Les cyprès sacrés de Douarnenez, Tréboul, Finistère

A Douarnenez, au cimetière marin de Tréboul, d’étonnants cyprès de Lambert veillent au repos des disparus depuis près d’un siècle. Ici la symbolique de l’arbre funéraire, traditionnellement représentée par l’if en Bretagne, semble avoir été transférée à ces conifères exotiques.

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Ce lieu de recueillement, tourné vers l’océan, est entouré de plusieurs cyprès de Lambert dont un magnifique spécimen situé en contre haut de la plage St Jean. L’arbre au port élancé présente un houppier très harmonieux et une circonférence de 4,6m. A noter également une excroissance, assez caractéristique pour l’espèce, en forme de belle paire de fesses! Ce n’est pas la première fois que je rencontre ce type de boursouflure sur cyprès. Je ne m’explique pas l’origine.

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Mais au delà de l’arbre en lui même, ce que je trouve remarquable c’est le transfert d’un ensemble de symboliques funéraires, traditionnellement associé à l’if, vers une essence exotique rapportée de Californie, il y a un peu plus de 150 ans. De par leur situation, leur feuillage toujours vert, leur résistance aux tempêtes océaniques ou encore la durabilité du bois, ces cyprès de Lambert ont rejoint ici les standards mythologiques occupée habituellement par l’if. Ces nouveaux arbres sacrés sont devenus, au fil des années, les gardiens des morts. On les imagine veiller sur les ancêtres et permettre l’ascension céleste des disparus.

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Cet exemple nous montre que la mythologie liée aux arbres survit encore dans notre imaginaire collectif. « La transmission de la sacralité associée au végétal » évoquée par l’ethnologue Yann LEBORGNE,  se vérifie ici non seulement par la présence de ces arbres adultes mais également par la plantation de nouveaux cyprès de Lambert sur le pourtour du cimetière. L’arbre sacré, même exotique, constitue un symbole universel.

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8 réflexions sur « Les cyprès sacrés de Douarnenez, Tréboul, Finistère »

  1. Waou comme le dit Guy, quelle résistance aux embruns ! c’est même des vagues entières qu’ils doivent se prendre les jours de grosses tempêtes !
    En revanche, je suis moins surpris de les voir dans un cimetière. Peut-être parce que je suis habitué à voir son cousin provençale dans le sud de la France.

    Est-ce que l’if aurait aussi bien résisté près de la mer ? n’était-il pas plus sensible que le cyprès de Lambert ?

  2. Vous avez raison, un if aurait certainement eu du mal à pousser en front de mer. Et c’est vrai qu’il y a un parallèle à faire avec les cyprès de Provence présents dans les cimetières du sud de la France.

    D’ailleurs, j’ai relu récemment « L’histoire de France racontée par les arbres » de R. Bourdu et dans le chapitre consacré aux cyprès de Provence, il fait mention du poème de Paul Valéry sur le cimetière marin de Sète dont voici deux vers qui auraient pu être écrits pour celui de Douarnenez:
    « …Mais dans leur nuit toute lourde de marbres,
    Un peuple vague aux racines des arbres… »

  3. Bonjour Mickaël, je vous écrit pour vous dire que 3 des cyprès de Lambert de Tréboul sont à présent menacés d’abattage. Le service de la mairie estime que ces arbres sont devenus « cassants », je ne sais pas s’ils le sont vraiment mais je sais que ces arbres sont protégés . Il y a un projet de réaménagement de parking surtout.

  4. Bonjour Anne-Marie,
    Il serait intéressant de glisser au service de la mairie qu’il existe des experts arboricoles qui peuvent apporter un avis sur l’état de santé de ces cyprès qui me semblent pas si dangereux. Vous trouverez une liste d’experts sur le site internet du GECAO. L’office national des Forêts peut également apporter un avis.

    Concernant la protection réglementaire, il pourrait être intéressant de consulter le Plan local d’urbanisme de la commune. Les cyprès peuvent être protégés au titre de la loi paysage ou des espaces boisés classés. Peut être qu’ils se situent également dans le périmètre de protection d’un site classé ou inscrit (chapelle, château…). Dans ce cas, il faut, avant tout abattage, demander l’avis de l’architecte des bâtiments de France au service territorial de l’architecture et du patrimoine.

    Pour finir, Georges Feterman, le président de l’association nationale Arbres, aime à dire que « faire connaître un arbre, c’est le protéger ». Je pense que le fait que vous et plusieurs autres personnes s’intéressent à ces arbres fera que les élus ou les services municipaux de Douarnenez verront les cyprès sous un autre angle que la sécurité. C’est d’ailleurs l’esprit de ce blog qui permet de partager des rencontres arboricoles aux quatre coins de la France.
    Bon courage

  5. Je serais curieux de savoir qui a décrété qu’ils étaient dangereux. D’autant qu’il n’est pas étonnant que de tels arbres dans cette situation perdent quelques branches de temps à autre lors des tempêtes. Pour limiter les risques, il est toujours possibles de faire une taille d’allègement et/ou haubanner certaines branches. D’ailleurs une taille bien exécutée pourrait les mettre en valeur…
    Il faut vous renseigner après de la mairie, vous pouvez leur envoyer le lien vers cet article pour leur montrer que leur arbres ne sont pas dénués d’intérêts et qu’ils méritent mieux que de laisser leurs places à un parking.
    Il faut aussi contacter les associations locales susceptibles d’être concernées par le sujets

    N’hésitez pas à nous tenir au courant de l’évolution des événements

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