Tout le Charme de la forêt de Bonnevaux (Isère)

Nettement moins touristiques que les grands massifs alpins, les plaines et collines à l’ouest de Grenoble sont pourtant l’occasion de faire aussi de très belles rencontres arboricoles…
De quoi donner un charme tout particulier à vos balades dans « Les Terres Froides » ! 🙂


Les Terres Froides, c’est le nom donné à cette immense plaine agricole ponctuée de petits villages, quasi exsangues, qui ne parviennent plus à retenir leurs habitants toujours attirés par le dynamisme des agglomérations lyonnaises et grenobloises.
Plus à l’Est, la plaine se transforme en paysage collinaire recouvert d’une forêt très ancienne. Tellement ancienne que son origine se perd dans la nuit des temps… C’est la Forêt de Bonnevaux.
Elle s’étend sur 6 000 hectares d’un seul tenant et est composée principalement de châtaigniers, robiniers et chênes. Cette forêt ancienne a été exploitée dès le Xème siècle par les moines cisterciens venus s’installer dans ce territoire encore sauvage. Bien que l’Abbaye de Bonnevaux soit à l’état de ruine depuis la Révolution, il reste encore dans le paysage de nombreuses traces de l’occupation des moines, comme ces nombreux étangs creusés pour la pisciculture.

Les vieux arbres en revanche sont plutôt rares dans cette vaste forêt qui fait l’objet de coupes régulières, essentiellement pour la production de bois de chauffage, mais aussi pour la fabrication de piquets en châtaignier ou robinier, très appréciés localement.

Là, je devine qu’à ce moment du récit, fidèles lecteurs du blog des Têtards, vous êtes un peu déçus, non ? 🙁
Vous vous dites que s’il y a peu de vieux arbres dans cette forêt, il y a alors peu de chances de trouver des arbres remarquables… C’est pas faux !
Sauf que je ne vous ai pas encore tout dit…
Dans cette forêt immense, il existe aussi un Arbre légendaire, absolument exceptionnel !
Aaah, enfin l’article devient tout de suite plus intéressant ! 🙂


Il s’agit d’un charme aux dimensions colossales mais dont l’existence ne semblait jusqu’à présent que légendaire. Cet arbre n’est apparu que quelque fois en photos sur internet mais sans jamais être accompagné de plus d’informations sur ses dimensions et sur sa localisation précise.
J’ai fait plusieurs tentatives ces dernières années pour partir à sa recherche dans la profonde forêt de Bonnevaux, mais sans jamais parvenir à trouver la moindre trace du Carpinus giganteum
Jusqu’au jour où… Tristan me fait suivre une photo issue d’Instagram (postée par un dénommé « Raton-laveur » 😉 ) en me demandant si je connaissais ce Charme-Colosse?
Je lui réponds illico que c’est peine perdue, cet arbre est une légende pour touristes en mal de sensations et qu’après mes multiples expéditions en forêt de Bonnevaux, je suis persuadé qu’il n’existe pas.
Deux jours plus tard, Tristan me fait suivre les coordonnées géographiques du Charme de Bonnevaux gentiment communiquées par Raton-laveur.
Difficile à croire… Le mystère du Carpinus géant pourrait être aussi facilement dévoilé ? D’autant que j’avais déjà pas mal prospecté dans le secteur indiqué par Raton-laveur…
Finalement, les coordonnées géographiques ne se sont pas avérées tout à fait exactes… mais elles étaient suffisamment précises (à 200m près) pour me mettre sur la piste de cet arbre extraordinaire !
Merci Tristan, Merci Raton-laveur 🙂

Il n’est qu’à quelques centaines de mètres du Château de Bonnevaux, au bord d’un vieux chemin tracé depuis certainement l’époque médiévale. Un panneau en bois indique d’ailleurs la présence des vestiges d’un mur d’enceinte qui entourait l’Abbaye.

Un petit conseil, il vaut mieux lui rendre visite en hiver, avant la mise en feuilles. C’est le meilleur moment pour bien apprécier son incroyable silhouette fantasmagorique combinant à la fois l’aspect du vieil arbre têtard et la particularité du tronc cannelé du charme.
A noter la présence d’une large fente sur le côté du tronc qui ajoute la petite touche de charme supplémentaire à cette vieille trogne. Une ouverture qui ressemble à une porte d’entrée vers un monde imaginaire et féerique où seuls quelques lutins pourraient s’y glisser (des petits enfants un peu trop curieux et téméraires pourraient aussi être tentés d’aller explorer cette grotte mystérieuse 😉 ).

Au-delà de l’aspect esthétique indéniable, ce sont surtout ses dimensions qui le rendent exceptionnel.
Sa circonférence, mesurée à l’amont du talus à 1,30m de hauteur, est de 5,20m, ce qui en fait l’un des plus gros charmes connu à ce jour en France.
Son état sanitaire est assez dégradé. Dans ce contexte, il est difficile de se risquer à avancer un âge potentiel pour un arbre dont il existe si peu d’équivalents sur notre territoire.

La position de ce Charme colosse sur le haut du talus et sa silhouette d’ancien arbre têtard laissent imaginer qu’il devait servir de délimitation ou de repère dans l’ancien parcellaire à l’époque de l’occupation des moines.

En continuant le vieux chemin une centaine de mètres plus loin, le promeneur aura la chance de découvrir un autre vénérable charme têtard. Mais ce n’est plus qu’une vieille trogne à bout de souffle où subsiste quelques départs de branches sur un tronc en dentelle.
Malgré son état sanitaire très dégradé, ses dimensions sont encore tout à fait remarquables : 4,20m de tour de taille à 1,30m du sol.
De toute évidence, ce vieux chemin devait être bordé d’arbres têtards à l’époque où les moines étaient soucieux de délimiter leur territoire.

D’autres belles découvertes sont à faire en Forêt de Bonnevaux.
Je vous propose de réaliser une petite boucle sans aucune difficulté entre étangs et vieille forêt historique pour poursuivre votre visite aux deux charmes de Bonnevaux.
L’itinéraire décrit correspond au circuit # 5 du projet « 15 circuits découvertes arboricoles en Isère » en cours de réalisation et en exclusivité sur le blog des têtards.

En poursuivant le vieux chemin après le Charme-dentelle, vous déboucherez sur une petite clairière mise en pâture par la ferme de Bourgariot. Le chemin descend ensuite vers le ruisseau de Girieux où trois étangs plein de charme se succèdent dans ce fond de vallon qui vous apportera un peu de fraicheur en été (les étangs sont privés, pêche et baignade interdites). Au dernier étang, nommé étang des coucous, vous remonterez la piste à gauche en passant devant un beau hêtre et quelques vieux châtaigniers dégradés (maxi 5m de circonférence) jusqu’au hameau de Bourgariot.
Puis, un petit sentier à droite permet de s’enfoncer à nouveau dans la forêt de Bonnevaux où vous trouverez en contrebas un beau hêtre isolé (circonférence 3,70m) et conservé lors des coupes successives sur cette parcelle. Le chemin débouche ensuite sur l’Allée Royale, nom donné au chemin principal reliant les deux châteaux (Bonnevaux et Avril) et joliment bordé de vieux arbres. On regrettera pour la beauté du site, la récente exploitation forestière qui a laissé bien peu d’arbres sur la parcelle avoisinante et est venue grignoter à plusieurs endroits la vieille allée historique…
A l’intersection des deux chemins, vous pourrez observer une belle curiosité naturelle. Un vieux chêne à trois troncs forme une petite réserve d’eau dans sa souche. Cette petite cavité porte le nom de dendrotelme. La présence de cette eau stagnante (souvent temporaire) a un grand rôle écologique dans le biotope forestier. Elle permet à certaines espèces de se développer et d’accomplir une partie de leur cycle biologique. C’est un micro-habitat pour de nombreux insectes (et pas seulement pour les moustiques !).
Le retour à la voiture se fait en prenant l’Allée royale en direction du Château de Bonnevaux (Château XIXème siècle avec chambres d’hôte).

Retrouvez les autres circuits déjà présentés sur le blog : Col de Porte, Arbre taillé, Arbres de Voiron, Vallon des Ecouges. 🙂

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7 réflexions sur « Tout le Charme de la forêt de Bonnevaux (Isère) »

  1. Ouah un cousin grenoblois au filaire montpelliérain 😉
    Superbe balade arboricole et finalement tu l’as eu ton Graal, Castor.
    Comme quoi Prévert avait raison : le raton laveur est indispensable 😀

  2. Ah géniale cette quête au charme ! Assurément l’un des plus gros de France et son tronc « sculpté » lui ajoute un sacré caractère.
    Après chacun de tes articles décrivant des arbres exceptionnels comme celui-ci, on se dit que tu auras du mal à trouver mieux… Mais à chaque fois, on est surpris par de nouvelles découvertes extraordinaires ! 😉
    Bravo et merci pour cette article.

  3. Merci pour vos commentaires 🙂

    effectivement il y a une ressemblance avec le célèbre filaire, « la boite aux lettres » du Jardin des plantes de Montpellier ! Avec ce Charme colosse on pourrait même y déposer des colissimos tellement les replis de son écorce sont profonds 🙂

    @ Aurélien : eh oui c’est le jeu des inventaires, on n’en finit jamais de toujours trouver plus gros, plus haut et plus vieux… c’est ce qui fait le charme de notre sport préféré, la chasse aux arbres ! 🙂

  4. Fort intéressant comme découverte et très belle ballade !!
    A force de persévérance, de chance et aussi grâce au réseau, voici que sortent du bois des invraisemblables et légendaires spécimens !

    Un grand prix pour la photo de présentation, elle met en avant tous les caractères du vieux charmes avec ses cannelures et ses variations de teints. C’est définitivement une essence sous représentée.

    (p.s : moi qui projetais la présentation d’un charme peu ordinaire, j’ai du coup décidé de reporter la parution pour à nouveau bénéficier d’un plein effet 😉 )

    • Bonjour Sisley,

      c’est vrai que les vieux charmes sont particulièrement photogéniques, ils ont une vraie « tronche » et c’est un plaisir à photographier surtout hors période de feuilles pour bien mettre en valeur le tronc tortueux, cannelé et fissuré avec sa peau lisse aux teintes multiples.
      Du coup, j’aimerais bien découvrir celui que tu avais prévu de nous montrer sur le blog… hâte de lire ton article !
      🙂

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