Le colosse du Nivernais, Vielmanay/la Mie-au-Roy, Nièvre

Régis revient en force!!

« Après plus d’un an d’activités aux ralenties, j’ai découvert selon des sources il y a quelques semaines, une info très intéressante.

Passant par la Bourgogne au moins une fois par an en remontant du sud-est, j’ai cette fois dévié de ma route pour atteindre le département de la Nièvre. Tout a commencé avec la lecture du tome 1 des arbres remarquables de la région en 2008 puis récemment en acquérant le tome 2 paru en 2013, donc cela faisait tout de même quelques années de retard à rattraper.

Par une belle après-midi de début d’automne je sillonnais dans le Nivernais une contrée faite de bois et de bocages délimités par des haies relativement basses et régulièrement entretenues, dans laquelle le chêne est roi. En effet, il est omniprésent dans le décor et la particularité du tableau, c’est son utilisation dans les parcelles en sujet de port libre pour abriter le bétail et pour faire du fagot mais aujourd’hui on les conduit moins en trognes.

Les routes sinueuses s’enchaînent et alors que je m’approche de l’objectif, j’aperçois déjà au loin, tel un phare dans la vaste étendue, le dit chêne qui se démarque dans le paysage. La Mie-au-Roy passée, j’entreprends de suivre l’orée et je traverse des champs moissonnés, plus que 50 m, un petit étang se dessine, le gardien des lieux est maintenant à ma portée. Quelle rencontre, un géant de bois posé de toute son emprise, se dresse là, depuis combien de siècles? Nul ne le sait, quelle est son histoire, on l’appelait le chêne de la potence, mais aujourd’hui il a perdu ses basses charpentières donc on se rend moins compte de l’ancienne utilisation du site.

C’est un arbre imposant, avec une base de tronc étendue, un tronc libre à fibre torse et cannelée qui courre sur environ 5 m et puis de là débutent plusieurs branches.

Je ne saurai décrypter son architecture passée, mais comme d’autres arbres dans la région il se pourrait qu’il fut une trogne il y a fort longtemps, mais ce n’est qu’une supposition. Vous me direz votre avis? Le départ de plusieurs brins sur un plateau me fait douter.

J’eus une courte visite de l’agriculteur propriétaire des lieux, intrigué par ma présence, mais mis à part me dire que l’arbre avait plusieurs siècles, il ne m’apprit guère plus.

Le moment attendu arriva, le tour de taille, et pour la première fois de l’histoire de la prospection j’avais un décamètre simple. Quelle drôle de sensation de se demander si il allait suffire, 6 ;7 ;8 ;8,5 ;9 ;9,56 m à 1,5m. Me rappelant la mesure faite dans l’inventaire en 2012 je me questionnai quand au résultat, en effet j’avais pu lire 8,85 m à 1,30 m du sol. Utilisant le point médian du tronc par rapport aux écarts de niveaux du terrain, je ne tombais pas en dessous de cette valeur, une explication pourrait en partie expliquer une telle différence, depuis quelques années du lierre croît sur le tronc, il fausse la mesure de 15 à 30 cm je pense et à cela si on ajoute l’accroissement cumulé de 7 ans qui peut être compris entre 10 et 35 cm et on obtiendrait un meilleur rendu.

Donc la mesure dite officielle se situerait autour de 9,26 m (+/-15 cm). Cela en fait le plus gros chêne de Bourgogne et aussi de la région toute espèces confondues!

Sa hauteur est de 26,4 m et pour l’estimation de l’âge il est très difficile de se prononcer, car il évolue à proximité d’une parcelle agricole, n’a pas de concurrence et profite de la proximité du point d’eau. Sans se hasarder, il devrait posséder au minimum 300 à 350 ans. Son état sanitaire basique semble indiquer un spécimen de bonne vitalité avec des présences de parties creuses dans le tronc et la souche, un décollement partiel d’écorce sur quelques pourcents du périmètre, un houppier dense et fourni avec assez peu de bois mort et un feuillage bien vert pour la saison après les épisodes climatiques intenses de l’année.

Pour clore l’article on peut ajouter qu’aujourd’hui cela reste très rare de visiter des spécimens de ce genre qui cumulent le fait d’être assez peu connu, dans un bon état général, dans un milieu peu changeant et non dégradé et possédant de telles dimensions.

Je souhaite aussi remercier Alain Desbrosse et ses collaborateurs pour leur magnifique travail d’inventaire pour la région depuis 1993 ainsi qu’une bonne continuation dans la finalisation du recensement des arbres de Côte-d’Or.

Depuis 2013 le chêne a été inscrit sur la liste des arbres à labelliser par A.r.b.r.e.s, mais jusqu’à présent cela n’a pas abouti, je ne saurai en dire davantage. »

Localisation gps : en géo degrés décimaux : 47,271843° 3,104254°

Share Button

6 réflexions sur « Le colosse du Nivernais, Vielmanay/la Mie-au-Roy, Nièvre »

  1. Bonjour Régis, retour fracassant sur le blog dis-donc !

    Comme tu l’a souligné dans ton article, c’est dingue qu’un chêne aussi gros soit aussi bien conservé, d’autant qu’il ne semble pas à l’abri des grands vents tout seul dans sa campagne. En même temps, vu l’ancrage au sol, il va en falloir du vent pour qu’il s’incline 😉
    Ah aussi, en voyant tes photos au fur et à mesure de ma lecture, je ne m’attendais pas à un si gros tour de taille. Le voir en vrai doit être un grand moment.

    Merci pour ce partage 🙂

  2. Heureux de te voir de retour sur notre petit blog 🙂 🙂 🙂
    Même remarque que les copains, sur son état exceptionnel de conservation et que l’effet des photos ne permet pas de bien se rendre compte du gigantisme de ce vieux Quercus.
    Un chêne fantastique qui permet d’intégrer un chêne colosse à l’inventaire bourguignon.
    Merci pour ce beau reportage bien complet comme à ton habitude !

  3. C’est tout naturel que de partager une telle découverte !!
    Une parution le jour de la sainte Catherine, c’est bien un signe 😉

    Autrefois on élaguait les arbres comme les ragosses de l’ouest, mais ici on appelait ça des ‘écornats’.

    C’est un chêne pédonculé, du coup sans sa mare et un terrain gras, il n’aurait pas aussi aisément atteint une telle ampleur.

    Dommage que je n’ai pas eu le trépied, j’aurai posé avec le chêne, il est vrai qu’on ne se rend pas toujours bien compte des dimensions.

  4. Ce colosse avec sa belle harmonie cache son gigantisme ! Il se classe dans les plus gros chêne du pays et peut-être les plus volumineux, car finalement il y a assez peu de chênes de plus de 9 m de tour en France, en comparaison avec l’Allemagne et l’Angleterre par exemple.
    Par contre ses caractéristiques laisse supposer un âge relativement peu élevé.

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.