L’Arbre Taillé et le Sapin Coudé des hauts plateaux du Vercors

Pour continuer la série des 15 balades arboricoles en Isère, je vous propose de prendre un grand bol d’air sur les hauts plateaux du Vercors et partir à la découverte de son arbre emblématique : l’Arbre Taillé, un pin à crochets servant de repère visuel pour guider les bergers et les pèlerins dans la traversée de ce plateau désertique.
Puis en redescendant sur les contreforts du Vercors, nous découvrirons un Sapin fabuleux, totalement inclassable et hors-norme.


Cet arbre n’est pas là par hasard… Il a été choisi, isolé des autres, puis soigneusement élagué afin de ne conserver qu’un bouquet de branches denses à son sommet.
Figé tel un drapeau au milieu de la Plaine de La Queyrie, il représente ainsi un fabuleux repère visuel pour tous ceux traversant la Réserve des Hauts Plateaux.
Il faut savoir que dans cette zone totalement désertique à 1800m d’altitude, les conditions climatiques peuvent être extrêmes (vent, froid, neige et brouillard) et la fonction que les bergers ont donné à cet arbre peut dans certains cas être salvatrice pour le pèlerin égaré.
Et le résultat est absolument remarquable !!!
En venant du Nord-Est, on le repère aisément à 1km de distance ! En remontant du Sud-Ouest, la topographie ne permet pas une si belle perspective, l’Arbre Taillé apparait au promeneur à 300m.

Sur les Hauts Plateaux du Vercors, l’espèce reine est le Pin à crochets. Bien qu’il soit souvent utilisé dans les reboisements artificiels d’altitude en limite de végétation, il pousse ici de façon naturelle et spontanée en constituant une association écologique spécifique à ces milieux montagnards extrêmes au-delà de 1600m. C’est d’ailleurs sur ces Hauts Plateaux que l’on rencontre la plus grande forêt de Pin à crochets des Alpes.
Il ne supporte pas la concurrence d’autres espèces arboricoles, il forme ainsi des peuplements assez uniformes facilement reconnaissables dans le paysage par leur couleur sombre.
La topographie de la Plaine de la Queyrie offre aux bergers une vaste étendue propice à l’élevage. Les pins ont donc été soigneusement supprimés sur cette zone pour la pratique du pastoralisme. C’est dans ce contexte que l’Arbre taillé s’est retrouvé isolé et peut remplir pleinement sa fonction de repère visuel.

L’Arbre Taillé ne présente pas des dimensions gigantesques : un tour de taille de 2,37m pour une hauteur de 9m. Sur le Massif de Belledonne certains pins à crochets atteignent près de 3m de circonférence.
Mais ses dimensions sont à mettre en relation avec les rudes conditions de vie à 1775m d’altitude. Il pourrait être âgé de 150 à 200 ans.
Un âge qui n’est pas non plus exceptionnel puisque l’espèce peut vivre jusqu’à 400-500 ans.
Son état sanitaire n’est pas excellent, il présente une grande blessure, mal cicatrisée, sur le côté du tronc et la proximité régulière avec les brebis ne doit pas lui faciliter la vie…

On comprend mieux son rôle de repère visuel dans une zone truffée de scialets (gouffres dans le Vercors) avec la photo ci-dessous prise par temps de brouillard
On comprend mieux son rôle de repère visuel dans une zone truffée de scialets (gouffres dans le Vercors) avec cette photo prise par temps de brouillard.

Une belle notoriété locale

L’Arbre Taillé n’est pas placé sur les grands axes de randonnée traversant le Vercors (GR91, GR93…) mais il connait malgré tout une notoriété assez forte… localement ! C’est « un arbre coup de cœur » qui mérite à lui seul la montée sur le plateau. Il est même marqué sur les cartes topographiques de l’IGN.
Et tout comme la vedette de Belledonne (le Chêne de Venon), les passionnés de photo trouvent sur ce site un fantastique sujet à « mitrailler ».
Un accompagnateur en montagne lui a même consacré un blog où il exprime son admiration pour cet « arbre guide » et toute la quiétude que lui procure la Plaine de la Queyrie.
L’emblème des Hauts Plateaux a connu également ses heures de gloire puisqu’il a représenté la Région Rhône-Alpes lors de la 3ème édition du concours de l’Arbre de l’année en 2014. Même si le titre lui a échappé de peu, l’Arbre Taillé a été honoré jusqu’au cœur de Paris où il s’est affiché en grand format dans la Gare de Lyon au côté des représentants de chaque région.

Si la traversée de la Plaine de la Queyrie semble délaissée par de nombreux randonneurs, le site a pourtant connu une forte activité par le passé. Un passé assez lointain, plusieurs centaines d’années avant la germination de l’Arbre taillé, à l’époque de l’empire romain. En effet, à 200m de l’arbre vedette se trouve les vestiges d’une ancienne carrière romaine. Il est surprenant d’y trouver d’anciennes colonnes taillées abandonnées sur place depuis près de 2000 ans. Les romains avaient trouvé sur ce site, non pas du marbre mais un calcaire de bonnes qualités, très durs, pour réaliser leurs ouvrages (ponts, églises…) dans le Diois…à 20 km de là ! La Plaine de la Queyrie se trouvait sur un axe de passage privilégié entre Die et Grenoble. D’après les archéologues, la carrière a été exploitée durant deux siècles entre le II ème et III ème siècle après JC (la carrière romaine a fait l’objet d’un article dans la Revue de Géographie Alpine par André Bourgin en 1959).

Traversée de la Plaine de la Queyrie du Nord-Est vers le Sud-Ouest, clic pour la galerie photos :

Traversée de la Plaine de la Queyrie du Sud-Ouest vers le Nord-Est, clic pour la galerie photos :

Si l’Arbre Taillé mérite à lui seul la montée sur la Plaine de la Queyrie, les passionnés de vieux arbres devraient se réjouir aussi avec d’autres très belles curiosités. Comme ce Pin en forme de Lyre au bord du chemin menant à la bergerie ou cet autre Pin solitaire vénérable servant d’appui à une grosse fourmilière. Les sommets rocailleux avoisinants cachent assurément de très vieux pins à crochets fantastiques, mais le parcours dans ces zones rocheuses est très délicat et peu recommandable.
En revanche, en redescendant l’itinéraire par le Pas de la Selle, le sentier contourne en bas du pierrier un gros bloc rocheux où un surprenant « pin bonsaï » survit dans des conditions extrêmes.

Mais mon coup de cœur revient à un sapin hors norme en contre bas du Pas de La Selle dans le secteur des Chalanches. Il se trouve à une dizaine de mètres en amont du chemin.
Sa forme est totalement délirante, la base du tronc couchée à l’horizontale repart brutalement à la verticale en trois grosses tiges. Cette base du pied est énorme, non mesurable, mais trahie forcément un âge très élevé. Ce sapin est largement plus que centenaire.
Il peut faire penser aux célèbres Sapins gogants des Alpes du Nord et de Suisse mais sa forme très originale ne permet pas de le rattacher à ce groupe de sapins fantasmagoriques. Il portera alors le nom de Sapin coudé 🙂

Description de l’itinéraire : 18km / Déniv 1100m / Prévoir la journée

– Laisser la voiture (ou le vélo 😉 ) au Parking des Pellas (St Michel les Portes) : coordonnées 44,85807°N / 5,55783°E ou 44°51’30 N / 5°33’28 E
– Prendre la chemin carrossable menant au Parc Aventure Accrobanches puis prendre le chemin à droite indiqué Pas des Bachassons
– Le sentier s’élève doucement dans la Forêt Domaniale du Petit Veymont jusqu’à une zone de pierrer.
– La montée dans ce pierrier au pied des falaises du Vercors ne présente pas de grandes difficultés, il convient toutefois de bien suivre les traces de peintures et les cairns lorsque le sentier est moins visible.
– Le Pas des Bachassons forme une petite gorge et le sentier remonte directement dans un maigre ruisseau. Il débouche sur le plateau au niveau d’une petite source (tuyau au sol), bien appréciable dans ces zones où les points d’eau sont rares.
– Le chemin menant à La Plaine de la Queyrie n’est pas clairement indiqué. Il faut tout d’abord prendre l’itinéraire menant à droite vers le Petit Veymont puis immédiatement tourner à gauche et tracer à vue en direction de la Plaine de La Queyrie. On retrouve ensuite rapidement un sentier qui descend vers la plaine.
– On distingue aisément à l’horizon l’Arbre Taillé et dans le fond, la Dent de Die.
– Après une bonne pause au pied de l’Arbre Taillé, continuer le sentier vers la carrière romaine à 200m.
– Le même sentier continue à descendre tout droit en surplombant à gauche un petit vallon en direction de la cabane de Pré Peyret (ce chemin n’est pas relevé sur les cartes topo). Il permet de découvrir d’autres pins à crochets remarquables comme le Pin Lyre.
– Le retour vers la Plaine de la Queyrie se fait en remontant le sentier balisé dans le petit vallon et en restant bien à droite du sentier de descente. Il permet d’accéder dans la partie la plus basse de la Plaine de la Queyrie qui « fourmille » de marmottes (j’en ai compté plus de 30 de tous âges !). La remontée de la Plaine se fait en parallèle du sentier pris à l’aller.
– Avant de rejoindre la fontaine du Pas des Bachassons, prendre à droite en direction du Pas de la Selle. Le chemin n’est pas toujours bien tracé mais un marquage au sol et des cairns permettent de garder la bonne direction.
– La descente du Pas de la Selle se fait dans un gros pierrier avec sur la droite une magnifique vue sur « Le Mont Inaccessible » (Le Mont Aiguille). En bas du pierrer, un pin bonsaï se trouve sur un gros rocher qu’il faut contourner.
– Environ 500m plus loin, ne pas louper l’intersection en prenant le chemin de gauche (laisser le chemin de droite menant au col de l’Aupet).
– Le chemin quitte le pierrier pour entrer à nouveau dans la forêt puis dans la sapinière. Avant un virage raide à droite, ne pas rater l’étrange Sapin Coudé en amont du sentier.
– Le sentier rejoint l’itinéraire du tour du Mont Aiguille que l’on prendra sur sa gauche pour un retour vers le Parc Aventure puis le parking voiture.

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7 réflexions sur « L’Arbre Taillé et le Sapin Coudé des hauts plateaux du Vercors »

  1. Merci Cyrille pour ton commentaire 🙂
    C’est un secteur que j’apprécie beaucoup car il cumule à la fois plusieurs intérêts : des paysages variés de montagne (les falaises de la « forteresse » du Vercors, les hauts plateaux, le Mont Aiguille…), plusieurs arbres remarquables à découvrir et l’assurance de rencontrer la faune sauvage.
    Pour ceux qui sont aussi « chasseurs d’images », il vaut mieux choisir une journée où la météo est changeante pour avoir différentes ambiances de prise de vue sur le Plateau, mais au risque de louper les vues sur le Mont Aiguille si c’est bouché… faut choisir 😉
    On peut aussi accéder à l’Arbre Taillé par l’autre côté (en venant de Die dans la Drôme) mais dans ce cas, le Sapin coudé est un peu trop éloigné pour le joindre à la visite dans la même journée, c’est dommage de le manquer. La plus belle vue pour découvrir l’Arbre Taillé reste tout de même celle décrite dans l’itinéraire, en venant du Nord-Est où l’arbre vedette se dévoile progressivement durant 1 km.

  2. Merci pour la visite, ça me rappelle mes deux séjours sur le plateau et dans le haut-diois il y a quelques années, je confirme méfiez-vous des scialets, surtout sous la neige, on les reconnait aux dolines, dépressions de terrain qui les délimitent
    Le plateau est un territoire unique qui ne laisse personne de marbre !
    Outre les vieux ligneux, on peut sillonner entre la faune sauvage, j’ai encore un souvenir d’un vautour fauve perché sur une cime d’épicéa qui ployait largement, houspillé par des grands corbeaux, le tout à moins de 20 m. Le départ en sous-bois de gélinotte et les bouquetins sur les versants du grand Veymont dessinant leurs silhouettes sous la lumière naissante.

  3. @ Sisley : oui je me souviens de tes très bons articles sur le krapo, le Poirier et le Hêtre dans le Diois et lorsque tu étais sur les pentes du Grand Veymont tu étais tout proche de l’Arbre taillé (à quelques secondes à tire d’aile de vautour 🙂 ). Pas facile sur un itinéraire de garantir de rencontrer la faune sauvage. C’est vrai que les bouquetins et chamois sont fréquents dans les pierriers des contreforts du Vercors comme c’est le cas au Pas des Bachassons et au Pas de la Selle mais il faut aussi une petite part de chance et savoir lever le nez du sentier pour être sûr d’en apercevoir. En revanche, dans le petit vallon au fond de la Plaine de la Queyrie on a la certitude, quasi à 100 %, de rencontrer des familles de marmottes à partir de juin 🙂 🙂 🙂

    @ Aurélien, heureux de te savoir de retour de ton voyage au Pays des géants de la Californie 🙂 Tes séquoias du Limousin risquent de te paraitre bien maigrelets après un tel voyage… On attend avec impatience tes reportages sur les têtards !!!
    De mont côté, même en continuant à tourner dans le Vercors, j’ai toujours autant envie d’aller en Californie, lol 😉

    • Mais non, je les trouverai toujours énorme les séquoias français 😉 Pour les reportages, c’est promis dès que j’arrive à me dégager du temps !
      Et la Californie c’est quand tu veux, car j’y retournerai c’est sûr 🙂

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