L’If Millénaire de Bertric-Burée (Dordogne)

J’ai comme l’impression que le dernier article sur les Ifs du Cimetière de Forcalquier ne vous a pas rassasié… Je me trompe ?

Ok, pas de soucis, on tourne la page et on change d’horizon 🙂
Direction la belle campagne périgourdine pour découvrir du Taxus baccata dans une version XXL, monstrueusement gigantesque, totalement hors-norme !
Cette fois je vous propose du lourd, du très très lourd !
Effet waouh garanti à 100% 🙂 🙂 🙂

Ce qui surprend au premier abord, avant même de découvrir l’arbre champion, c’est sa position dans le minuscule village de Bertic-Burée.

Les vieux ifs sont habituellement placés dans le centre historique et souvent rattachés à des éléments spirituels : vieux cimetières, près des églises, parcs de château (chapelles…).
Rien à voir avec l’emplacement de celui de Bertric-Burée, placé sur le terrain privé d’une maison de village. Certes, une belle maison en pierres typique de l’architecture périgourdine, mais dont la construction daterait de 300 ans. De toute évidence l’if était déjà probablement l’un des plus gros du département au moment de la construction de la maison. Le propriétaire actuel connait bien l’historique de ce patrimoine, dans la famille depuis de nombreuses générations. Actuellement âgé, il est très attaché à ce domaine qu’il n’a jamais quitté depuis sa naissance. Et c’est tout naturellement qu’il voue une admiration sans faille pour son If monumental. Mais une admiration qu’il souhaite aussi partager ! Bien-sûr, il ne peut pas ouvrir sa maison et son terrain à tous les visiteurs, alors il a fait un bel effort pour que son arbre merveilleux puisse être visible au plus près par les curieux. Il a ainsi aménagé la clôture de son terrain près du petit chemin communal pour ne pas masquer le vieil arbre et ajouté une pancarte explicative :
« If Millénaire – 9m de tour – 12m de haut « 

Aucune fioriture dans cette pancarte, le message clair donne 3 informations précises sur cet arbre hors du commun.
Effectivement, la base de ce tronc trapu est phénoménale, bien qu’elle soit un peu masquée par une multitude de petits gourmands que le propriétaire n’a plus le courage de « nettoyer », comme il l’a fait durement toute sa vie dans le soucis de sublimer son arbre vénéré.
En Juillet 2020, sa circonférence mesurée à 1,30m de hauteur est de 9,70m (au plus près du tronc, en écartant les gourmands et la myriade de toiles d’araignée associée). Sa hauteur mesurée au dendromètre suunto est de 13,50m.
On peut préciser aussi qu’il s’agit d’un pied mâle. D’ailleurs à ce sujet, existe il une différence de longévité entre les pieds mâles et femelles, comme notre spécialiste du Gard Yves Maccagno l’a remarqué chez les Genévriers ?
En tout cas, son état sanitaire semble excellent, aucun signe de dépérissement extérieur n’apparait. Et pour m’en assurer, le propriétaire m’invite à grimper dans son houppier pour me rendre compte de son état mais surtout, parce que d’après lui, je vais vivre une expérience unique:
« Partager un instant d’intimité avec un arbre millénaire ! »
🙂 🙂 🙂
Waouh, tout un programme ! Je n’avais pas imaginé vivre un jour une telle expérience.
Une invitation un peu déstabilisante à laquelle je ne m’étais pas préparé, mais sans même attendre ma réponse le Papi contourne le tronc et m’indique, avec un air malicieux, le meilleur passage pour tenter l’ascension du vieux Taxus. Un couloir entre deux branches maitresses qui permet de se hisser sans difficulté au centre du houppier. Pour être honnête, le passage demande tout de même un minimum d’agilité et de souplesse pour atteindre la première marche…
Le vieil homme, resté au sol, me demande tout excité ce que j’observe dans le cœur de son arbre.
L’impression est bizarre… je m’attendais à découvrir tout le village d’un tour d’horizon, mais il n’en est rien. Je me retrouve vraiment dans l’arbre, dans l’épaisse jungle de son houppier, les pieds posés délicatement à l’insertion des branches, le dos appuyé sur son écorce et le feuillage me caressant délicatement la peau du visage, des bras et des jambes… Le Papi avait raison, je suis dans l’intimité d’un arbre millénaire !
Je ne sais pas combien de temps je suis resté « là-haut », surement pas plus de 2-3 minutes, mais cela m’a paru une éternité, j’ai vécu un instant à l’échelle du temps d’un arbre quasi immortel.
Le retour sur terre m’a étourdi un moment… Je n’avais plus en tête le flot de questions que je voulais poser au Papi. Je crois que l’expérience que je venais de vivre me suffisait…
C’est finalement le propriétaire qui m’a sorti de cette douce léthargie en lançant le sujet de l’âge potentiel de son vieil arbre.

Si comme nous l’avons vu, l’âge de la maison (300 ans) ne peut pas être en lien avec le vénérable If, des fouilles récentes à proximité de l’arbre ont mis à jour les restes d’un vieux cimetière… voilà peut-être le lien avec la présence du vieux Taxus ? Mais sa véritable origine à cet emplacement reste, et restera probablement, toujours un mystère.

Le qualificatif « millénaire » qui lui est souvent associé ne semble pas (trop) exagéré. En effet, des carottages au cœur réalisés en 2002 au moment de sa labellisation comme Arbre Remarquable de France ont permis d’estimer l’âge du vieillard à 980 ans. D’autres sources sur le web, difficilement vérifiables, annoncent un âge compris entre 800 et 900 ans. Quoiqu’il en soit, il a la réputation d’être le plus vieil être vivant du département. Le Doyen du Périgord, voilà un titre honorable dans le pays du berceau de l’Homo sapiens 🙂
Plus récemment, l’If de Bertric-Burée a été lauréat de l’opération Mathusalem en 2010. Un inventaire dont l’objectif était de recenser sur le département tous les arbres bicentenaires (en lien avec la Révolution française). Au total, 200 arbres furent recensés, dont la moitié avec une circonférence comprise entre 6 et 10m.
En revanche, côté dimensions, ce n’est pas le plus gros arbre du département. La palme d’or revient au célèbre peuplier de Brantôme avec 10,95m de circonférence (mesure actualisée en juillet 2020).

Dans la catégorie Taxus vénérable, il a aussi la réputation d’être le plus gros if de la moitié sud de la France… C’est possible, mais difficile d’en avoir la certitude ! Les découvertes arboricoles récentes des chasseurs d’arbres, souvent dans des domaines privés non accessibles au public, bouleversent régulièrement les références que nous pensions acquises sur certaines espèces. On va dire alors qu’il est le plus gros de la moitié sud, dans l’état actuellement des connaissances ! Jusqu’à la découverte d’un nouveau champion 🙂 Et puis, où se trouve précisément la limite de la moitié sud ? Par exemple, l’if de Vigeois dans la Creuse, avec ses 9,95m à la base du tronc (mesure de novembre 2015), était-il un nordiste ou un sudiste ? 😉

Et comme un bonheur n’arrive jamais seul ou plutôt comme une belle rencontre n’arrive jamais seule, un autre arbre du domaine mérite aussi toute l’admiration des visiteurs. Il s’agit d’un splendide Fusain du Japon (Euonymus japonicus), plus que centenaire, soigneusement taillé en parasol sur une hauteur de presque 4m. Cette plante ligneuse, habituellement buissonnante, prend ici une silhouette tout à fait inhabituelle. Son propriétaire me le présente avec une certaine fierté en me demandant si j’avais déjà rencontré un fusain aussi phénoménal…. Bien-sûr que non ! Il en profite alors pour ajouter une petite anecdote : « Vous pensez que je peux profiter pleinement de ce fabuleux parasol pour manger dans mon jardin ? Eh bien pas du tout ! Les poules m’ont volé mon arbre ! Elles l’adorent et viennent même « nicher » l’hiver dans ses branches ! »

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9 réflexions sur « L’If Millénaire de Bertric-Burée (Dordogne) »

  1. Merci Castor, de nous envoyer des nouvelles de cet if Remarquable.
    (j’ai un petit faible pour les ifs )
    Grâce à toi le blog continu d’être alimenté en cette année bizarre…

    • Bonjour Guy,

      ça fait toujours plaisir de te voir apparaitre sur le blog 🙂
      Eh oui, notre petit groupe d’irréductible chasseurs d’arbres (Yannick, Aurélien, Yves avec ses addentums mensuels…) continuons notre quête des arbres merveilleux même durant cette année très bizarre, je crois que c’est notre destin lol !!! 😉

  2. Bravo castor pour ce beau portrait de l’ if millénaire de Bertric Buree, presque aussi impressionnant que nos Ifs bretons et normands ☺️. C’est très bien que cet if, parmi les plus anciens d’Europe, fasse partie des portraits de notre blog préféré. Encore bravo

    • Bonjour Mickaël,

      j’ai été surpris aussi que cet if n’ait pas encore fait l’objet de publication sur nos petits blogs arboricoles (krapo, têtards…), il était temps qu’on lui rende hommage.
      C’est l’un des plus beaux monument végétal du sud-ouest et quel plaisir de rencontrer un propriétaire aussi passionné par son arbre !

  3. Wouah tu enchaînes Castor ! Pour ma part je ne serai jamais rassasié je crois 😉

    Super if dis-donc, surtout à cette latitude !
    Le proprio a l’air GÉ-NIAL. Des gens comme ça c’est un bonheur que de les rencontrer.

    Bravo pour cet article et merci 🙂

  4. Beau morceau ! Étonnant de trouver un if de ce gabarit dans ce coin, peut être un normand qui c’est égaré…
    Je connais un gros fusains en Bretagne, et je pense qu’en fouillant un peu il est possible d’en dénicher sur la côte.

    • Tout un monde qui reste à découvrir avec ces espèces dites « secondaires » comme le Fusain d’Europe dont on n’imagine pas leurs limites de développement sur des vieux sujets.
      Sur Grenoble j’en connais également un très vieux mais non accessible, seul le haut du houppier est visible du bord de route. Il est tellement gros, que j’ai dû attendre qu’il fleurisse pour être sûr que c’était bien un fusain du Japon 🙂

  5. Bonjour à tous !

    Bien belle trouvaille et pas des moindres !!
    C’est plaisant d’avoir a faire à un propriétaire aussi impliqué et à un arbre hors catégorie.
    Je sais que comme certains tilleuls et châtaigniers avec des rejets, les zones de bois de l’if une fois exposées à la lumière verdissent de toutes parts et ça devient difficile d’y voir clair.

    Pour le fusain d’Europe, j’ai eu un joli score pendant quelques semaines, en trouvant un spécimen de 0,87 m de tour juste avant qu’on l’abatte bêtement pour libérer une intersection d’allée..

    • Bonjour Sisley,

      j’ai du mal à imaginer à quoi pouvait ressembler un fusain d’Europe de presque 1m de circonférence ! Quel dommage qu’il ait été abattu. L’avais-tu pris en photo avant son abattage ?

Répondre à Mickaēl Jézégou Annuler la réponse

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