La drôle d’histoire du séquoia de Banassac (Lozère)

Dans son ouvrage sur les Arbres remarquables de Lozère, Jean-Pierre Lafont nous raconte l’histoire étonnante de ce séquoia oublié sur un quai de gare et devenu 100 ans plus tard, un Géant parmi les géants. Quelle magnifique revanche sur la vie !

Son aventure lozérienne a débuté en 1908, lorsqu’il fut débarqué en compagnie de ses deux frères en gare de Banassac.
Une commande spéciale de M. De Nogaret qui souhaitait agrémenter le parc de son Château à St Laurent. Il était en effet de coutume d’installer dans les grands parc privés, des arbres de prestige  rapportés des contrées lointaines. A cette époque, le cèdre était déjà passé de mode et les riches propriétaires ne juraient que par ces fameux arbres géants de la côte Pacifique comme nouveau « marqueur de statut social ».
Devenir une attraction exotique, voilà le destin que réservait  M. De Nogaret à ces trois petits californiens. Un avenir finalement plutôt prestigieux et dont Papa et Maman, depuis leur forêt primitive, pourraient être fiers !
Mais la belle aventure des Américains en Lozère pris un tout autre chemin… Le châtelain oublia sa commande sur le quai de la Gare ! Quel malheur !
Un mauvais coup du sort, après un si long voyage les trois frères se retrouvaient abandonnés sur un quai de gare venteux de Margeride; cette fois leur avenir semblait bien sombre… Mais la vie est faite parfois de belles rencontres et c’est le Chef de Gare qui remarqua un curieux petit paquet soigneusement emballé. Intrigué par ces étranges « sapins exotiques », le brave homme eu pitié de ces pauvres naufragés. Il fallait leur trouver une nouvelle famille d’accueil. Il pensa immédiatement à Mme Gavène, dont le magnifique jardin de l’autre côté de la rue faisait l’admiration du village (et quelques jaloux…). Mme Gavène avait la main verte, tout le monde le savait, elle seule saurait prendre soin de ces petits réfugiés.
Elle les choya comme ses propres enfants, mais malgré tous ses efforts, seul le plus vaillant survécu  – L’histoire reste vague sur les liens qui existaient entre le Chef de Gare et Mme Gavène et si finalement ces 3 petits plants offerts en cadeau n’étaient qu’un prétexte pour rendre visite régulièrement à la charmante voisine…
Quelques années plus tard, en 1914, un hôtel fut construit à l’emplacement même de la maison. Le jeune séquoia (dont tout le monde ignorait le nom), haut de ses 6 ans, fut épargné de justesse… Puis les années ont passé et le jeune arbre est devenu fort comme un chêne et aussi haut que les grands sapins de l’Aigoual. A l’étroit dans son minuscule jardin, il est devenu la fierté de la petite gare lozérienne. L’hôtel fut même rebaptisé du nom de son plus vieux pensionnaire : le Séquoia. Un pensionnaire majestueux, mais quelque peu envahissant et oppressant, il faut le reconnaitre, qui continue à grossir et à se rapprocher des murs inéluctablement…
Aujourd’hui, du haut de ses 110 ans (l’âge d’un gamin dans la famille des Séquoias 😉 ) on peut dire qu’il revient de loin ce petit immigré américain ! Il a su s’acclimater à merveille aux rudes hivers lozériens et affiche des dimensions exceptionnelles pour son jeune âge :
Un tour de taille de 9,64m à 1,30m du sol et 9,05m pris à la hauteur officielle d’1,50m.
Une croissance ultra rapide, puisque lors du relevé de l’inventaire en 2002, il ne mesurait que 8,32m de circonférence, soit un accroissement record de presque 8cm / an sur la circonférence. De toute évidence, la terre du jardin de Mme Gavène devait produire des légumes géants !
En revanche côté hauteur, le Colosse semble plafonner à 36m, la même hauteur relevée en 2002.

Le destin du Géant de Banassac est intimement lié au développement ferroviaire de la région. Une histoire qui n’est pas sans rappeler celle des séquoias plantés dans chacune des gares des Alpes du sud à la construction de la ligne Digne-les-Bains – Nice. Dans les années 1890, il était de tradition de planter un séquoia dans les gares du célèbre Train des Pignes avec comme double fonction : fournir un bel ombrage sur le quai en attendant l’arrivée du train (comment ça, les trains avaient déjà du retard à l’époque ? 😉 ) et avertir les voyageurs de l’arrivée prochaine en gare grâce à ce magnifique marqueur de paysage.


Petit tour d’horizon des Séquoias géants remarquables en Languedoc-Roussillon.
Un tour d’horizon plutôt réduit… Le séquoia géant est un montagnard d’origine et non pas un méditerranéen, il ne supporte pas les longues périodes de sécheresse estivale et les atmosphères à faible taux d’humidité. Par conséquent, dans l’ancienne région Languedoc-Roussillon, seul le département de la Lozère est capable d’offrir de bonnes conditions de croissance au séquoia géant. Si l’espèce est présente exceptionnellement dans les autres départements, elle n’atteint jamais des dimensions « remarquables », à l’exception de quelques cas particuliers dans le piémont des Pyrénées-Orientales.
Son cousin, le sempervirens, est en revanche mieux adapté au climat méditerranéen.
Le Séquoia de Banassac est donc à ce jour, le plus gros séquoia recensé en Languedoc-Roussillon… mais il reste encore un peu maigre en comparaison au champion occitan dont il partage désormais la nouvelle région 🙂

Source des mesures : Le Castor masqué.
Plus d’infos sur le site d’inventaire sequoia.eu

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14 réflexions au sujet de « La drôle d’histoire du séquoia de Banassac (Lozère) »

  1. Salut Castor masqué,
    Une histoire géniale ???? C’est si rare de connaître l’origine d’un séquoia. Si seulement ils pouvaient parler…
    Du coup, il entre dans la ligue 2 des plus gros séquoias géants de France !
    Merci pour cette découverte.

    • Il lui faudra attendre encore quelques années pour intégrer la Ligue 1 (les 10m de Tour). 🙂
      Il est encore très jeune (110 ans) comparé aux autres joueurs de la Ligue 1, qui pour la plupart font parti de nos plus vieux séquoias français plantés entre 1860 et 1880 (environ 150 ans).
      Allez, à son rythme de croissance actuelle, je ne lui donne pas plus de 15 ans pour rejoindre la Ligue 1 ! C’est de la bombe ce jeune séquoia, il va battre des records de précocité, le nouveau petit prodige, c’est le Mbappé des Séquoias (sauf qu’il n’y aura pas de transferts pour lui, il jouera toujours dans le même club à Banassac) 😉
      D’ailleurs, j’ai l’impression que les candidats sont de plus en plus nombreux dans la Ligue 1, il va falloir penser à créer une nouvelle catégorie de séquoias d’élite, une « Champions league » réservée aux séquoias de plus de 12m de circonférence… à réfléchir 🙂

        • Oui Pat’, c’est évident, la situation devient embarrassante et ne va pas aller en s’arrangeant… Il y a un moment où il faudra choisir entre l’hôtel et le séquoia 🙁 Mais que serait l’hôtel sans son séquoia et inversement ?
          Ce qui est rigolo, c’est que j’ai présenté la situation à mes deux petits castors (à peine 10 ans) et ils ont immédiatement trouvé une solution. L’un m’a dit : « c’est facile, il suffit de casser le mur de l’hotel et de le reconstruire autour du séquoia, comme ça l’arbre sera dans l’hotel ! ». Et le second a ajouté « et en plus on pourra installer des tables pour manger tout autour du séquoia ».
          Aaaah c’est sûr qu’avec notre esprit cartésien d’adulte, on manque cruellement d’imagination 😉

      • Oh oui les 10 mètres de circonférence vont vite arriver avec ce rythme de croissance !
        Dans la Vienne, on a le même genre avec le sequoia d’Antoigné qui n’aurait que 120 ans (planté pour célébrer l’entrée dans le XIXème siècle). Il mesure déjà 9m30 de circ et a pris plus d’un mètre de tour en …20 ans seulement !
        Du coup oui, la création d’une ligue ultime ou la reconsidération des critères d’admission vont devoir être envisagés à un moment donné ! Cette année 2018, sauf erreur de ma part, 3 séquoias de plus de 9 mètres de tour ont été découverts !

  2. Merci Castor Masqué pour cette belle histoire qui donne aussi à réfléchir sur un paradoxe qu’un acte un peu futile de vouloir donner du prestige à son parc, son jardin s’avère finalement presque d’un sauvetage de l’espèce. Dans le bel album « Légendes d’Arbres », Noel Kingsbury nous parle de cette mode dans l’Angleterre victorienne, de planter par milliers les Séquoias géants dès 1853. L’ironie historique et botanique, il est moins fréquent, comme il écrit, de rencontrer cet arbre dans sa Californie natale que dans l’Europe du nord-ouest. Eva E.

    • Bonsoir Eva,

      C’est un bel axe de réflexion.
      Maintenant, attendons de voir si cette essence s’adapte bien si loin de sa terre natale. Comme l’a souligné le Castor, même âgé de 120 ans, les séquoias en France ne sont que des enfants.
      Effectuant un resencement dans le département de la Vienne, je me rends compte que de nombreux sujets présentent déjà un état de santé inquiétant. Ceux qui semblent se porter le mieux se situent en fond de vallée, à proximité d’un point d’eau et à l’abri du vent.

      Autre ironie du sort, après l’ère glaciaire qui aurait causé la disparition des séquoias spontanés en Europe, c’est le réchaffement climatique qui semble menacer aujourd’hui nos séquoias immigrés ! Dur !!

  3. Salut Castor,
    J’aime bien l’idée des petits castors juniors…
    Avec ta permission je te pique deux ou trois photos pour agrémenter la page déjà existante sur notre site.
    Encore merci pour tes belles histoires d’arbres.
    Eric.

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