. Alors que les arbres prenant le titre de « Roi de la Forêt » ne sont généralement choisis que par un petit comité de forestiers admiratifs et souvent en toute discrétion, sans grande cérémonie.

Le plus célèbre d’entre-eux est le Sapin Président de la Forêt de La Joux (39). Il est en fait le 4ème Président et succède à trois autres sapins élus dans cette forêt depuis 1897 (chez le sapin, le mandat présidentiel est à durée variable 😉 ).

Mais alors pourquoi avoir choisi un Hêtre en Forêt d’Arbois ?
Tout simplement parce que sur ces premiers contreforts du massif jurassien, le sapin n’est pas encore le Roi de la forêt… A 500m d’altitude, nous sommes toujours dans l’étage du Hêtre.
Ce Hêtre Président (ou Foyard Président pour reprendre son nom local) a été élu en 1993 grâce à ses dimensions peu habituelles pour un hêtre forestier : circonférence à 1,30m de 3,15m et une hauteur de 35m.
En juillet 2017, son tour de taille est désormais de 3,60m à 1,30m du sol et de 3,57m à 1,50m. Ce qui représente un accroissement de presque 2cm par an sur la circonférence. La hauteur totale du Président est actuellement de 39m, probablement assez proche de sa hauteur maximale.
Finalement, des dimensions assez faibles si on se réfère aux Hêtres colosses déjà inventoriés en France et en Europe. Mais les arbres présidents sont rarement des champions de leur espèce puisqu’ils sont désignés pour être les plus imposants de leur massif forestier et non pas des challengers régionaux ou nationaux.

Ce Hêtre Président est associé à une autre curiosité forestière, celle d’une ancienne Allée du Roi de Rome.
Il s’agissait de commémorer la naissance du fils de Napoléon, le 20 mars 1811. A cette époque, l’empire napoléonien était à son apogée et le fils de l’Empereur prenait aussi le titre de Roi de Rome. Dans toutes les régions françaises, des plantations ont commémoré la naissance du nouveau Roi de Rome mais bien peu sont encore présentes de nos jours… à croire que le sacre éphémère de l’Aiglon a eu le même effet sur les arbres qui lui ont été dédiés 🙁
Les Arboisiens ont choisi de commémorer la naissance impériale par l’ouverture d’une large allée forestière bordée de majestueux hêtres. Avec le temps, cette allée forestière s’est transformée en route forestière traversant la forêt communale et les vieux hêtres ont tous disparus. Les habitants sont pourtant restés attachés à ce lieu qui a été restauré en 2013 par la plantation d’une nouvelle allée de hêtres.
Le Hêtre Président se trouve à une vingtaine de mètres à l’écart de l’allée du Roi de Rome.

En redescendant dans le village d’Arbois, ne manquez pas aussi de rendre visite à la vénérable Treille de Lignan que Yannick nous avait fait découvrir dans un précédent article.

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11 réflexions au sujet de « Le Hêtre Président de la Forêt d’Arbois, Jura »

    • Oui c’est bien possible, je n’avais pas fait attention qu’il y avait une petite vrille à la base du tronc. Mais je ne pense pas que cela représente un risque pour sa santé. Son état sanitaire semble excellent et à moins d’une prochaine tempête, il devrait garder son titre de Président encore de nombreuses années 🙂

  1. Que voilà un bel (H)être 😀
    Et je vais transmettre les photos au Président de l’association qui s’occupe du cade de Castelnau parce que, après le cerclage réussi, c’est ça qu’il faut faire maintenant !….. sauf que notre ancêtre se trouve sur un chemin communal qu’on ne peut évidemment pas fermer à la circulation…. 🙁

  2. Après le Charme du Morvan, le Bel Hêtre Jurassien 🙂

    Je me demande d’ailleurs, si ce Hêtre Président était déjà présent au moment de l’ouverture de l’Allée du Roi de Rome en 1811 ? Les Hêtres forestiers ne vivent pas très vieux, rarement plus de 250-300 ans… Je ne sais pas quel est l’âge de Président d’Arbois (évidemment plus vieux que notre Président actuel 😉 ), peut-être 200-250 ans ??? Ce n’était peut-être qu’une tige bien fêle au moment de l’ouverture de l’allée du Roi de Rome…

    Le piétinement et d’une façon générale le tassement excessif du sol autour des vieux arbres est très préjudiciable pour leur état de santé. Pat’, tu as un cas flagrant de dépérissement de la sorte dans ton secteur : le vieux chêne de Poulx 🙁
    Maintenant, la mise en œuvre d’un tel ouvrage autour du hêtre président est exceptionnel en forêt, généralement un simple périmètre de protection avec des barrières basses autour de l’arbre peut faire l’affaire…
    Ce genre de « parquet flottant » autour des arbres est même plutôt rarissime dans les parcs. J’en connais 2 autres exemples équivalents à celui d’Arbois : la protection du hêtre à feuille de fougère du Parc Jouvet à Valence et le Cèdre de l’Atlas du Jardin du Las à Toulon.
    Je vais faire suivre 2-3 photos pour illustrer ces installations en bois, si Yannick peut les intégrer au message ?


    • Que veux-tu je suis une grande amoureuse… des arbres 😀

      C’est Yves et M. Anigo (de l’association ARBRES) qui veulent qu’on mette en place un périmètre de protection autour du cade.
      C’est une bonne idée mais pas très réalisable en l’occurrence vu la configuration du terrain.
      Pour le chêne de Poulx c’est sûr que de marcher au pas sur ses racines ça n’a pas dû l’arranger (rappelle-toi ton passage sous ce chêne ☺) mais il s’est dit aussi que fut un temps ce vaste champ servait de… tout à l’égout pour le village voisin… mais peut-être aussi qu’après mille ans de garrigue il en a eu assez de voir des petits hommes verts et qu’il meurt de sa belle mort !!!

      • Il est chouette notre président! Au moins celui-ci ne réclame pas de de sondages;;;
        Concernant les parquets je suis partagé, il y a certains inconvénients. Trop petits ils ne déplacent le piétinement que de quelques mètres, là ou le chevelu racinaire s’étend. Trop grand c’est un frein au dépôt naturel de matière organique (feuilles, bois morts…).
        L’usage de bois traité est probablement néfaste, les antifongiques doivent probablement contaminer les sols…

        En exemple le chêne Guillotin : http://lestetardsarboricoles.fr/wordpress/2013/07/20/des-nouvelles-du-chene-guillotin-a-concoret-morbihan/

        L’ONF en a installé un certain nombre, par exemple le chêne cuve en Normandie, et pus récemment le chêne des Hindrés en Forêt de Paimpont (35)…

        • Merci Yannick pour ces précisions. Effectivement, je n’avais pas pensé à ces inconvénients qui finalement font hésiter sur la mise en oeuvre de tels dispositifs… et certainement très couteux… en comparaison à une simple barrière placée à 10-15m du pied de l’arbre.
          Même si ces barrières ont un effet un peu frustrant… j’aime bien toucher l’arbre, le contact avec son écorce, ressentir l’énergie qui se dégage…

  3. Je connaissais des épicéas Roi de Rome ( au Russey dans le Doubs ) mais pas une allée de Hêtres , ce Hêtre magnifique et choyé par sa commune aurai dû recevoir le nom de Louis Napoléon Bonaparte, premier Président de la République !!!

    • Merci pour l’info Guy, je ne connaissais ces épicéas du Roi de Rome, je le note pour les prochaines visites à faire dans le secteur 🙂

  4. Un hêtre président, il est vrai que c’est peu commun et bel et bien propre à certains départements !
    Au moins l’on garde cet esprit de respect, de distinction et même si l’on a souvent un arrière fond de la foresterie d’exploitation avec le bois d’élite, cela permet au moins de mettre en avant certains spécimens.
    – – –
    Pour ce qui est des plateformes anti-piétinement je pense que pour la plus part des arbres n’ayant pas le périmètre de sécurité requis pour créer une zone de protection délimitée (ex : îlot de vieillissement), il est utile de passer par ce biais et même si il est vrai que l’on perd un espace d’échange entre la litière et le sol, la perméabilité de ce dernier est primordiale. Peut-être qu’il existe des revêtements plus adaptés au passage de la matière organique ??!..

    • Je n’y pense que maintenant, mais en Bretagne en forêt domaniale de Loudéac, nous avons aussi un hêtre président.
      Il n’est pas extraordinaire, mais c’est un cas unique !!

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