Cormier de Traenheim et parc du château de Dachstein (Bas-rhin)

Régis a encore déniché quelques pépites!

Après de longs mois en stand by, mais pas complètement car tant qu’il y a du ligneux y a à faire, j’ai décidé de dévoiler au grand jour deux beaux sites du Bas-rhin dans la région de Molsheim.

Tout d’abord rapprochons nous d’un petit village typique du proche piémont vosgien, Traenheim et ses rues étroites et sinueuses, son vignoble et ses vergers, une belle localité qui abrite dans son proche périmètre un être d’exception qui me fut annoncé il y a quelques années par le beau travail de recensement sur le département.

 

Pour s’y rendre il faut emprunter la D225 qui sort de Traenheim en direction de Balbronn et s’arrêter au premier virage prononcé. En effet on se retrouve vite au cœur d’un terroir fait de vignes et de parcelles d’arbres fruitiers et là à une cinquantaine de mètres se tient fièrement le roi du domaine, un cormier champion qui ne laisse pas indifférent même les néophytes en la matière . En tant qu’inconditionnel de l’espèce, je dois dire que cet arbre est simplement parfait, comme l’on peut estimer un animal au pédigrée, à sa musculature et ossature, ici on constate tout bonnement que le spécimen est proportionné, équilibré et l’on arrive à une structure générale qui le magnifie davantage. Loin de moi l’idée de ségréguer les exemplaires moins gracieux, mais je tombais sous le charme.

 

Pour les dimensions j’ai trouvé 3,15 m en tour de taille à 1,5 m pour 16 m de hauteur. En ce qui concerne l’estimation de l’âge je ne me hasarderai pas trop, alors on dira qu’il peut avoir atteint et dépassé les 150 ans. En effet l’arbre ne montre aucun signe de sénéscence et il peut se situer dans la phase mature de l’essence. Le plus ancien de Marmoutier pourrait être sorti de sa graine durant la seconde moitié du 17e siècle et l’on remarque à son état qu’il est dans la dernière phase et cela depuis bien des années, mais la littérature donne des exemples de longévité allant au delà des 400 ans…

Pour ceux qui veulent aller plus loin, voici la bible du cormier, un ouvrage consultable de 2000 :

http://www.speierling.de/Speierling_Buch.pdf (disponible qu’en allemand, mais riche en illustrations)

(localisation : coordonnées Gps 48,592729/7,456477)

Ce coin de France regorge d’anciens vergers, de vieilles haies et même si ces endroits ne sont plus aussi nombreux qu’avant les zones du piémont abritent encore un certain nombre de fruitiers séculaires dont une forte présence de cormier. Comme je l’ai déjà indiqué par le passé, cela est en grande partie dû à la propagation d’espèce par des moines de l’abbaye de Marmoutier mais aussi par l’association de fruitier et de la vigne, j’ai pu lire qu’en le plantant de manière éparse aux abords des vignes, il protégerait les rangs de la trop forte insolation tout en ne nuisant pas à la croissance des ceps car le feuillage est assez aéré. Il doit sûrement y a avoir d’autres raisons mais je ne les connais guère.

Est sorti il y a peu de temps, « Cormier, un arbre à redécouvrir, trésor de notre patrimoine » par le Cnpf-Idf en 296 pages.

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Maintenant nous allons reprendre le chemin pour filer à environ 6 km à vol d’oiseau et rejoindre la périphérie de Dachstein, un ancien village fortifié depuis le moyen-âge et sa place forte, le château de Turckheim.

De ce passé lointain, on peut encore aujourd’hui apprécier de belles architectures et notamment le domaine du château qui malheureusement est fermé au public.

Mais comme il se trouve en bordure d’une prairie et qu’une partie du parc y est visible je me suis permis d’en faire un portrait.

En empruntant un chemin menant à la ferme attenante au château, on bifurque par la pâture et là l’on peut admirer depuis l’autre rive des douves un parc planté dans la seconde moitié du 19e siècle avec en fond le bâtiment principal dont l’origine remonterait à 1214, je ne saurai dire ce qui est encore de cette époque actuellement car le site a maintes fois été réaménagé.

Depuis 2002 de nombreuses parties du domaine sont inscrites au classement des monuments historiques et c’est un très bon point pour la protection des arbres qui le composent dans les 2 Ha du parc.

Pour ce qui est des spécimens remarquables on peut en citer quatre arbres, visibles depuis l’autre rive, il s’agit d’un cyprès chauve, d’un ginkgo biloba, un tulipier de Virginie et un platane à feuilles d’érable (je n’ai pas de certitude) dont une partie du tronc est cachée derrière un mur.

La pièce maîtresse c’est bien le cyprès chauve qui borde le fossé, un arbre majestueux qui culmine à 36,6 m dont la circonférence tourne autour de 4,6 m. Le ginkgo quant à lui fait 23,2 m pour environ 4,6 m de périmètre, cela reste approximatif, car le tronc semble ovoïde , un bien bel individu qui sort de l’ordinaire. Le tulipier ne me permettait pas de mesure fiable, son tour avoisine les 3,15 m et il a dû perdre sa cime des années en arrière, probablement par accident.

Je n’ai malheureusement pas réussi à réunir plus d’informations sur le platane et les autres arbres formant l’ensemble, il est fort probable que d’autres exemplaires d’intérêts trônent ça et là.

On pourra donc dire que ce fut une tournée avec une visite et demie et qui n’a pas déjà connu ce sentiment mitigé de l’insatisfaction mêlé à la résignation. J’ai tout de même trouvé une vidéo qui dévoile cette partie sous un angle différent et pour cause, elle fut prise par un drone, je vous laisse visionner :

http://www.dronestagr.am/chateau-de-turckheim-dachstein/

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8 réflexions sur « Cormier de Traenheim et parc du château de Dachstein (Bas-rhin) »

  1. Je comprends votre « tendresse » pour cet arbre remarquable qu’est le cormier et je la partage. habitant l’Allier il y en avait de fort beaux. Et heureusement il y a quelques spécimens remarquables. Nous en avons planté un chez nous, il a une qualité essentielle par les temps qui courent, il ne craint pas la sécheresse. Le notre pourtant jeune a très bien supporté l’été.
    Je me permets de vous signaler  » Le traité du cormier, ARBRES REMARQUABLES, histoire, usages, répartition dans la Sarthe, alentours et plus loin encore » édité par la Société d’Études et de Protection de l’Environnement Nord et Est Sarthe.
    Bien le bonsoir
    G.R.

  2. Bonjour Régis,
    Très joli cormier en effet, très bien proportionné. C’est beau de voir qu’il existe encore de tels arbres dans les vergers anciens. Concernant son utilité au delà de l’ombre procurée, l’arbre avait peut-être aussi été planté pour ses fruits, les cormes, qui en les laissant reposer dans du blé, passeraient de fruit « âpre » à fruit « délicieux » ? Jamais essayé par contre.
    Quant au château de Turckheim, le cyprès chauve est splendide, notamment sa frondaison qui semble impressionnante.
    Merci pour cette découverte 😉

  3. Bonjour Sisley,

    c’est toujours un plaisir de lire une de tes nouvelles découvertes.

    Quelle concentration fabuleuse de ces vieux cormiers dans le Nord-Est, le Roi des feuillus précieux !
    Très belle silhouette qui lui donne tout son charme et quelle vigueur pour un fruitier plus que centenaire.
    En revanche, je trouve assez étrange cette idée de plantation pour faire de l’ombre à la vigne….
    Dans le sud est aussi on a souvent quelques fruitiers (amandiers, cerisiers, poiriers) plantés en extrémité des vignes mais je ne sais pas si ils ont un rôle spécifique pour la vigne ?

    Pour les arbres du chateau, le ginkgo est remarquable par ses dimensions !!! 4,60m de tour, c’est une estimation à distance ou une mesure que tu as faite ?

    • Bonjour à tous !

      Et oui, que ferai-je sans notre cher sorbier domestique qui au passage est depuis quelques temps en cours de changement dans la taxonomie tout comme d’autres du même genre.
      Pour la fonction dans la vigne, je n’ai pas de certitude, mais j’avais lu que tout comme dans l’agroforesterie des essences à feuillages fins étaient recherchées.

      Pour le ginkgo et les autres je n’ai pas de mesures fiables, c’était à l’oeil, mais je ne pense pas être très loin du compte.

  4. Bonjour à tous,

    Beau reportage en effet!
    Concernant l’utilisation du bois de cormier, puisque c’est un bois très dur, j’ai entendu qu’il était utilisé pour sculpter les vis de pressoirs (du temps où ceux-ci étaient en bois.), d’où sa plantation dans les vignobles..

    • En effet de par sa haute densité (entre 0,85 et 0,9) selon les conditions de croissance on utilisait son bois pour des pièces telles que des moyeux de charrettes, des engrenages dans les moulins. En gros dans des fonctions où l’on sollicitait de grande force et où l’usure était forte.

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