Les arbres remarquables de Grenoble – 2ème partie : les autres arbres

Un arbre remarquable n’est pas forcément toujours colossale ou gigantesque (chapitre 1), d’autres aspects peuvent le rendre tout aussi exceptionnel et en faire un « Arbre à part ». Ces critères sont multiples, bien que parfois très subjectifs… mais peu importe ! Il suffit parfois d’une seule chose : l’arbre remarquable doit susciter l’émotion chez celui qui le découvre ! Ce sentiment peut être provoqué par sa présence dans le paysage, un lien avec un fait historique, un esthétisme particulier, un caractère exotique inhabituel… c’est que nous allons découvrir dans ce chapitre2.

Le Chêne de Pressembois (Venon) dominant sur sa colline le bassin grenoblois (label ARBRES 2017)

Les marqueurs de paysage et ceux à l’esthétisme singulier

Malgré une part de subjectivité propre à chacun, il faut reconnaitre que certains arbres ont une silhouette tellement forte qu’ils sont indissociables du paysage. Ce sont même parfois eux qui créent le Paysage.
Et dans ce domaine, un arbre fait référence : le Chêne de Venon ou plus précisément de la Ferme de Pressembois. Perché sur sa colline, il domine depuis près de 300 ans l’agitation du bassin grenoblois. C’est l’arbre emblématique de la Capitale des Alpes, celui que l’on cherche du regard pour se repérer ou celui qui devient le but d’une promenade dominicale en famille. Et quel esthétisme !!! Il a la réputation d’être l’arbre le plus photographié des Alpes. C’est simple, il sert de modèle à tous les photographes amateurs et professionnels de la région. Il est d’ailleurs régulièrement cité dans les ouvrages sur les arbres remarquables et a même fait la couverture de l’un des opus de la saga arboricole de Georges Fetermann (Président de l‘Association ARBRES).
Et si certains arbres peuvent se vanter d’avoir leur page Wikipédia, lui est tellement célèbre qu’il a même sa page Facebook suivie par près de 1500 personnes !!! – article
Après la présentation du « Chêne des neiges », il n’est pas facile de proposer d’autres candidats avec une singularité aussi marquée. D’autant que ces critères artistiques sont souvent propres à chacun, auxquels se mêlent parfois des sentiments profonds en lien avec notre histoire personnelle. C’est le cas par exemple du Cèdre de Gières que Rémy nous avait présenté dans un article.
Nous avions vu également dans le chapitre 1, l’arbre emblématique du Parc Paul Mistral (le Marronnier aux gros bras) et celui emblématique du Château de Sassenage (le Grand Cèdre). Il faut bien reconnaitre que côté esthétisme, les vieux cèdres ont une personnalité tellement forte qu’ils parviennent par leur unique présence à sublimer un parc ou un Monument historique.
En matière de séquoia, seul le « Monstre à deux têtes » de Maupertuis à Meylan a une empreinte paysagère forte.
Dans un autre style, citons les Calocèdres du Golf d’Uriage qui ponctuent d’îlots peuplés d’arbres géants un océan de verdure – article
Le « Pin candélabre » (Pinus nigra) du parc Géo Charles à Echirolles, positionné près des jeux pour enfants, donne aussi un charme particulier à ce parc historique.
La silhouette isolée d’un arbre dans le paysage captive le regard. Outre le Chêne de Venon et l’Arbre taillé du plateau du Vercors, on peut retenir aussi « Le Solitaire de Roche Béranger », un Pin cembro servant de repère aux skieurs de Chamrousse.
Les vieux arbres têtards de la Plaine du Grésivaudan ont également ce rôle de marqueurs de paysage. Tout comme le Grand Frêne de Lespinasse (Veurey-Voroize) au bord de la route menant à Montaud, ou encore le Platane solitaire de la Maison des arts à Montbonnot.
Deux platanes sont également célèbres dans le Parc de la Poya à Fontaine : penchés au-dessus d’un ruisseau, ils ont trouvé sur l’autre rive un support les maintenant dans un équilibre précaire. Ils sont mentionnés à plusieurs reprises et apparaissent sur d’anciennes cartes postales. Ils apportent une touche de romantisme indéniable très appréciée des visiteurs.
Et dans un tout autre registre, le petit cimetière de Fontanil-Cornillon, peuplé ( 😉 ) de plusieurs dizaines de cyprès de Provence (pour faciliter les âmes défuntes à rejoindre directement le ciel) donnent au paysage une ambiance très provençale.

Les Arbres liés à un évènement commémoratif ou historique

  • Les Arbres de Sully

A la différence des deux Savoie (non rattachées à la France à l’époque d’Henri IV), les petites communes iséroises ont bien suivi les recommandations de  Sully en 1601 qui demandait à ce qu’un Tilleul ou un Orme soit planté à proximité de chaque paroisse. En Isère, c’est le Tilleul qui a été choisi, ou du moins, c’est la seule espèce qui soit parvenue jusqu’à nous. En se limitant uniquement à notre petit périmètre, on dénombre pas moins de quatre Tilleuls de Sully : l’un près de la chapelle de St Nizier (St Martin d’Uriage) – article krapo arboricole , un autre coincé entre l’église et la route principale de Quaix-en-Chartreuse, deux tilleuls près de l’église de Notre Dame de Commiers et celui près du cimetière de St Martin le Vinoux, malheureusement abattu en avril 2002 malgré tous les efforts pour l’épargner. En revanche, le vieux tilleul de l’église des Ardillais à Crolles est trop jeune (250-300 ans, tout de même !) pour être rattaché à l’époque de Sully. Peut-être a-t-il été planté suite à la disparition du Tilleul de Sully d’origine ?
A lire l’article complet sur les Tilleuls de Sully de l’Isère.

  • Les Arbres de la Liberté

Dans la zone d’inventaire, il ne reste aucun arbre planté pour célébrer la période révolutionnaire (1789 à 1792). On peut faire le même constat sur l’ensemble du département de l’Isère (dans l’état actuel de nos prospections…). Pourtant de l’autre côté du plateau du Vercors, dans la Drôme, deux peupliers sont toujours vivants (mais à bout de souffle) et sont parmi les derniers témoins régionaux des Arbres de la Liberté plantés en masse dans les villages de France il y a 220 ans.
En revanche, pour célébrer le bicentenaire de la Révolution Française, un Chêne pédonculé a été planté en 1989 près du Monument aux morts du Parc Paul Mistral. Âgé d’une trentaine d’années aujourd’hui, le jeune chêne passe inaperçu aux yeux des badauds, même sa plaque commémorative placée négligemment au sol se fait de plus en plus discrète…

  • Les Arbres de la Paix

Pour célébrer la fin de la 1ère guerre mondiale et la paix retrouvée, un Pin Weymouth a été planté en octobre 1918 dans le Parc thermal d’Uriage-les-Bains. Le choix de cette espèce comme Arbre de la Paix peut sembler curieux, mais il est en fait très symbolique cf. article.
Pour commémorer le centenaire de l’Armistice de la Grande Guerre, il faut souligner l’effort de la Communauté de Communes du Grésivaudan qui a incité chaque village à planter un Arbre de la Paix à l’automne 2018. Le Chêne des Marais (espèce américaine proche du chêne rouge avec son feuillage flamboyant à l’automne) a été choisi comme Arbre de la Paix. J’ai été vérifié si les communes du Grésivaudan avaient bien suivi cette belle initiative et j’ai été agréablement surpris de trouver des petits chênes des marais associés à une plaque commémorative dans les lieux suivants :
– Au siège de la Communauté de Communes du Grésivaudan (Crolles)
– A la Mairie de Biviers
– Aux Ardillais à Crolles
– A la Mairie de Montbonnot- St Martin
– Devant le Collège du Grésivaudan à St Ismier
Il est fort possible que d’autres plantations m’aient échappé…

  • Les Arbres commémoratifs du Jardin des Plantes

Quatre arbres ont été plantés dans le Jardin des Plantes de Grenoble en l’honneur de personnes illustres et d’évènements particuliers :
– En Février 1996 : un Tulipier de Virginie est planté en mémoire du 1er ministre israélien Yitzhak Rabin assassiné en 1995
– En 2005 : Un « Arbre de la Laïcité » est planté pour célébrer le centenaire de la loi de séparation des Eglises et de l’Etat en France
– En 2008 : Un Olivier est planté comme « Arbre de Paix » en solidarité avec le peuple palestinien
– En Septembre 2008 : Un Pommier à fleurs est planté sous l’appellation « Arbre de Gandhi » (pas plus de précisions…).

Les Arbres protégés

Bien qu’il n’existe toujours pas de réelles protections juridiques pour nos amis les arbres, certains dispositifs permettent cependant de les reconnaitre plus ou moins officiellement… une première démarche vers une meilleure considération des vieux arbres.
A ce titre, parmi les cinq arbres ayant reçu le prestigieux label Arbre Remarquable de France décernés depuis 2000 par l’Association ARBRES, deux d’entre eux se trouvent dans le périmètre inventorié de la métropole grenobloise :
– Le Magnolia grandiflora de la Casamaures (St Martin-le-Vinoux) en 2007 – article
– Le célébrissime Chêne de Pressembois (Venon) plus récemment en 2017 – article
D’autres arbres identifiés comme remarquables au cours de l’inventaire pourraient profiter d’une certaine mesure de protection car placés à proximité immédiate d’un site inscrit ou classé à la liste des Monuments historiques de France (périmètre des 500m). C’est le cas par exemple des arbres de parc du Château de Vizille et de Sassenage. Rien que sur la commune de Grenoble, 33 monuments sont inscrits à la liste des Monuments historiques.

Les Exotiques et les Frileuses débarquées dans la Capitale des Alpes

Grenoble se trouve à un carrefour géographique entre les Alpes du Nord et du Sud. Dans la plaine du bassin grenoblois, à 200m d’altitude, les hivers ne sont jamais trop rudes et en zones urbaines les températures ne descendent qu’exceptionnellement en-dessous de -5°c. Une situation plutôt favorable pour l’introduction d’espèces « frileuses » dans les endroits les plus abrités. Un phénomène qui devrait aller en s’accentuant avec le changement climatique en cours… La présence de ces espèces au tempérament plus sudiste qu’alpin peut avoir deux origines : spontanée / naturelle (des graines qui auraient été transportées accidentellement et auraient trouvé des conditions favorables à leur germination et leur développement) ou introduite / forcée par l’action humaine.

  • Les exotiques spontanées

Sur ce sujet, de très nombreuses publications décrivent les sites où ont été relevées des espèces méditerranéennes sur les bords de la cuvette grenobloise.
En effet, les deux massifs calcaires (Chartreuse et Vercors) peuvent offrir des situations protégées et bien exposées à basse altitude particulièrement favorables à ces espèces méridonales.
Le chêne vert, le chêne pubescent, le pistachier térébinthe, l’érable de Montpellier, le nerprun alaterne parviennent à coloniser les versants sud de la Chartreuse (site de la Bastille…) et du Vercors ! Mais de là à en faire des espèces remarquables, c’est moins évident… très peu ont intégré l’inventaire.
En revanche, la présence du mythique Genévrier thurifère sur certaines stations du bassin grenoblois mérite toute notre attention. Bien loin des dimensions colossales de ceux de St Crépin (Htes Alpes), leur unique présence au-delà du 45ème parallèle force déjà l’admiration. La plus grande concentration de thurifères se trouve sur le Rocher de Comboire (alti 500m en Vercors, Claix), un site protégé et accessible uniquement aux grimpeurs. Pour info, une via cordata traverse le Rocher de Comboire et permet d’observer au plus près ces résineux nanifiés. A signaler aussi un joli Genévrier thurifère isolé sur son rocher dans le passage étroit dit de « La Cheminée » (alti 925m en Chartreuse, Voreppe).
Les chênes pubescents sont assez courants sur ces deux massifs calcaires, mais un seul mérite vraiment l’appellation d’Arbre remarquable. Il s’agit du Chêne pubescent présent dans le parc de la Mairie (Parc Miribel) de Montbonnot-St Martin (circ 3,45m H19,50m).
Le Massif de Belledonne n’est pas en reste en matière d’espèces « exotiques ». L’association pins à crochets / pins cembros sur les pistes de ski de Chamrousse est un cas unique dans les Alpes du Nord.

  • Les frileuses introduites

Arbres de Judée, Micocouliers, Pins parasols, Palmiers chanvres, Cyprès de Provence… sont des espèces méditerranéennes parfaitement acclimatées dans les jardins grenoblois et donnent à la Capitale des Alpes des petits airs provençaux.
Mais plus étonnant, on trouve également :
– Quelques Eucalyptus (espèce gunnii, la plus résistante au froid) qui ornent ponctuellement certains jardins privés grenoblois. Ils sont pour la plupart assez jeunes (10-20 ans) et n’ont pas encore atteint de dimensions remarquables. Un seul exemplaire sort vraiment du lot, celui planté sur le vaste Domaine Universitaire de Gières (circ 1,70m H15m) d’un âge avoisinant les 25 ans – article. Sa résistance au froid avoisinant les -10 / -12°c devrait lui permettre de supporter les hivers grenoblois. Par contre, les espèces d’eucalyptus plus tropicales sont absolument à proscrire. A ce propos, un Hôtel récemment construit à Montbonnot en a fait les frais. De grands eucalyptus exotiques (espèce précise non identifiée) ont été installés autour de l’hôtel en 2013… ils ont résisté à 4 hivers successibles, ce qui est déjà un exploit, avant de tous « grillés » lors du froid plus intense de l’hiver dernier (mini à -8°c) ; certains semblent tout de même repartir à la base des tiges sèches.
– Toujours sur le Domaine Universitaire, le petit Arboretum de Gières offre bien des surprises : un jeune Chêne liège (unique dans le département ?) d’une quinzaine d’années survit tant bien que mal à chaque hiver grenoblois – article.
– Dans le Jardin des Plantes à Grenoble, un Mimosa fleurit abondamment chaque année, un moment fort à ne pas louper… surtout pour les sudistes expatriés à Grenoble en manque de soleil 😉
– Mais en matière d’exotisme à Grenoble, le Jardin des Dauphins (accès à la Bastille par la Porte de France) recèle un petit trésor ! Pas facile à trouver, il est caché dans un petit espace protégé au pied d’une paroi rocheuse lui conférant un microclimat. Un coin que j’avais repéré de longues dates à cause de la présence de cactus plantés au pied de la falaise. Par contre, ce n’est que récemment que j’ai remarqué deux espèces surprenantes : un Parasol chinois (Firminia simplex, circ 1,40m H16m) et surtout, totalement inattendu, un Chêne zéen (Quercus canariensis, circ 1,80m H 12m), une espèce que j’affectionne tout particulièrement pour l’avoir vu dans son milieu naturel au Maroc.

Les alignements remarquables

Il est intéressant de considérer aussi les arbres dans leur ensemble et tout particulièrement sous la forme d’alignement dont les critères d’esthétisme, dendrométriques, historiques, botaniques peuvent être exceptionnels et susciter de l’admiration.
C’est le cas, comme nous l’avons vu dans le chapitre 1, de l’alignement des dix marronniers (circ maxi 4,50m) menant au Château de Sassenage.
Mais aussi de vieux arbres têtards alignés pour délimiter des parcelles agricoles : Les cinq Saules Têtards des Essarts à Montbonnot (circ maxi 6,80m !) ou les Peupliers de la Taillat à Meylan (circ supérieure à 6,50m).
A signaler aussi une belle allée d’Erables sycomores sur le chemin menant à l’Aiguille du Chalais depuis le Monastère.
Dans le bassin grenoblois, c’est le Tilleul le Roi des arbres d’alignement. Dans deux styles totalement différents, signalons :
– l’avenue Albert 1er de Belgique bordée de splendides Tilleuls soigneusement taillés au carré donnant à l’avenue une perspective du bel effet.
– Sur la commune de Claix, une allée historique de Tilleuls et Marronniers longue de 440m rejoint le hameau de La Balme. D’âge varié avec une circonférence maxi de 4m, « l’Allée de la Balme » était à l’origine (fin XVIIIème) un chemin d’apparat menant au Château de Victor Berlioz (oncle du célèbre compositeur). Depuis 2010, l’Allée a été classée « Refuge LPO » avec un plan de gestion qui prévoit le maintien des cavités naturelles, du lierre et du bois mort. Elle sert aussi de support de sensibilisation pour le grand public afin de montrer la nécessité de conserver l’équilibre de ces écosystèmes d’une incroyable richesse écologique.
Finissons par un passage dans l’avenue Paul Semard à St Martin d’Hères. Aucun arbre exceptionnel dans ce très jeune alignement, mais une association surprenante de Lilas des Indes et d’Aubépines en Hte tige du plus bel effet provoquant à coup sûr un double effet « waouu » à chaque période de floraison. Un alignement dont la beauté ira crescendo avec le temps…

Des lianes surprenantes

Aucune dimensions remarquables dans ce chapitre, uniquement une séquence émerveillement face à l’ingéniosité des lianes capables d’envahir tous types de support, parce qu’elles aussi méritent bien le terme de « remarquable ».
– La Glycine du chemin du chapitre à Grenoble. Deux pieds de glycine âgés de 70-80 ans forment une pergola dans un jardin privé… jusque-là rien d’extraordinaire, les glycines sont très fréquentes dans toute la région. Sauf que l’une des glycines a décidé de s’évader du jardin. Une évasion murement réfléchie puisqu’elle est partie en direction de l’un des plus beaux parcs de Grenoble, le Parc Soulage, voisin de la propriété. Aucune difficulté pour une glycine de « faire le mur », même s’il s’agit d’un grillage de 4m de hauteur. De là, elle a pu atteindre les branches d’un sycomore du parc voisin, mais mauvaise pioche, il était étêté à 6m de hauteur… quelle déception pour une glycine en mal d’évasion ! Elle a continué alors dans l’arbre suivant, un solide micocoulier (circ 2,40m) et là bingo, éprise par l’ivresse des cimes, elle a envahi totalement son houppier en une saison jusqu’à une hauteur de 20m.
Une évasion parfaite, d’une discrétion absolue, sauf en période de floraison où l’on remarque un étrange micocoulier aux fleurs violettes ! 😉
– Cinq lierres singuliers à découvrir dans le bassin grenoblois :
Le « lierre boule » du Parc de l’Ecole hôtelière Lesdiguières à Grenoble, qui après avoir perdu son arbre support, est resté suffisamment compact pour se maintenir debout sur une hauteur de 6m et une largeur de 5m.
Le lierre du Couvent des Minimes à St Martin d’Hères profite depuis des dizaines d’années de ces ruines à l’abandon (faute de financement pour restaurer ce monument historique) pour atteindre des dimensions impressionnantes. La base de son pied n’est pas visible, elle se trouve du côté du bâtiment fermé au public.
Les lierres alpinistes partant l’assaut des falaises sont fréquents, surtout du côté du Vercors. Signalons entre autre, celui du « Coup du sabre » près du Parc de la Poya à Fontaine et ceux du « Désert de Rousseau » aux Vouillants à Seyssinet-Pariset.
Le « Poteau lierre » du Docteur Valois, un joli cas de poteau téléphone totalement envahi par le lierre… et qui a le bon gout de se situer dans la même rue que le célèbre Ginkgo des anciennes pépinières Ginet à Gières.
A noter aussi à Venon, devant une ancienne maison au lieu-dit « La Ville » (sur la route menant à Pressembois), un lierre taillé soigneusement pour recouvrir deux murets et envahissant des poteaux téléphone sous une forme de champignons géants.
– Dans un autre style artistique, une liane rarement citée en tant que ligneux remarquable. Une splendide vigne vierge couvre le mur d’une villa à Brondières (Crolles) et dont la base du pied, bien mise en valeur, atteint une dimension peu courante (pas de mesure précise).

Deux Arbres vedettes disparus… par négligence de l’homme !

Pour finir ce second chapitre, je tenais à rendre un hommage à deux arbres exceptionnels disparus ces dernières années, malgré tous les efforts pour éviter leur abattage… abusif!!!

  • Le Tilleul de Sully de St Martin-le-Vinoux

Il était une fois près du petit cimetière, un vénérable tilleul planté sur ordre de Sully en 1600. C’était le Doyen du village et il avait même la réputation d’être le plus vieil arbre du Massif de la Chartreuse. Il était adoré, respecté par tous et le témoin de 400 ans de la vie du village. Comme tous les derniers rescapés des Arbres de Sully, son état sanitaire s’était fortement dégradé au fil du temps. Mais on connait le pouvoir extraordinaire de résilience du tilleul qui, dans bien des cas, pourrait nous faire croire qu’il détient le pouvoir d’immortalité. En 1881, son cœur fut rempli de béton pour solidifier son tronc devenu creux. Le vieil arbre a continué à grossir et de la pourriture se serait installée entre l’écorce et le cœur artificiel. Alors pour des raisons obscures et nettement abusives prétextant un « Danger pour la sécurité publique », la municipalité prit la décision radicale de l’abattre. Débute alors un long combat des habitants et amoureux des vieux arbres pour conserver leur « Sully ». Des lettres de soutien sont envoyées à la Mairie, plusieurs articles paraissent dans le Dauphiné Libéré, un site internet est créé (le 1er faisant état des tilleuls Sully en France) et la mobilisation est même soutenue et appuyée par une lettre de l’association ARBRES. De plus, sa protection juridique semblait assurée puisque le Sully était inclus dans le périmètre de protection des 500m de la Casamaures et des anciens remparts de Grenoble (classés et inscrits aux Monuments historiques)… mais rien ne permis d’arrêter la décision municipale… l’abattage eu lieu en avril 2002.
Extrait du site de l’Association Tilleul de Sully :
 » Il a fallu trois jours a des engins mécaniques pour réussir à pulvériser son tuteur en béton de 1881, puis a arracher son immense souche accrochée aux rochers de la Bastille. Un expert complaisant payé par la mairie affirmait qu’il était soit disant « dangereux et tomberait au moindre vent! » « 
Bien maigre consolation, un jeune tilleul fut planté l’année suivante à son emplacement…

  • L’Orme du Stade de Foot du Parc Mistral à Grenoble

Le très vaste Parc Paul Mistral, créé pour l’exposition universelle de 1925, a toujours été le siège de plusieurs installations sportives et culturelles de la ville de Grenoble. Au début des années 2000, la municipalité prend la décision de remplacer l’ancien stade Charles-Berty, placé à une extrémité du parc, par une nouvelle infrastructure moderne et grandiose pour accueillir les matchs du GF38. Mais attention, on ne touche pas aussi facilement au poumon vert de la ville, il va s’en suivre une mobilisation incroyable et sans précédente pour éviter l’abattage de 200 arbres du parc, dont certains centenaires. L’Orme deviendra même le symbole du combat contre la construction du nouveau stade de foot et de son parking souterrain. La mobilisation va s’éterniser en plein cœur de l’hiver 2003/2004, du 2 novembre au 12 février 2004. Au début, ce sont 3 accros-branchés qui vont occuper et habiter les arbres menacés d’abattage (un orme et 14 platanes), puis ils seront rapidement rejoints par 40 autres « Ecocitoyens » venus de toute l’Europe ! Véritable « ZAD » avant l’heure, ce secteur du parc s’organise pour vivre accroché dans les arbres en plein hiver et reçoit un très fort soutien des grenoblois. Chaque arbre occupé porte un nom : le Platane insoumis, le Tibet, le Tipi, le Canada, la Bibliothèque, l’Ukraine, la Chine, le Temple des guerriers… Mais encore une fois les intérêts de la municipalité vont remporter la victoire. Une compagnie de CRS est mobilisée pour évacuer au moyen de nacelles les accros-branchés les plus récalcitrants. L’abattage de tous les arbres eu lieu le 12 février 2004 et les travaux du Stade des Alpes purent débuter sans encombre… Plus d’infos sur le site web de Jérome Hutin.
Bien maigre consolation, juste avant son abattage, un prélèvement de l’apex du vieil orme a permis la conservation de son patrimoine génétique résistant à la graphiose (peut-être qu’il reprendra vie dans une prochaine version d’un Jurassic Park grenoblois 😉 ).

Galerie photos de quelques arbres présentés dans le chapitre 2

Le « Pin candélabre » du Parc Géo Charles à Echirolles
Les Platanes du Parc de la Poya à Fontaine
Le Tilleul de Sully de Quaix en Chartreuse
Pin Weymouth planté comme Arbre de la Victoire en 1918 à Uriage
Chêne des Marais planté en 2018 pour les 100 ans de l’Armistice à Montbonnot
Magnolia de la Casamaure à St Martin le Vinoux labélisé comme Arbre remarquable par l’Association ARBRES en 2007
Genévrier thurifière dans le passage de La Cheminée (Voreppe) pris dans une tempête de neige
Eucalyptus gunnii sur le Domaine Universitaire de Gières
Les tilleuls de l’avenue Albert 1er de Belgique à Grenoble
Allée historique de La Balme à Claix
Lierre sur les ruines du Couvent des Minimes à St Martin d’Hères

Vous avez aimé le chapitre 2 ?
Vous pouvez poursuivre la saga arboricole des arbres de Grenoble en lisant le chapitre 1 et le chapitre 3 (la carte de localisation) 🙂 🙂 🙂

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10 réflexions sur « Les arbres remarquables de Grenoble – 2ème partie : les autres arbres »

  1. Bonjour Casor,
    Encore un article génial que j’ai lu avec beaucoup de plaisir. Je ne sais pas si tu as été inspiré par un autre inventaire ou non, mais j’adore le fait que tu mentionnes des arbres disparus avec toutes les péripéties que ça a occasionné… et j’admire l’étendue te tes recherches concerant l’historique des arbres, leur protection et aussi l’analyse des espèces exotiques introduites ou spontanées avec leur adaptation au climat. Il manque juste un peu plus de photos à mon goût 😉 genre le micocoulier qui fleurit rose !
    Bravo. Vivement le dernier chapitre !

    • Merci Aurélien, c’est très gentil 🙂 🙂 🙂
      C’est mon premier inventaire (et j’espère pas le dernier !) et mes sources d’inspiration sont multiples… Ma démarche dans cet inventaire a été un peu chaotique, car bien que j’enregistrais depuis 4-5 ans les arbres près de chez moi je n’avais pas d’intention particulière de réaliser un inventaire exhaustif de mon secteur. Ce n’est que cet été que j’ai voulu être plus méthodique dans la prospection : définir une zone cohérente à inventorier, ratissage méthodique de chaque commune, chaque route, les parcs publics, tourner autour des églises et des mairies et les principaux chemins… Puis Tristan m’a été d’une grande aide avec sa vision « vaudou » de photogrammétrie et surtout des anciennes photos du Geoportail, ce qui m’a servi de fil conducteur pour finaliser certaines zones oubliées… mais il en reste encore plusieurs, certaines communes restent toujours « vierges » et il y a aussi un gros potentiel d’arbres remarquables dans les propriétés privées non accessibles. Pour le coté historique de certains arbres, j’ai la chance dans ce secteur qu’il existe déjà une bonne quantité d’information disponible : articles de journaux, panneaux d’information sur place à l’entrée des parcs ou même au pied de certains arbres et sans oublier… les précieuses rencontres avec certains propriétaires 🙂
      Pour les photos, je n’ai pas voulu trop alourdir l’article déjà bien chargé et j’avoue galérer aussi un peu avec la nouvelle version de WordPress pour insérer les photos 😉
      Le chapitre 3 sera orienté sur les sites à visiter en priorité et associé à une cartographie des arbres de l’inventaire.
      A suivre 🙂 🙂 🙂

      • Wouah ! En fait, la méthode que tu viens de décrire aurait, à mon sens, complètement mérité un quatrième chapitre afin de savoir ce qui t’a poussé à le faire, tes objectifs et aussi ce que tu améliorerais si c’était à refaire par exemple… Je dis ça, je dis rien… 😉

        • Je ne suis pas sûr d’avoir eu une approche de prospection très recommandable… 😉
          J’ai rattrapé le coup sur les derniers mois pour essayer d’être plus méthodique et éviter de repasser 10 fois sur les mêmes secteurs parce que j’avais oublié de relever un arbre, lol.
          Après, on peut considérer deux approches différentes face à un inventaire à mener :
          – celle de l’amateur passionné qui sillonne depuis des années sa zone, ne compte pas son temps et dont le plaisir (sa passion) est de vagabonder dans tous les recoins à la recherche d’une belle trouvaille, c’est son kif !
          – et celle beaucoup plus officielle qui viendrait d’une demande départementale (ou autre collectivité territoriale) pour réaliser un inventaire. Les moyens sont différents, bien définis à l’avance et les durées de prospection limitées. C’est il me semble dans ce second cas, que les méthodes d’aide à la prospection définies par Tristan prennent tout leur sens pour accélérer l’inventaire et cibler directement les secteurs à prospecter.
          Dans notre petit groupe de « Têtards reporter », certains ont mené un ou plusieurs inventaires en se trouvant à la fois dans ces deux situations, leur retour d’expérience serait à ce propos très intéressant.

          Merci Aurélien pour tes messages passionnés 🙂

          • D’accord 🙂 du coup, j’ai l’impression que tu as penché pour la 1ère méthode, mais avec une précision presque « officielle ». C’est ce qui rend le résultat de ce travail intéressant et « vrai ».

            Merci pour tes réponses précises !

  2. Merci Castor!
    Encore un bel article ! je mesure la somme de « travail » pour réaliser cet inventaire… Bravo !
    A bientôt pour le prochain numéro,
    Eric.

  3. Bel article et beau travail!

    Concernant ma manière d’inventorier, j’ai longtemps prospecté (et je continu) au gré de mes balades (c’est que je préfère!). Une trouvaille arboricole en amène souvent une autre en discutant avec le propriétaire où les habitants du coin… Un conseil ne jamais prendre le chemin le plus direct pour rentrer chez soi, ce qui est d’autant plus facile dans ma région Bretonne, car il y a multitude de hameau et de petites routes.
    Mon travail, arboriste, m’a permis de faire quelques trouvailles en pénétrant dans les propriétés.

    Actuellement, je recherche aussi sur internet, en visitant des sites ayant pour thématique le patrimoine ou les blogs dans lesquels leurs auteurs exposent leur photos de randonnées ou de balades. Je filtre souvent en faisant des recherches d’images avec les mots clés « arbres » « remarquables » « chêne » « vieil arbres » etc, et j’associe à une localisation « Bretagne » « château »… Cela m’a donnés quelques résultats intéressants.
    Je regarde aussi sur le site de carte postale delcampe, et fais des recherches aussi par mot-clés pour la zone prospectées, cela m’a bien été utile pour la Meuse.
    Autrement, la Bretagne a effectué un inventaire participatif piloté par la MCE de Rennes et différentes assos (une par département), avec envois de flyers dans les mairies et autres institutions… Le principal soucis a, et est d’avoir des personnes motivées pour aller faire les relevés de terrain. Au début de l’inventaire, il y a souvent plein de bonne volontés, mais cela ne dure pas dans le temps. Et finalement, nous nous sommes retrouvé à une poignée de bénévoles et deux ou trois salariés d’asso ayant souvent d’autres travaux en cours à sillonner les routes.

    Seule intérêt à tout cela, c’est que malgré une démarche approfondie et de longue durée, on fait encore de nombreuse trouvailles!

    Quelques soit la méthode choisie, ou le niveau d’approfondissement de l’inventaire (si l’on veut ratisser large ou pas du faiblement au très remarquable), il faut que cela reste un plaisir (à moins d’être salarié!)…

  4. @Yannick M. : Merci pour ce retour d’expérience 🙂 Si Tristan semble briller avec ses techniques d’analyse modernes (photogrammétrie), tu sembles très efficace en recherche de renseignements sur la toile, bouche à oreille etc.. et pour sûr que ton métier qui te permet d’accéder aux propriétés privées doit être un sacré avantage 😉

    Qu’entends-tu par « il faut que cela reste un plaisir (à moins d’être salarié) » ? Ca existe le métier de « recenseur d’arbres remarquables » ??

    • Dans le cadre de certains inventaires financés par les collectivités, les associations ou les administrations en charge de le faire ont des personnels salariés.

  5. Merci Yannick pour ton retour d’expérience et quelle expérience !!! Deux inventaires distants de près de 1000 km et ayant débouché chacun sur deux magnifiques ouvrages de référence !!! 🙂 🙂 🙂
    Comme tu le dis, cette prospection doit rester un vrai plaisir, une passion (attention toutefois quelle ne soit pas trop dévorante 😉 )… limite obsessionnelle…
    C’est vrai que tu as la chance de pouvoir utiliser ta « casquette » d’arboriste pour te glisser dans les propriétés privées, là où regorgent bien souvent les plus fortes concentrations d’arbres remarquables.
    A quand notre carte de presse « Têtard reporter » pour nous laisser passer librement dans toutes les propriétés ? 😉 On est comme les pompiers, un service d’utilité publique !!!

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