Le miracle de l’Osier sanglant (Isère)

Cette histoire extraordinaire fait partie des plus belles légendes du Dauphiné.

Il s’agit en fait de deux miracles qui se sont produits près de Vinay sur les collines de l’Isère.
Tout a débuté en 1649, avec l’incroyable histoire de l’Osier sanglant, suivie huit ans plus tard de l’apparition de la Vierge.
Deux miracles pour le prix d’un ! Wahou quelle chance !
Sauf que pour le héros, l’histoire se finira tragiquement…

Attention, puisque nous sommes sur un blog arboricole, nous nous intéresserons plus particulièrement à la première histoire, celle de l’Osier sanglant.

Mais avant de vous raconter cette incroyable histoire, il est important de bien se remettre dans le contexte de l’époque.
L’histoire se déroule durant cette période trouble qui a suivi la signature de l’Edit de Nantes, mettant fin aux guerres de religion qui ont divisé le Royaume. En ce début XVIIème, les catholiques et protestants vivent désormais en (presque parfaite) harmonie dans le Royaume de France, chacun ayant droit de pratiquer sa religion… mais dans une liberté toute relative…
Dans ce petit coin de campagne du Dauphiné, en 1649, les catholiques sont largement majoritaires et bien que les protestants ne soient plus persécutés, ils doivent tout de même rester discrets et se soumettre aux coutumes de l’église catholique…
Le héros de notre histoire, Pierre Port-Combet, est l’un de ces Huguenots bien intégrés dans cette campagne très conservatrice. On peut même dire qu’il est un modèle d’intégration puisqu’il s’est marié à une femme catholique !
Quelle ouverture d’esprit pour l’époque !
Donc jusque là, tout va bien pour notre héros…
Mais voilà qu’il va commettre La Boulette ! Une erreur qui lui sera fatale…
Le 25 mars, c’est le jour de l’Annonciation, jour chômé pour tous les catholiques.
Mais Pierre a une autre urgence, il doit impérativement tailler ses saules osiers et se sent nullement concerné par ce jour chômé.
Alors qu’il s’attelle à tailler son premier saule têtard avec sa serpette, il aperçoit avec stupeur du sang jaillir abondamment des rameaux coupés.
Sa femme, fervente catholique, est épouvantée par ce spectacle. Jeanne ne comprend pas comment la chemise de son mari est tâchée de sang alors qu’il ne s’est pas blessé. Elle tente elle-même de tailler l’osier et rien ne se produit. Pierre continue la taille et le sang jaillit à nouveau ! Le pauvre Huguenot reste perplexe devant ce phénomène incroyable et malgré l’amende qu’il a reçu pour avoir travaillé un jour chômé, il continuera à vivre et à élever ses enfants selon les préceptes calvinistes.
Cette histoire incroyable se propage rapidement dans tout le Dauphiné et certains parlent déjà de « miracle ».
Quant à l’osier miraculeux, il ne va pas redémarrer l’année suivante et restera sec sur pied.
En 1656, le curé de Poliénas déclare officiel « Le miracle de l’Osier sanglant ». Le bout de terrain du malheureux paysan est racheté par l’église pour y construire une petite chapelle et recueillir un morceau de l’osier miraculeux.
Les pèlerinages vont se succéder dès 1656.
Fin du premier épisode…

Basilique Notre-Dame de l’Osier contenant les reliques de l’Osier miraculeux et la sépulture de Pierre Port-Combet

Episode 2, l’apparition de la Vierge en 1657

Huit ans après l’histoire épouvantable de l’osier sanglant, le sort va encore s’acharner sur ce pauvre paysan protestant.

Cette fois-ci, Pierre Port-Combet a attelé ses bœufs pour labourer sa parcelle lorsqu’il aperçoit une jolie jeune femme, tout de blanc vêtue, face à lui. Elle le questionne sur les pèlerinages et les miracles qui se sont produits depuis l’évènement de l’osier sanglant. Pierre ne souhaite pas répondre à cette inconnue car il ne se sent pas concerné par toute cette « affaire » catholique. La jeune femme, très en colère, lui annonce que sa fin est proche et lui ordonne de se convertir à la religion catholique, le seul moyen de sauver son âme des flammes de l’enfer. Mais Pierre continue à labourer obstinément sans parler. Puis il est pris d’un doute, se retourne pour répondre mais aperçoit la jeune femme s’éloigner en silence..
Le soir même, il raconte l’histoire à sa femme qui sera la seule à pouvoir témoigner par écrit de ce nouveau miracle.
Quelques mois plus tard, Pierre est pris d’une forte fièvre et accepte de se convertir au catholicisme quelques jours avant de mourir.

Selon la légende, sa dernière volonté a été d’être enterrée au pied de son saule osier.

Cette apparition mariale va donner une autre dimension aux pèlerinages de l’osier sanglant. La petite chapelle en bois se transforme en basilique et reçoit la sépulture de Pierre Port-Combet et les reliques de l’osier.
Un oratoire est également construit à l’endroit présumé où la Vierge est apparue, soit à peine à une centaine de mètres de l’emplacement du célèbre osier.

De nos jours, il ne reste rien du célèbre osier sanglant, mort il y a près de 400 ans… mis à part le petit morceau de relique précieusement conservé dans la basilique.
Quelques pieds de saule osier ont toutefois été plantés symboliquement sur l’un des côtés de la basilique et font l’objet de tailles régulières (en dehors des jours chômés ! 😉 ).

D’ailleurs, la culture du Saule osier (ou Saule des vanniers, Salix viminalis) est encore très présente dans les vallées de l’Isère. Il s’agit rarement d’une production intensive pour l’osier (l’osiériculture et dont il existe une multitude de variétés d’osier différents) mais plutôt de la récupération de tiges d’osier sur des arbres têtards… comme le faisait notre malheureux huguenot, Pierre Port-Combet le 25 mars 1649.

A ce propos, il reste une part d’ombre dans cette tragique histoire.
Je me suis aperçu dans la vallée du Grésivaudan que les tiges d’osier étaient systématiquement récoltées sur les saules têtards en janvier ou février, voire au plus tard en tout début mars, juste avant le débourrement des bourgeons.
On peut alors se demander pourquoi Pierre Port-Combet s’est décidé à tailler ses saules le 25 mars ? Une date bien trop tardive pour cette opération… Peut-être que notre valeureux huguenot était très en retard dans ses travaux agricoles et qu’il avait dû repousser aussi tardivement la récolte de son osier ? Mystère…
Sans vouloir couper les cheveux en quatre (ou plutôt, l’osier en quatre 😉 ), j’ai le sentiment que le fait d’avoir travaillé un jour chômé pour ne pas perdre sa récolte d’osier pourrait être considéré comme une circonstance atténuante… Ce pauvre paysan ne méritait certainement pas une fin aussi tragique…

Saule osier en vallée du Grésivaudan
Taille du saule osier en début mars
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2 réflexions sur « Le miracle de l’Osier sanglant (Isère) »

  1. Bonjour à tous !

    Mince alors, on était tous pris par la rentrée on dirait ! Pas un seul commentaire sur cet article pourtant intéressant.

    Drôle d’histoire en effet. Je ne savais pas que l’osier provenait du saule et encore moins qu’une espèce était dédiée à cet usage.

    J’ai l’impression que cette espèce a une croissance plus raisonnable que le saule blanc non ?

    En tout cas merci pour cette histoire et désolé de ne pas avoir « laché » de com’ plus tôt 🙂

  2. Salut Aurélien,

    merci pour ton commentaire toujours sympathique 🙂

    Oui, l’osier vient d’un saule différent de celui que l’on rencontre habituellement. Il a généralement des jeunes pousses de couleur jaune / orangé.
    Par contre je ne sais pas s’il y a beaucoup de différences de croissance entre le Saule osier et le traditionnel Saule blanc.

    Pour ceux qui seraient tentés par cette drôle de culture, il existe même une formation pour devenir Osiériculteur, proposée par un lycée agricole de Haute-Marne.
    http://lpahorticole.faylbillot.educagri.fr/index.php?page=presentation-cfppa#ae-image-0

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