Le « gros chêne » de Saint-Gilles-Vieux-Marché, Côtes d’Armor

Article initialement paru dans « la lettre de l’arboriculture » n°105 afin d’illustrer l’évolution et la résilience des arbres.

Durant la Révolution française et dans le second élan en 1792, de nombreux arbres de la liberté furent plantés au cœur des villes et villages, comme symbole de joie, d’affranchissement et de fraternité. Des milliers d’arbres plantés à cette période, bien peu subsistent aujourd’hui, souvent abattus pour des raisons d’ordre politique ou encore victimes des réaménagement urbains.

Le chêne peint en 1892 par Etienne Bouillé (tableau propriété Famille de Saint Pierre)

Le chêne un peu avant 1894, année du début de la construction de la nouvelle église. (photo : Famille de Saint Pierre)

Le chêne dans son état actuel (circonférence :3.20 m)

Si, comme souvent, aucun document n’atteste de l’origine du « gros chêne » de Saint-Gilles-Vieux-Marché, la tradition populaire fait remonter sa plantation à la période révolutionnaire. Sa situation, au cœur du village et la photo antérieure à 1894, accréditent cette hypothèse. Sur cette vue ancienne, nul doute que ce chêne puisse être centenaire malgré ses modestes dimensions. Celles-ci sont à mettre en corrélation avec des conditions de croissance défavorables, le sol était soumis à un piétinement régulier. D’autre part, son tronc sinueux et sa cime constituée majoritairement d’axes semblant plus jeunes et de même génération, laisse supposer qu’il a subi un émondage n’ayant épargné que deux branches en guise de « tires-sève » au sommet du tronc (en haut à droite sur la vue ancienne) S’il a réagi à cette « taille », l’observation des différents axes indique une vigueur moyenne. Une carte postale du début du 20ième siècle nous montre un houppier légèrement aplati, lié à une légère descente de cime dont les deux « tires-sève » semblent avoir été victime.

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Ce n’est qu’à la fin des années 50, qu’un nouveau stress semble accentuer son dépérissement. Il abandonnera ses axes sommitaux et le tiers supérieur de son tronc. Son envergure se verra réduite et son houpier perdra son harmonie. Son état était très préoccupant. Néanmoins, ce chêne fera à nouveau preuve d’une belle capacité de résilience, en reformant son houppier actuel principalement depuis ses branches les plus basses. La construction d’un muret en périphérie et l’apport de terre a son pied, même si elle ne faisait pas l’unanimité, semble finalement lui avoir été bénéfique.

Néanmoins un récent réaménagement du centre bourg a entrainé le remplacement du vieil enrobé par un béton désactivé. Bien qu’aucune racine n’ait été endommagée, l’épaisseur et l’étanchéité de ce matériau semble perturber le vieux ligneux qui s’est éclairci de façon significative. Des suppléants, mais à faibles allongement, se développent en partie basse.  Gageons que leur présence présagent d’un bel avenir…

 

 

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11 réflexions sur « Le « gros chêne » de Saint-Gilles-Vieux-Marché, Côtes d’Armor »

  1. Je crains malheureusement que les aménagements « modernes » du centre bourg ne précipitent la décrépitude de cet arbre méritant. Je ne supporte plus les aménageurs et les élus qui leur passent commandes d’espaces nettoyables au karcher ! Quand on a un arbre comme celui-ci dans un tel emplacement, avec un tel contexte historique, tout l’aménagement devrait concourir au bien être et à la santé de l’arbre ! Là c’est tout le contraire : déjà le muret qui sert de jardinière au pied de l’arbre n’est pas ce qui se fait de mieux, mais le béton désactivé sur toute la place, c’est le degré zéro d’un aménagement intelligent ! Je trouve ça totalement impardonnable et d’une bêtise crasse. j’ai visité cet endroit il ya deux ans et j’avais déjà écrit à la mairie pour tirer le signal d’alarme…..mais autant pisser dans un violon !

  2. Suite du commentaire : j’ai retrouvé mes photos. dans la « jardinière » autour de l’arbre vénérable, il y a même de l’arrosage automatique ! C’est un véritable crime ! comment autant de bêtise est-il possible ?

  3. On voit bien les tuyaux pour le goutte à goutte autour de l’arbre sur la photo de l’état actuel quand on l’affiche agrandie !!!!!!!!

  4. Tous ces arbres « citadins » ont bien du mérite de s’entêter à vivre dans des environnements autant soumis à changements au fil des ans et des siècles !
    Merci Yannick pour la découverte et les illustrations d’époque.

    • Je pense qu’il faudrait que l’association ARBRES informe la mairie de travaux nécessaires à la survie de l’arbre : enlever la jardiniere et l’arrosage, retrouver le niveau naturel du collet, enlever un grand carré de revêtement béton (8×8 mini) mettre du mulch et une barrière en bois pour supprimer le piétinement. Il faut retrouver un sol biologiquement efficace. C’est seulement à ce prix qu’on donnera une chance à ce vétéran de durer encore de nombreuses années.
      Louis dubreuil, correspondant ARBRES 63

      • Bonjour Louis, habitant la commune ce sont déjà des suggestions que j’ai fait à plusieurs reprises, mais nul n’est prophète en son pays, surtout quand on n’en est pas originaire.
        Petite précision, la zone en béton était déjà enrobée depuis des décennies, et la jardinière (muret) a été créée il y a aussi 20 ou 30 ans, et l’arrosage automatique est installé aussi depuis très longtemps.
        Selon les ‘témoignages’ l’arbre aurait repris de la vigueur suite à cet aménagement. Hasard ou effet positif de l’apport de terre, je ne saurais dire.

    • Merci Pat, effectivement ils sont bien méritants ces ligneux.
      Les documents anciens sont extrêmement intéressants, je trouve très instructif de visualiser l’évolution des arbres. Cela permet parfois de relativiser et de nuancer les pronostics émis par de pseudo experts.

  5. C’est une chance d’avoir ces illustrations pour suivre l’évolution de l’architecture du vieux chêne. En l’absence de documents écrits, elles apportent des informations précieuses sur son histoire.
    Effectivement, le sort s’est acharné sur ce beau chêne, symbole de la période révolutionnaire et il serait bien hasardeux de savoir comment il va réagir face à ces dernières modifications de son environnement.
    La formation de son houppier de substitution suite à la perte de sa cime est un bon signe de résilience et de vigueur, tout comme l’apparition récente des suppléants en partie basse est encourageante… mais seront-ils suffisamment vigoureux pour faire face à cette nouvelle perturbation de son environnement ???
    Il faut également considérer son âge, 200 ans c’est, en théorie, très jeune pour un chêne (mais à la fois très vieux pour un arbre en milieu urbain 😉 ) et on peut espérer qu’il aura suffisamment de force pour réagir.

    Merci Yannick de nous avoir présenté ce valeureux chêne historique 🙂 🙂 🙂
    En espérant que la municipalité sera plus attentive à l’avenir à tes recommandations arboricoles…

  6. Bonjour
    il doit y avoir erreur dans le titre et il doit s’agir de « St Gilles-Vieux-Marché » si j’en crois ma rapide visite sur Google maps.
    c’est toujours avec plaisir que je prends connaissance de vos découvertes

  7. Salut à tous !

    Bel exposé, c’est toujours intéressant de suivre une évolution.
    Malgré les aménagements, les différents aléas, il s’en sort encore relativement bien.
    Être un arbre urbain n’est pas facile tous les jours et je pense que dans bon nombres de villages on n’aurait pas hésiter à l’enlever depuis des lustres en y plaçant ces créations modernes qu’on voit se multiplier un peu partout.

    Une question épineuse réside dans la relève et le sort des jeunes plantations car quand on regarde bien, il y a quantité de plantations avec des fosses sous dimensionnées et des apports nutritives très réduits au fil des cycles.

    Le chêne possède quelque chose que peu d’autres essences ont, c’est le côté symbolique, sacré, emblématique qui dans de nombreux pays l’a sauvé.

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