Les vieux oliviers de la chapelle Ste Eulalie à Hyères dans le Var

Débutons la nouvelle année avec un arbre hautement symbolique : l’olivier !
Il est symbole de paix, de force, de longévité, de victoire… Il réunit à lui seul, ce que l’on peut souhaiter de meilleur pour 2018 🙂
Alors pour les fidèles lecteurs du blog, je vous offre de l’olivier d’exception.
Je ne vous propose pas un produit « au rabais » arraché à sa terre natale pour servir de carrefour giratoire dans une zone commerciale de banlieue, mais un pur joyau de la terre varoise à découvrir.

 

Sur la rive gauche du Gapeau (petit fleuve côtier du Massif des Maures) s’étend une vaste propriété de 350 hectares appartenant à la famille David-Beauregard. Il s’agit d’une zone côtière irriguée par plusieurs canaux et ponctuée de nombreux moulins qui ont permis de développer l’agriculture depuis le Moyen-Age.
Les témoins du passé sont encore bien présents avec notamment la discrète petite chapelle Sainte Eulalie entourée de vénérables cyprès (âge estimé 100 – 150 ans). Elle a été construite en 1600 sur l’emplacement d’une ancienne voie romaine menant aux salins.

Bien plus anciens que la chapelle, quatre oliviers sont eux aussi les témoins de la vocation agricole de cette plaine.
Leur disposition au carré est intrigante et a fait l’objet de plusieurs hypothèses.
Le carré n’est pas parfait, les côtés varient entre 13,5m et 16m, mais correspond en moyenne à 14,5m soit 32 coudées selon l’unité de mesure de l’époque; des dimensions similaires à la partie centrale du Temple de Jérusalem… Plus étonnant encore, l’orientation de l’un des côtés est de 110°, soit le même azimut que l’alignement avec Jérusalem… tout comme l’orientation de la chapelle Ste Eulalie en direction du levant (azimut 105°).
Plus d’infos sur ce site consacré aux moulins à eau de la vallée du Gapeau : ici.

Au delà de ce passé mystérieux, les dimensions sont exceptionnelles pour le département du Var.
Les circonférences prises à 1,3m du sol en janvier 2017 sont les suivantes : 9,48m – 7,79m – 5,22m et 5,07m.
De tels écarts de mesure laissent supposer que ces oliviers ne sont pas tous du même âge. Il est probable qu’ils aient été plantés au moins à deux périodes différentes.
Une datation au carbone 14 a été réalisée sur l’olivier le plus imposant et annonce un âge probable entre 1350 et 1500 ans. Cette méthode de datation est rarement utilisée pour connaitre l’âge de vieux arbres encore vivants, elle s’applique plutôt lors des découvertes d’arbres fossiles : plus d’infos ici.

Ces vieux oliviers fructifient encore abondamment et sont associés à la variété « Brun ».

Les quatre oliviers de Ste Eulalie, bien que sur une propriété privée, sont protégés au titre du patrimoine de la ville de Hyères (Association Rameau d’Argent et de l’école d’agriculture).
Espérons que cette protection soit suffisante face à la pression des projets d’aménagement du territoire et au projet de création d’un golf sur cette rive du Gapeau…
Sur cette même propriété, on peut également mentionner la présence de trois pins parasols (ou pin pignon) spectaculaires disposés le long d’un chemin carrossable.
Les circonférences relevées à 1,3m du sol en janvier 2017 sont : 4,00m – 4,45m et 5,03m (pin fourchu à 3,5m de hauteur). Les hauteurs totales mesurées au dendromètre électronique sont respectivement de 24 – 27 et 30m pour le pin fourchu.

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14 réflexions au sujet de « Les vieux oliviers de la chapelle Ste Eulalie à Hyères dans le Var »

  1. Ouah ça c’est de l’olivier !
    Réchappés du gel de 1956, il me semble que tu y avais déjà fait référence.
    Si le projet de golf ne leur fiche pas la Paix 😉 ils finiront peut-être sur un rond-point Gardois…. où alors on renverra les Espagnols du Pont du Gard chez eux (n’importe quoi !)
    Quand même… 1500 ans et près de 10 m de circonférence… ça laisse rêveur.

    • Ah bon ? Il reste des ronds-points dans le Gard sans olivier espagnol ?
      😉
      Pour les deux oliviers du Pont du Gard, l’illusion est presque parfaite, on pourrait vraiment croire que ce sont des rescapés du gel de 56, j’ai moi-même longtemps cru que c’était des purs produits gardois…
      Petits ajouts à l’article :
      – une photo aérienne venant de Google earth
      – un lien intéressant sur la datation au carbone 14 et la dendrochronologie

      • merci pour la photo aérienne !
        t’as vu on dirait un croissant de lune devant les oliviers… 😉
        plus prosaïquement on ne pourrait pas supposer que ces quatre spécimens sont les derniers vestiges d’un verger plus conséquent ? ce qui expliquerait leur plantation presque rectiligne ?

        • Oui tu as tout à fait raison, l’hypothèse que ces 4 oliviers soient issus d’une très ancienne oliveraie plus vaste est fort probable… mais on perd le charme d’une histoire plus mystérieuse, celle de la légende des oliviers de Ste Eulalie.
          Je n’avais pas fait attention à cet étrange croissant de lune dessiné au sol entre la chapelle et les oliviers. Tu vois que l’on finit par perdre son esprit cartésien sur ce site mystérieux, on y découvre plein de choses bizarres 😉

  2. Superbes ces survivant du 2 février 56 :

    « Après le rude hiver de 1956, on vit apparaître le squelette des oliviers. Jusque-là, ils avaient été grecs de la belle époque; brusquement, ils s’étaient dépaysés, ils avaient voyagé dans le temps et dans l’espace jusqu’à la brutalité et la sauvagerie des totems, ils couvraient désormais les collines de diagrammes rituels. Ce que les poètes avaient fait du chevalier, de la dame, du moine, du roi, du pape, de l’empereur du Moyen Age dans les danses macabres, le gel l’avait fait avec les arbres, et surtout avec les arbres éternels. »
    Jean Gionno

    Bonne et heureuse année à tous.

  3. Impressionnant !
    Sur la vue aérienne de 1950, il y a comme des limites de parcelles, semblant avoir la même orientation que le carré d’oliviers. Par contre, il n’y a pas de trace d’autres arbres.

  4. L’environnement des oliviers a bien changé…
    On s’aperçoit que la vigne était très présente dans cette plaine du Gapeau dans la 1ère moitié du XXème siècle. La grande zone agricole est aujourd’hui bien délaissée, les accrus ont regagné un peu de territoire… on comprend mieux pourquoi cette zone peut intéresser divers projets d’aménagements (golf…).

    On devine aussi un gigantesque houppier de pin parasol près de la magnanerie… il faudra aller prospecter par ici, avec l’autorisation du gardien bien-sûr.

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