Trois châtaigniers remarquables en Saône-et-Loire

La présence du châtaignier dans le Morvan n’est pas si lointaine, elle remonterait à l’époque du Moyen-Age. Son introduction sur ces terres froides a permis de constituer une nourriture de base indispensable aux populations locales et éviter certainement de nombreuses famines.
Bien que les vergers à châtaigniers soient de nos jours très dégradés et deviennent de plus en rares, la présence de vieux châtaigniers continuent à ponctuer la campagne morvandelle, que ce soit au milieu des pâtures ou dans les haies au bord des routes et chemins.
Pour notre plus grand plaisir, le département de la Saône-et-Loire concentre encore de belles reliques de l’âge d’or de la châtaigne.
Voici le portrait de trois d’entre eux placés dans des environnements différents.

Note :  Le Morvan a fait l’objet d’un inventaire des arbres remarquables en 2006. Les résultats sont présentés dans Les Cahiers scientifiques du Parc, consultables en ligne ici.

Commençons cette tournée castanéicole par le splendide Châtaignier de La Bremme, au pied du Mont Julien, sur la commune forestière d’Uchon.
Ce n’est ni le plus gros, ni le plus vieux des châtaigniers bourguignons, mais c’est pourtant mon préféré. Il est en pleine force de l’âge et dégage une vigueur incroyable.  Son état de santé semble excellent malgré quelques accidents de croissance.
Il n’a pas poussé en croissance libre mais en lisière de forêt ce qui l’a obligé à prendre de la hauteur et à former un joli tronc avant d’étaler son gigantesque houppier.
En juillet 2017, sa circonférence, mesurée à 1,3m de haut, est de 7,02m.
Lors de l’inventaire des arbres du Morvan, sa circonférence était de 6,65m en 2006, ce qui représente un joli accroissement de 3,7 cm/an sur les 11 dernières années.

Le châtaignier suivant, au Pré Batard à Cuzy, est une vedette en Bourgogne. C’est simple, iI est tout bonnement le plus gros arbre de la région et le seul châtaignier à franchir la barre des 10m de circonférence.
Sa position isolée sur le versant d’une pâture ne passe pas inaperçue depuis la petite route de campagne menant de Cuzy à… pas grand chose en fait ! Et c’est tant mieux, on ne risque pas de perturber la circulation en laissant sa voiture sur le bas côté… Son approche se fait ensuite en navigant à vue tout droit à travers les prés et en sautant quelques barbelés (figures libres au choix : par dessus, par dessous ou à travers). Mais son gigantisme ne se dévoile réellement qu’une fois parvenu au pied du géant.
Il a été taillé façon « arbre têtard » vers 2015. La repousse des jeunes rejets lui donnent une drôle d’allure, celle d’un gros champignon vert au pied trapu.
Son tronc, entièrement creux avec une large ouverture, pourrait bien accueillir une dizaine de visiteurs… ou 3-4 vaches cherchant à s’abriter des intempéries !
Côté dimensions, le double décamètre s’affole rapidement, on entre dans la zone rouge des arbres d’exception : 13,15m de circonférence en se plaçant en amont à 1,3m de hauteur !
Mais ce chiffre hallucinant révèle une autre réalité nettement moins réjouissante. Ce châtaignier obèse est entrain d’éclater ! L’ancienne mesure de 2006 annonçait une circonférence de 11m. La différence avec son tour de taille actuel ne vient pas d’une vigueur exceptionnelle, bien au contraire. Il faut se résoudre à admettre que les lambeaux de son tronc s’écartent d’année en année. Progressivement, le vieux châtaignier se dirige inéluctablement vers une fin tragique. Malgré l’allègement de son houppier, c’est sûr, la Star bourguignonne va s’effondrer au sol… C’est son destin !

Pour compléter le triptyque des châtaigniers morvandiaux, on peut retenir celui des Crots sur la commune de St Eugène. Il illustre bien une situation assez fréquente dans la région, celle des vieux arbres totalement intégrés aux haies le long des routes.
Visuellement, ces arbres sont moins spectaculaires et il faut avoir un œil bien aiguisé (ou être obsédé par les vieux ligneux…) pour les remarquer au milieu des broussailles. Pourtant leurs dimensions sont parfois tout à fait exceptionnelles.
En général, les mesures sont délicates à réaliser à cause du cortège d’épineux qui les accompagnent et la présence de rejets gainant le pied posent des problèmes pour dérouler convenablement le décamètre.
C’est dans cet environnement particulier que pousse le Châtaignier des Crots, bien discret sur son talus. Sa circonférence est spectaculaire, mais il ne faudra se contenter que d’une estimation : environ 9,5m.
Son tronc est relativement sain. Coup de chance, sa position à deux mètres en amont de la route le préserve de la terrible épareuse de la DDE.
Cet imposant châtaignier a été à l’origine du premier inventaire des arbres remarquables du Morvan en 1993.

L’inventaire mené en 2006 a révélé une dizaine de vieux châtaigniers de plus de 7m de circonférence, souvent très dégradés et à bout de souffle mais qui témoignent de la présence ancestrale de cet arbre nourricier dans les monts et collines du Morvan.
Dans ce petit coin de France, le châtaignier est à plus d’un titre un patrimoine régional.

 

 

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12 réflexions au sujet de « Trois châtaigniers remarquables en Saône-et-Loire »

  1. Merci pour ce nouveau reportage.
    C’est toujours un plaisir de les lire, tant pour leur contenu arboricole que pour la qualité de leur écriture. La maîtrise de la langue y est parfaite. Quand la forme accompagne ainsi le fond, c’est bien agréable !

  2. Je ne pensais pas qu’il y avait des châtaigniers si haut… sur la carte de France 🙂
    C’est quoi les petits rectangles avec des traits ou des points sur le tronc du premier ?
    Ils n’ont pas l’air de porter beaucoup de fruits !?
    Et quel contraste entre le port altier du premier et le « champignon » du second 😉
    Le dernier est quelque peu « broussailleux » en effet il faut un œil acéré pour le débusquer.
    2m c’est suffisant pour éviter l’épareuse/chicoteuse ? Pas chez nous en tout cas 🙁

    • Salut Pat’,

      oui c’est vrai que vu des Cévennes ces châtaigniers sont en limite du cercle polaire 😉 Je ne connais pas la latitude nord maxi où on peut en trouver… encore plus au nord, on trouve aussi de beaux chataigniers en Ile de France, mais au-delà je ne sais pas…

      Pour les fruits, c’était encore un peu tôt en saison, je suis passé les voir peu de temps après la floraison. Mais je crois que cette année c’est un peu partout pareil, on aura très peu de châtaignes à cause de la sécheresse. 🙁

  3. Bonjour,
    concernant le chataigner du pré batard à Cuzy qui a été taillé façon tétard en 2015, faire une taille drastique a un arbre géant de cet age là, et fragilisé qui plus est, est d’ une stupidité rare.
    On aurait voulu qu’il meure plus vite que l’on ne s’ y serait pas pris autrement.
    Les élagueurs-coupeurs de branche ont vraiment des talents de persuasion remarquable et  » leur assurance leur tient lieu de compétences ! « .

  4. Salut les sudistes,
    Du haut du Cercle polaire, je peux vous affirmer qu’on trouve aussi des châtaigniers!
    En Alsace, de nombreuses forêts situées sur le piémont (en limite du vignoble) sont constituées de châtaigniers (héritage romain??), le bois assez résistant, avec celui du robinier faux-acacia, servait pour les piquets de vigne. En Lorraine, il y a aussi quelques châtaigniers.
    Même au Luxembourg, sur la liste des arbres remarquables, il y a plusieurs Castanea sativa, jusque dans les Ardennes (Wilwerdange est tout au nord du Grand-Duché).
    http://www.environnement.public.lu/conserv_nature/dossiers/Arbres_remqu/C-Liste-ANF-2014-10-20.pdf

    Avec le vin nouveau (« Neia ») et du lard, rien de tel qu’une poêlée de châtaignes locales!

    • Bonjour les nordistes,

      j’ignorais que le cercle polaire démarrait maintenant en Alsace (gag) … Serait-ce une conséquence des dérèglements climatiques que nient le fameux DONALD trump COVFEFE ???

      Cordialement

      un sudiste

      • Mais enfin TOUT LE MONDE sait que les pays scandinaves commencent à Valence dans la Drôme enfin 😉
        Merci pour l’info sur les châtaigniers nordistes et nordiques.
        Et sympa les petits échanges autour d’une bonne poêlée de castanhas arrosée d’un petit vin nouveau. Ben oui le clinton cévenol (rien à voir avec un quelconque président US si ce n’est que le cépage initial vient de là-bas aussi) est toujours interdit !
        bon week end à tous… les pieds dans la neige ou pas !

  5. Belle série, il nous manque une photo de détail du tronc du plus balaise Castor…
    Concernant la répartition du châtaignier, le sol est un facteur limitant, il n’aime pas le calcaire.
    En Meuse, il est quasiment absent…

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