Le Vieux chêne creux de la Matauderie, Saint-Benoît, Vienne

Sur la photo ci-dessus, que j’avoue avoir choisi pour son côté mystérieux et accrocheur, on pourrait me croire dans une cavité souterraine. Ca en a tout l’air car les parois sont brutes et il y fait sombre. Un ou deux bémols tout de même : ça ne résonne pas à l’intérieur et les parois ne sont pas aussi dures que de la roche.  Alors oui, je suis bien dans une cavité, mais une cavité « ligneuse ». Vous l’aurez compris, c’est bien à l’intérieur d’un tronc d’arbre que je me cache …

Voici le chêne de la Matauderie  ou dit du « Fief Clairet ».  Un beau pépère de 21 mètres de haut, 25 m d’envergure avec un tronc de 6,29m de circonférence (à 1m30 du sol) permettant un accueil confortable ! Bien serrés, on y logerait à quatre  « crevettes » comme moi qui auront réussi à se glisser par l’une des étroites failles du collet. Estimé à 300 ans, ce chêne pubescent aurait été planté par des Irlandais, propriétaires du fief vers la fin du XVIème siècle. J’insiste sur le conditionnel car ce n’est peut-être qu’une légende. Il a pu aussi pousser ici tout seul sans l’aide de l’homme ! Ce qui est sûr, c’est que ce pépère en a bavé.

Des soins arboricoles intensifs

Sur la photo où je me mesure au colosse, vous aurez certainement remarqué cette immense blessure de plus de quatre mètres de haut. Si elle ne date pas d’hier, elle a probablement eu pour cause une attaque de champignons qui, après expertise, a nécessité, il y a 27 ans, les soins suivants : mise en  place d’un haubanage des charpentières, paillage du tronc pour maintenir le sol frais afin de protéger des fortes chaleurs ainsi qu’un étai pour soutenir une grosse branche au Nord. Un peu plus tard, à la fin des années 90, cet arbre respectable subit un élagage doux et le  curage de son cœur abimé. Grâce à ces travaux, on constate que notre vieux chêne se porte aujourd’hui comme un (énorme) charme car même à son âge, Papy grossit toujours et encore ! A la fin des années 90,  » Vienne Nature « , lors d’ un inventaire des arbres remarquables du département, relève une circonférence du tronc de 5,90 m à 1m30 du sol. Il a donc pris 40cm de tour de taille en 20 ans. Cela dit, on serait tenté de croire qu’il aurait pu être encore plus gros à une époque…

Revenons à cette gigantesque blessure qui n’est pas anodine. S’il n’est pas toujours évident de lire un arbre, il est fort probable que cette cicatrice ait pour origine la disparition d’une branche qui ne pouvait être qu’énorme , voire même  l’arrachage d’une partie du tronc. Ci-dessus, j’ai fait un petit montage pour tenter de représenter ce qu’aurait  pu être ce chêne sans cet accident, en prenant en compte un tronc élargi pour soutenir cette charpentière. Même si la réalité aurait pu être différente de ma projection, on imagine aisément que la circonférence serait bien plus importante s’il  était resté indemne. Enfin, c’est la vie comme on dit ! Et puis, il ne va pas trop se plaindre notre chêne, car il a encore pris du galon cette année !

Un arbre sous une bonne étoile

Menacé, au fil du temps, d’éventuels abattages, dégradations, incendies ou je ne sais quoi d’autre, le chêne de la Matauderie est désormais protégé par un PLU (Plan Local d’Urbanisme). Répertorié  sur la carte IGN, reconnu comme « Arbre remarquable du département » depuis 20 ans , il est pris en charge par la ville de Poitiers.
Lors de  la  « Journée de l’arbre » organisée cette année en partenariat avec l’association «  A.R.B.R.E.S. remarquables de France » et animée par Alain Baraton , on nous a laissé entendre que  cet honorable chêne serait  désormais au centre de toutes les attentions de la capitale de la Vienne qui gère plus de 40 000 arbres de manière responsable. D’ailleurs, à cette occasion, le vénérable a eu droit à une nouvelle expertise  suivie d’un  élagage doux avant de se voir décerner  le prestigieux label A.R.B.R.E.S.. Il a eu bien raison de se battre contre les aléas de la nature notre valeureux chêne car il est  l’arbre le plus symbolique de la ville et peut  désormais prendre une retraite bien méritée sous l’œil bienveillant d’une ville qui a compris que le développement de l’humanité est lié à la sauvegarde du monde végétal. Certains devraient en prendre de la graine…

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8 réflexions sur « Le Vieux chêne creux de la Matauderie, Saint-Benoît, Vienne »

  1. alors là chapeau Aurélien ! voilà un arbre qui a un effet « waouh » comme les affectionne Le Castor Masqué.
    chapeau aussi à la municipalité de Poitiers pour sa politique envers les vénérables représentants du monde végétal, à qui on ne fait pas toujours la part belle partout…
    Ils ne voudraient pas se jumeler avec Nîmes par hasard ? parce question « graine » ils ont des siècles de retard dans la ville romaine 🙁
    Oui c’est ce que dit Yves Maccagno : si on veut protéger efficacement un arbre remarquable il faut l’inscrire dans le PLU.
    Encore une question de volonté politique locale.
    Maintenant le PLU ça ne met toujours pas à l’abri d’un coup de tronçonneuse mal placé…
    mais restons optimiste, et ce doit être tellement bon de se nicher au creux (littéralement) d’un vieux ligneux…Irlandais ou pas 😉

  2. Super reportage…comme à ton habitude 🙂
    La photo d’accroche fait presque peur, il y a un côté angoissant à te voir ainsi emprisonné dans cette cellule végétale.
    J’adore ta reconstitution visuelle de la partie manquante, très bien réussie et elle semble tout à fait réaliste des aléas qu’auraient connu ce vénérable chêne.

    Par contre je m’interroge sur l’identification de l’espèce… Vraiment un chêne pubescent ??? Ses dimensions en feraient l’un des plus gros enregistré en France (avec le chêne de Murs dans le Vaucluse). J’ai trouvé cette info sur le web, qui le décrit comme un chêne sessile et raconte également les soins qu’il a reçu fin des années 90 :
    http://www.ratton-elagage.com/arbres-remarquables/
    « Le chêne sessile du Fief Clairet à Poitiers (86), qui aurait inspiré Jean de la Fontaine pour « le chêne et le roseau ».
    Pas toujours évident de distinguer les espèces de chênes, surtout que certains peuvent s’hybrider comme c’est le cas entre le pubescent, sessile et pédonculé.

    • Salut Castor, je savais 😉 qu’un tel article te ferait sortir du bois où tu te planques depuis les vacances 😀
      Par contre désolée mais j’ai une mauvaise nouvelle concernant un chêne vert remarquable (et labellisé comme tel) gardois.
      Le grand chêne de Lézan vient de mourir de sa belle mort 🙁
      Christine, la propriétaire de la parcelle doit être très triste !
      Peut-être que Yves (s’il me lit) vous présentera ce superbe sujet à titre posthume dans ces pages (ou alors le Castor, je ne sais pas s’il l’a déjà fait… )?
      Ce serait un bel hommage !
      (peux pas mettre de photos ni l’article dans lequel j’ai appris la funeste nouvelle)

  3. Bonjour tout le monde ! Merci pour vos commentaires 🙂

    @Pat’ : Oui la municipalité de Poitiers est exemplaire au niveau de la gestion de son patrimoine arboré et je sais que ce n’est pas le cas de toutes les Villes (Nîmes notamment) mais on peut espérer que des politiques de gestion bienveillantes finiront par influencer les autres ?

    @Castor : je suis content que la reconstitution te plaise, c’est loin d’être parfait mais j’ai fait de mon mieux ! Concernant l’essence, l’article que tu as trouvé le net me met le doute. Il est effectivement noté en tant que chêne « Sessile » sur le panneau d’info à côté de l’arbre mais « Vienne Nature » l’avait identifié comme chêne « pubescent ». Et moi je n’ai pas essayé de trancher car voyant souvent des erreurs sur les panneaux… Mais là je vais mener mon enquête ! Je te tiendrai informé 😉

  4. Enfin une bonne nouvelle de nos municipalités. On aurait trop tendance à entendre parler d’arrachages et de destructions d’arbres. Les villes sont devenues inhumaines et dévégétalisées, et le moindre grand arbre menacé…Monde de fous.

  5. J’ai cru que tu avais trouvé un ermitage à ton goût au creux de ce majestueux chêne!

    C’est encourageant de constater que des villes s’engagent dans une bonne gestion des arbres, même si du fait des enjeux liés à l’urbanisation, tout n’est pas rose pour autant, même avec une politique volontariste. Au titre des bons élèves il y a aussi Nantes et Roubaix par exemple. Au congrès ARBRES, on nous avait présenté le cas d’un hêtre pourpre à Roubaix, qui a été sauvé par la vikke et remarquablement intégré à un projet de collège.

    Autrement, ta reconstitution est intéressante, et donne une bonne idée de ce qu’était peut-être cet arbre…

  6. @Cyrille : Du haut de mes 26 ans, je cherche un peu d’espoir à travers la situation de ce chêne au risque d’être un peu naïf, car sa sauvegarde et celle de quelques arbres « remarquables » ne fera pas repousser la forêt amazonienne…

    @Yannick : C’est vrai que tout n’est pas rose…et encore faut-il savoir ce qui est « rose ». Que penser des tilleuls traités en rideau ou des ifs taillés par exemple ? « rose » ou pas ? En tout cas, bel exemple à Roubaix avec ce hêtre pourpre.

  7. Un bien bel arbre et un très beau cas de résilience !!

    Oui, il est vrai que ça plaisir de voir des structures prendre soin du patrimoine arboré.
    Longue vie au chêne et mes hommages au chêne de Lézan !

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