Sur la piste du peuplier de l’Herbasse (Drôme) grâce aux Têtards !

Je n’aurai certainement jamais rencontré ce vénérable peuplier sans l’efficacité du réseau des Têtards Reporters !
Voici l’histoire d’un peuplier-colosse, coulant des jours heureux près de chez moi et dont j’ignorais totalement l’existence jusqu’au jour où…

… je repérais par hasard un point ordinaire sur la carte de France de Tristan, notre Reporter du Léman. L’info provenait de la base de données Arbres Monumentaux et annonçait une mesure incroyable de 9,68m de circonférence pour un peuplier dans la Drôme. Mais une telle valeur suscite forcément de la méfiance auprès des chasseurs d’arbre… et pour être honnête, je flairais même une grosse arnaque !!! Faut pas prendre le Castor masqué pour le Pigeon masqué ! 😉
A tel point que je mettais l’info de côté et je finis par l’oublier…
Quatre ans plus tard, je tombe au hasard des clics, parmi les quelques 700 articles du Blog des Têtards, sur un reportage de Y@nick présentant une compilation des Peupliers Vedettes de l’Ouest de la France. Il faisait référence à un incroyable peuplier drômois cité dans l’ouvrage « les Arbres remarquables d’Europe » de Jeroen Pater (célèbre chasseur d’arbres hollandais), comme la référence absolue du peuplier noir en France !!!
Alors là s’en était trop ! Comment était-il possible que je sois passé à côté d’un tel colosse si près de chez de moi ???
Je me rendais alors immédiatement sur place en priant Saint Crépin« patron des chasseurs d’arbres » – pour que je n’arrive pas trop tard, la vieille photo aperçue montrait déjà des signes inquiétants de dépérissement…
Bien que la localisation du Géant soit annoncée comme approximative sur la carte de Tristan, je n’eu aucune difficulté à débusquer le peuplier-champion. J’ai d’ailleurs une confiance aveugle en mon ami haut-savoyard qui parvient à positionner les arbres en recoupant les informations issues de différents outils informatiques avec une telle précision et un tel talent que le résultat semble relever de la magie pour le commun des mortels !
Sa position encaissée dans la vallée de l’Herbasse nécessite une petite marche d’approche. Il faut le voir comme un avantage car il est parfois bon de se délester de nos engins motorisés pour mieux apprécier les arbres remarquables dans leur environnement naturel et découvrir leur gigantisme progressivement.

Un gigantisme à la hauteur de mes espérances !
Mais face à un tel monument végétal, il convient d’être précis, un simple tour de taille peut être trompeur sur les vieux arbres au tronc boursouflé, je m’affaire donc à le mesurer à différentes hauteurs :
En avril 2018, la circonférence à 1,30m  est de 9,12m – à 1,50m = 9,05m et à la base de  10,50m.
Un tour de taille rarement observé pour du peuplier noir. Il faut reconnaitre que malgré sa croissance rapide, la durée de vie relativement courte de l’espèce ne lui permet pas de dépasser souvent les 6m de circonférence.
Il reste toutefois un point troublant dans ce relevé de mesures : les 9,12m sont bien inférieures aux 9,65m annoncés par Jeroen Pater en 2002.
L’explication sur cette « décroissance » anormale m’a été apportée par le propriétaire.
Précisons que mon étrange comportement autour de l’arbre avait été immédiatement repéré par le propriétaire depuis la ferme voisine. Un brave homme, soucieux, qui s’était empressé de venir s’assurer que je ne venais pas porter préjudice à son arbre vénéré.
Après l’avoir rassuré sur ma démarche totalement inoffensive, il m’apprend qu’une grosse charpentière s’est effondrée en 2014 et a arraché une partie du tronc. Son tour de taille s’en est trouvé réduit de 50cm… bien peu de chose sur la géométrie du colosse, mais ce petit accident de la vie change tout dans le classement des peupliers géants !
Son titre présumé de plus gros peuplier de France avancé en 2002 dans l’ouvrage de Jeroen Pater n’a plus aucune raison d’être. Les peupliers géants d’Aquitaine de 10m de tour présentés par Philippe Rabillat sont désormais à l’abri de toute concurrence. Il perd également sa suprématie sur la moitié Est de la France dont « La Pouplie » , peuplier marnais présenté par Yannick, le devance de quelques centimètres.

Il faut se rendre à l’évidence que le Peuplier de l’Herbasse est entré dans une phase de déclin, et continuera à s’effondrer progressivement au sol au cours des prochaines années… c’est son triste destin, mais finalement celui du cycle normal de la vie d’un arbre. Réjouissons-nous que sa position isolée en bordure de champ lui permettra de suivre le cycle complet de son évolution sans être interrompu par une intervention humaine trop radicale…
Il n’en reste pas moins pour le moment le plus gros arbre du département de la Drôme, connu à ce jour.
Sa prestance majestueuse n’aura été finalement que de courte durée comparée à celle d’un vieux chêne ou d’un vénérable châtaignier. Aucun document ne permet de témoigner officiellement de ses origines, mais son propriétaire, en fin connaisseur du milieu naturel, estime son âge à environ 175 ans. Une estimation qui semble tout fait réaliste et pleine de bon sens si on le compare à ses voisins drômois, les Peupliers de la liberté âgés de 200 ans (Poyols et Lus-la-Croix-Haute) et dans un état de dégradation très avancée.
Cent-soixante-quinze ans, cela peut paraitre bien court pour la vie d’un arbre, mais toutes ces années passées dans un milieu naturel sauvage laissent forcément des marques. Il a connu les furies de l’Herbasse, provoquant de terribles inondations, plusieurs tempêtes l’ont défiguré et il a été aussi victime de sa notoriété locale… peut-être la plus dangereuse… A ce propos, il faut savoir que le Peuplier de l’Herbasse est une véritable Star locale. Il fait parti des objectifs de balades du WE pour les riverains et sert aussi de point de ralliement pour de nombreuses célébrations ou pour un simple pique-nique dominical. Il est même l’objet d’une géocache bien dissimulée dans un pli de son écorce.
Le propriétaire a toujours fait l’effort de laisser l’accès libre à son arbre-vedette et c’est tout à son honneur ! Il est conscient du caractère remarquable de son peuplier et a fait appel à un élagueur professionnel en 2009 pour alléger et sécuriser le houppier de son arbre géant. En signe d’admiration pour son arbre, il lui a même laissé une petite dédicace à l’intérieur de son tronc telle une épitaphe sur la vieille carcasse du colosse.
Toutes ces preuves d’amour sont malheureusement gâchées par le manque de respect de certains visiteurs qui n’hésitent pas à venir en voiture jusqu’au pied du colosse et laissent toutes sortes de « petits souvenirs » indésirables à proximité…

Une situation qui attriste ce brave propriétaire. Il souhaiterait seulement, en toute légitimité, un peu plus de respect pour son arbre exceptionnel ! Il garde pourtant une vision réaliste de la situation actuelle, il a bien conscience que son arbre est condamné à s’effondrer à court terme… Mais sans tomber dans le pathétique ou le mélodrame, il m’annonce avec un petit brin de malice dans la voix que le colosse a un petit frère bien caché près de la rivière, qui se tient prêt à prendre la relève.
La vie continue et semble éternelle dans cette douce vallée de l’Herbasse. Quel joli petit coin de paradis !

Attention, mise en garde importante du propriétaire sur l’accès libre au vénérable peuplier : il est interdit de circuler en voiture au pied du peuplier, les véhicules motorisés doivent être laissés au niveau du pont menant à Charmes-sur-l’Herbasse, à quelques centaines de mètres en amont du site. Faut-il également rappeler que les visiteurs doivent respecter l’environnement et ne laisser aucune trace de leur passage ? Merci pour le propriétaire et pour le Colosse de l’Herbasse !


Pour cette rencontre inoubliable avec ce peuplier exceptionnel, je tiens à remercier chaleureusement tous les Têtards qui m’ont mis sur sa trace avant qu’il ne soit trop tard : Tristan, Y@nick et Yannick !

Share Button

4 réflexions au sujet de « Sur la piste du peuplier de l’Herbasse (Drôme) grâce aux Têtards ! »

  1. Bonjour à tous
    cet exemple pose la problématique des élagages des vieux arbres. En effet on parle d’un élagage qui aurait allégé la structure? certes la structure est allégée, mais l’arbre est sérieusement mutilé. Il réitère assez fortement, mais faire des coupes aussi grosses sur des charpentières reste très problématique d’autant qu’il n’y a aucun espoir de fermeture des coupes. On a en plus affaibli l’arbre en le privant d’une partie de ses réserves. Ces coupes vont provoquer des creusements et pourritures dans la partie supérieure du tronc qui était sans doute saine. On a peut-être limité le risque mais on a sans doute abrégé son espérance de vie ! Quand on prend une telle décision, il faut vraiment peser le pour et le contre. Peut-être que dans ce cas précis il aurait été plus pertinent d’ haubaner pour éviter que le houppier ne s’ouvre en deux ? mais peut-être que si on avait conservé le houppier le risque de renversement aurait été trop fort ? Dans ce cas des tests de traction auraient peut-être permis de sauver la tête…..C’est bien entendu un sujet compliqué et qui demande sans doute de mettre de l’argent dans des expertises avant élagage, ce que le propriétaire ne pouvait peut-être pas ! La problématique des arbres sur le déclin est complexe. Il faut lutter contre les idées telles que « regardez cette coupe lui a fait du bien, voyez toutes les belles repousses ». Aucune taille bien entendu ne régénère aucun arbre, d’autant plus qu’il est vieux et qu’on lui enlève des réserves précieuses. En général il faut se contenter d’enlever le bois mort. Mais il y a des experts qui préfèrent ne rien toucher et mettre simplement un périmètre de sécurité….

    • La problématique est complexe et chaque cas est particulier.
      La réduction n’est à mon avis pas forcément à exclure, mais il ne faut pas l’envisager comme une action visant à régénérer l’arbre, mais comme une anticipation de l’évolution de celui-ci. C’est ce que les anglais appel la stratégie de retranchement. L’arbre se réduit et aussi se creuse afin de réduire sa statique, en formant parfois un houppier secondaire assurant parfois bien des décennies de sursis!
      Tailler, étayer, haubanner ou ne rien faire cela dépend de la phylosophie et de la sensibilité et des moyens financiers du décideur et de ses conseillers et de l’arbre en question. Sachant qu’ormis laisser la nature faire, les autres techniques nécessitent un suivi.

  2. Et bien que dire ? Un colosse tranquille !!
    Par St Crépin, je suis sidéré que le chercheur d’arbres n°1 soit passé à côté de ce monument.
    Je l’avais aussi repéré depuis le livre sorti en 2006 et je l’ai vu quelques fois dans des listes, mais longtemps on l’a bizarrement mis de côté jusqu’à ce jour.

    En lui rendant ainsi une dédicace, j’espère qu’il finira paisiblement son cycle et que son congénère de la rivière prendra le relais.

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.