Le charme et le houx de Molphey, Côte-d’Or

Deux belles trouvailles de Sisley!

En revenant il y a deux ans de la Nièvre, je faisais la visite du colosse de la Mie-au-Roy et bien que n’étant pas situé dans le Morvan, je commençais à apercevoir les zones vallonnées du piémont au lointain. Comme je n’avais pas planifié de m’y aventurer, je rangeai cet objectif dans un tiroir et il y a quelques semaines je mis mon plan à exécution. Une excursion dans le Morvan dans les pas d’illustres chercheurs d’arbres, Alain Desbrosses et un dénommé Castor masqué !

 

Des endroits dont il sera question en plusieurs étapes, j’en ai retenu quatre dont celui qui va suivre.

Pour cela il faut se rendre dans le quart nord-est du Morvan dans la commune de Molphey et plus précisément aux abords du hameau de Cotâpre. Le Morvan est un ancien massif granitique qui s’étire environ sur 80 km de longueur pour 35 km de largeur. Au sud, les sommets ont des altitudes moyennes de 800 à 900 m avec le Haut-Folin pour point culminant à 901 m. Et plus on remonte vers le nord plus le relief diminue pour passer progressivement à 500 puis 400 m en formant des zones de collines parsemées de bocages. C’est dans ces lieux que se déroule notre visite, et dans ce cadre champêtre je fais la rencontre d’un habitant qui me voyant arriver dans cette impasse m’indique automatiquement le chemin à suivre pour rejoindre le légendaire charme, en m’indiquant qu’il y a deux ans un couple de Néerlandais étaient déjà venu sur le site.

Je progresse donc dans un pâturage ascendant (il y a deux possibilités, un chemin de lisière ou le pré en sachant que ça n’est pas le barbelé qui posent le plus de problème mais plutôt les épineux qui forment de vastes haies) et au bout de quelques centaines de mètres j’aperçois un arbre qui se détache dans le paysage, un spécimen hors du commun qui pourtant jadis avaient de nombreux autres cousins dans les bocages locaux. Un charme commun, anciennement conduit en trogne dont on peut aujourd’hui admirer l’ampleur du houppier et qui formait une délimitation de pâture. Des blocs de pierres assemblés indiquent la présence d’un ancien muret et un câble métallique démarrant du tronc creux à partir d’une boucle sert encore de support pour une clôture.

 

Une source ou une résurgence se tient au pied de l’arbre en contre-bas et en voyant l’environnement alentour on comprend que ce petit vallon humide convient bien à la végétation.

Moi qui pensais sortir un grand jeu, je dois bien admettre qu’avec notre reporter de l’Isère, la compétition s’intensifie et c’est donc après la découverte du gros charme de la forêt de Bonnevaux que je fais suivre cet article. Notre individu ne démérite pourtant pas, il s’agit d’un arbre à tronc creux légèrement morcelé qui possède une belle assise et les premières têtes à partir de 3 m. Ses dimensions sont les suivantes, la circonférence est de 4,24 m à 1,5 m du sol et sa hauteur fait 16,2 m. D’après les conditions de terrain, sa croissance n’a pas dû souvent connaître de ralentissement et comme c’est une trogne de longue date, il ne devrait pas être exagéré de lui attribuer un âge supérieur à 150 ans.

C’est bel et bien une essence que j’affectionne car elle ne fait pas la une des blogs et autres sites et possède une esthétique de fort niveau. De plus la qualité de son bois très dense pour le chauffage et sa plasticité pour créer la charmille le rendent très polyvalent dans les utilisations.

En gros comme c’est le cas pour beaucoup d’arbres remarquables, ce charme dénote largement avec ce que l’on peut trouver dans la région mais autrefois il n’était pas rare d’en trouver de beaux spécimens et notamment des trognes de bocages.

L’histoire aurait pu s’arrêter là si notre cher prospecteur n’avait pas en un jour des années 1990, participé à une étude du remembrement et mis au grand jour la suite de notre visite. Le premier spécimen fut également découvert ce jour, bien qu’il était connu dans le secteur.

Nous continuons donc à progresser vers le haut du pré pour atteindre une lisière bordée d’un chemin et bien observateur celui qui pourrait voir du premier coup un individu se dissocier du reste de la haie. Ayant pour ma part la localisation et des photos du site, je m’avance facilement vers le but et j’apprécie de loin les caractéristiques de cette chère essence sauvage qui est bien présente dans ce territoire.

Se dessine à quelques distances de là un imposant houx commun qui ne l’est pas vraiment pour le coup. Un tronc libre sur 3 m puis une vaste ramure, était-il lui aussi un ancien arbre d’émonde, possible. Donc pour obtenir une circonférence il m’aura fallu quelques démêlés avec des rejets et un lierre pour être le plus possible proche d’une valeur juste. Résultat : 2,41m à 1,3 m pour 17,2 m de hauteur. Pas banal ce ligneux et j’imagine que pour beaucoup de passants il n’est autre qu’un houx à l’orée du bois mais pour nous, il ne fait pas de doute qu’ici nous avons un champion. Certes il n’est pas facile de bien l’estimer car du chemin il n’y a pas beaucoup de recul et sa base est entouré de brins, un peu comme le font les tilleuls et châtaigniers.

Alors maintenant que la boucle est bouclée, je peux bel et bien affirmer que ce petit vallon humide est un endroit plein de potentiel et abrite à lui seul deux records de dimensions pour la région Bourgogne, le charme est second car un autre atteindrait 4,9 m de tour au château de Trucy-l’Orgueilleux et le houx en seconde place car il y aurait aussi un individu de 2,53 m de tour à Montsauche-les-Settons dans un domaine privé. Mais peut-être que ces chiffres augmentent pour la Bourgogne-Franche-Comté, je n’ai pas poussé les investigations dans la grande région.

Rappelons que les deux ouvrages publiés à ce jour sur les arbres remarquables de Bourgogne sont le travail passionné de Alain Desbrosses et de collaborateurs. Un naturaliste du pays qui a entamé le premier inventaire dans les années 1990 et finalisa la première phase avec le tome 1 en 2008 et la seconde avec le tome 2 en 2013. Une source colossale de données en 816 pages, nous est fournie dans ce travail rigoureux et bien illustré. Les commentaires critiques et humoristiques de l’auteur ajoutent une dimension aux ouvrages.

Localisation des deux arbres :

  • charme 47,337152° /4,215826°
  • houx 47,336127°/4,213219°
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3 réflexions sur « Le charme et le houx de Molphey, Côte-d’Or »

  1. Bonjour Sisley,

    Que ça fait du bien de te lire ! Ce charme est magnifique, tout comme ca cadre verdoyant. Le houx est moins « tape à l’œil » mais présente de belles dimensions malgré tout.
    Les deux-tomes de arbres remarquables de Bourgogne ont l’air impressionnants. 816 pages ! On doit se régaler.
    Merci pour cet article palpitant 🙂

  2. Salut à tous.

    Oui, verdoyant est le mot.
    Des zones rurales et patrimoniales bien conservées agrémentées de ligneux fabuleux. La période de végétation peut dans certains cas camoufler une bonne partie des arbres, comme c’est souvent le cas dans les zones de bocages et l’idéal reste à sens de prospecter de novembre à avril.
    A quiconque traverse ce territoire, je lui conseille vivement des arrêts à travers les quatre départements.

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