Saule de Dejointes, Nérondes, Cher

Bonjour, dans ces périodes de fêtes, je vous ouvre les portes de chez moi, ou plutôt de ma haie.
Au fond de mon jardin trône l’arbre remarquable du hameau. Un magnifique saule argenté têtard dont le feuillage est très fourni en été.

Saule Dejointes A
Je n’habite ici que depuis 2 ans, je ne connais donc pas son histoire. D’après mes voisins, il aurait été taillé la dernière fois il y a dix ou douze ans. Il a depuis totalement reconstitué son houppier et je le trouve très beau tel qu’il est. Malheureusement, cet arbre est totalement creux. Son tronc est un long tube jusqu’au sol et il me semble qu’il faudra à un moment donné le tailler pour éviter qu’il ne s’effondre sous le poids de ses branches. Comme je n’ai pas de compétences particulières en la matière, je vous propose de faire le tour de son fût avec moi afin que vous puissiez m’éclairer de vos conseils.

Saule Dejointes B
Ces mensurations tout d’abord. 5m07 de circonférence au plus étroit, c’est-à-dire à environ 1m20 du sol, ce qui le rend digne d’être cité ici. Sont fût fait à peu près 4 mètres de haut, soit à peu près autant que l’envergure de ses moignons de charpentières, juste avant la repousse des jeunes branches. Sa hauteur est d’une douzaine de mètres, son envergure totale d’une dizaine.

Saule Dejointes CSaule Dejointes DSaule Dejointes E
Son tronc est massif et impressionnant autant de jour par la profondeur des rides de son écorce que de nuit lorsque j’aperçois sa masse sombre à la lueur des lampadaires voisins. Sa dernière taille a été sévère car la section des branches coupées dépasse les 20-30cm. Il a cependant magnifiquement bien réagit si l’on en juge par la véritable forêt de rejets qui a jailli de l’arbre ainsi décapité. A son pied, côté jardin, on observe un butte de terre meuble que l’herbe ne colonise pas, signe quelle est bien entretenue par un animal. La bute m’évoque une grosse taupinière, et elles sont nombreuses les taupes dans mon jardin ! Cependant, dans l’environnement immédiat, elle est seule et semble émaner uniquement du pied de l’arbre et son volume est vraiment impressionnant avec plus d’un mètre de diamètre. Quel peut donc être l’hôte du pied de mon arbre ? Si j’ai de la chance, un jour je le saurai, en attendant, je n’ai nullement l’intention de le déranger.

Saule Dejointes FSaule Dejointes GSaule Dejointes H
C’est à l’extérieur du jardin que l’on remarque le seul défaut de ce vénérable. Une grosse branche est vraiment morte lors de la dernière coupe. De plus, j’ai remarqué que quelques rejets latéraux se sont ensuite desséchés. Le responsable en est sûrement le champignon qui a envahi cette section fragilisée. On voit trois coroles imposantes le long des canaux de sève bouchés par le mycélium. Chacune d’elle fait 2 fois ma main. Mis à part cela, l’arbre est dans une forme éblouissante sans doute due au petit fossé auprès duquel il a poussé et en amont duquel se trouve une source. D’ordinaire à sec, il se remplit sitôt qu’une pluie dure plus de deux jours. En hiver, le flux est permanent et en ce moment plutôt torrentiel. L’arbre pousse dans son environnement idéal.

Saule Dejointes ISaule Dejointes J
Difficile de donner un âge à ce vieillard, mais le centenaire me semble largement dépassé. Sur les détails que je vous ai mis, on se rend compte à quel point le bois mort de cette essence se dégrade vite car les cœurs des branches coupées précédemment sont tous pourrissants voire même déjà creux. La vie rejaillit tout de même des endroits les plus insolites ce qui confirme bien la vitalité des saules.

Saule Dejointes KSaule Dejointes L
Le cœur de l’arbre est un monceau d’humus propice au développement de nombreuses autres espèces tels des petits sureaux. En y regardant de plus près, on se rend compte que les sections de bois les plus épaisses ne doivent pas excéder 20 à 30cm. Alors, sachant que ce bois de saule qui se dégrade si vite n’a pas une grande résistance mécanique et que les branches de la couronne sont situées principalement en porte-à-faux par rapport au fût proprement dit, je m’interroge : pendant combien de temps puis-je le laisser croître sans risque de rupture ? Les branches ont en moyenne 8-10cm de diamètre à leur base. Peuvent-elles encore grandir sans risque ? Ne dit-on pas têtard d’un jour, têtard toujours ?

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Mise à jour du 06/08/2014 :

Voici les dernières nouvelles de ce saule.

Tout d’abord avec des photos de ce printemps sur lesquelles on peut s’apercevoir que l’hiver a comme souvent apporté son lot de tourments. Deux phénomènes se cumulent en effet :

 – Côté extérieur du terrain, le champignon qui a colonisé le saule continue lentement mais sûrement son travail en bouchant visiblement peu à peu les canaux de sève. J’ai donc procédé à un nettoyage des branches mortes. Le volume ainsi retiré représentait huit brouettes de petit bois plus une douzaine de grosses tiges mesurant de 3 à 6 mètres de long.

Saule nettoyé  3Saule nettoyé  2Saule nettoyé 1

 – Le bois de cette zone est donc pourrissant. Ajoutez à cela le vent de l’hiver et vous obtenez une vilaine cassure. Le jour du nettoyage, il y avait un léger vent suffisant cependant pour que je distingue à l’œil nu le déplacement d’une partie du tronc par rapport à l’autre.

Saule chainé 2Saule chainé 1

Cet été, j’ai donc chainé la partie haute du tronc afin d’éviter que l’arbre ne se fende en deux sous une bourrasque un peu trop forte. Sur la dernière photo on peut constater que la pourriture au niveau du moignon haut qui menace de tomber est bien avancée et que le trou a grandi rien qu’entre le printemps et l’été.

Saule chainé 3Saule chainé 4

L’étape suivante ce sera cet hiver avec un élagage du houppier. Comme on me l’a conseillé dans les commentaires, je compte procéder à un furetage en coupant les plus grosses branches. La question qui me reste est : quelle proportion enlever ? 50%, 70% des branches ?

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18 réflexions au sujet de « Saule de Dejointes, Nérondes, Cher »

  1. N’attend pas qu’il soit têtard, euh non, trop tard!
    Personnellement, je n’attendrais pas pour le retailler, car plus tu vas attendre, plus il faudra tailler gros, ce qui n’est pas bon pour l’arbre. Cela occasionne de grosses plaies (enfin il n’est plus à ça près!), et surtout une chute des réserves…
    Dans certains cas, notamment pour les très vieux arbres, il est conseiller de ne pas couper à ras du tronc mais à environ 1 m au-dessus, pour laisser du bois jeune ayant plus de facilité à rejeter.
    Autre intérêt, il reprend une forme arrondie plus rapidement. Bien sur c’est discutable!

    • Salut Yannick et tout d’abord merci d’avoir créé la rubrique « saules ».
      … C’est bien ce que je pensais. Ce saule va devoir passer chez le coiffeur. Argh le stress. J’ai pas envie de hâter son déclin.
      On sait que c’est nécessaire, mais ça fait toujours un pincement au coeur car là il est à l’apogée de sa magnificence.
      Bien sûr, dans 10 ans il sera peut-être à nouveau aussi beau, mais dans l’immédiat, c’est flippant quand même.
      Je savais qu’il fallait couper dans le bois « jeune », mais il faut quand même croiser les doigts à mon avis pour espérer qu’il redémarre.

  2. Salut à tous !

    Belle trogne.
    Je me disais que si l’ancienne taille n’a pas plus de 12 ans, je ne vois pas de problème quant à son avenir post-taille.
    Pour ce qui est de ne pas intervenir au ras du tronc, je pense plutôt qu’il serait nécessaire de tailler à peine au-dessus de la zone d’où sortent les rejets ?!..
    Dans les cas où il s’agit de réitérats de diamètres plus forts, on peut réhausser la coupe et alterner le cycle de taille, mais dans ce cas, l’arbre pourra certainement réagir avec vigueur au printemps.

    • Salut Sisley!
      Merci de laisser tes mots ici.
      Merci aussi de me rassurer sur ses capacités de reprise. Selon toi, on pourrais donc tailler un peu raz?
      De toute façon, si je l’ai présenté ici, c’est pour immortaliser l’aspect qu’il a actuellement et vous présenter les évolutions dans les années à venir.

  3. Belle bête !
    C’est un gros têtard assurément, quand il sera devenu grenouille il sera plus gros que le boeuf 😉
    Très belles photos sous un ciel bleu qui se fait rare dans la moitié Nord

  4. Un furetage sur ce Saule permettrait à la fois de prolonger sa durée de vie, tout en le préservant dans le paysage. En forêt cette technique est utilisé dans un but de production, dans du taillis. En paysage il peut aussi être appliqué sur une cépée pour l’entretenir sans la recépée complètement, ainsi le choque visuel est beaucoup moins important. Il me semble alors judicieux d’appliqué cette technique de taille à ce saule têtard, vu tes attentes.

  5. Je ne connaissais pas le terme, mais ça rejoint ce que je te proposais plus haut, c’est-à-dire supprimer les brins les plus gros. Tu conserveras ainsi son esthétique…

  6. Personnellement, c’est ce que je ferais, car il y a des zones très altérées au niveau des anciennes coupes qui auront peut-être du mal à rejeter (sans que celà mette en péril l’arbre dans son ensemble), le but ici n’étant pas la production de bois ou la rapidité d’exécution, mais le maintient de ton arbre dans le meilleur état possible…

  7. De rien, « Conseiller en Arboriculture » mon futur métier je l’espère, et pour ce, je fais un C.S. G.A.O. à Combourg. Au plaisir d’apporter d’autres conseils sur ce site mais effectivement j’ai juste mis un mot sur la technique décrite par Yannick.

    • Tu ne crois pas si bien dire ! Hier, gros orage avec de très fortes rafales alors que l’arbre n’est équipé que depuis 2 semaines ! … Il était grand temps pfiou !

  8. Cet article est devenu le journal du Saule Enchaîné!

    Quelle chance que tu te sois occupé de lui avant ce gros orage…
    Il est effectivement temps de lui faire une taille, toutefois si tu procèdes à une sélection des rejets, n’en enlèves pas trop de façon à conserver une cohérence au houppier, et ne pas rendre trop sensibles au vent ceux que tu conserveras, même s’ils sont appelés à être supprimer à la prochaine taille…
    Il te faudra trouver un équilibre pour qu’il y ai toutefois assez de lumière pour que de nouveaux rejets se développent à la base.
    Pour la première taille fit toi à ton instinct, et observe l’évolution puis adaptes la prochaine.
    Il n’y a pas forcément de règle strictes dans ce genre de cas particuliers…

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