Le phare de Lizant, Vienne

Mais où diable vais-je orienter vos pas aujourd’hui ? A Lizant bien sûr ! Un charmant village de 412 habitants, au sud du département de la Vienne, à la frontière de celui de la Charente pour être précis. Un petit bourg discret qui peut s’enorgueillir de posséder sur son sol le plus haut arbre du département : un remarquable séquoia.

Présentation des lieux

La commune de Lizant, nichée dans une vallée, bordée par le fleuve Charente, s’est développée à la confluence de quatre petites rivières qui forment la Sonnette et compte pas moins de 15 sources. Elle abrite une jolie petite église aux côtés de laquelle avait été planté un tilleul dit « de Sully » classé site naturel en 1935.

Si cet arbre remarquable a, hélas, disparu depuis longtemps, on peut voir sur cette carte postale qu’il a été, de par sa taille imposante, le témoin de la vie rurale de moult générations. Sa disparition est mystérieuse et surtout regrettable. Toutefois, pourquoi ne pas imaginer, comme dans un livre de contes, que ce tilleul a souhaité transmettre ce flambeau de longévité au séquoia, bien plus jeune mais AUTREMENT plus grand ?

Une relève discrète…mais de taille !

C’est dans un parc privé, tout proche de l’église, que trône ce magnifique héritier, aux côtés de quelques essences variées. Une quinzaine d’ifs plantés sur le pourtour de la propriété attire l’attention. C’est dans ce groupe qu’est né l’arbre qui nous intéresse…même si, au premier abord, cela ne saute pas forcément aux yeux. C’est un grand sapin, au port « en fuseau inversé » au feuillage assez dense similaire à celui de ses voisins, qui s’élargit en direction du ciel . A-t-on affaire à un if aux dimensions hors-normes ? L’arbre a bien les feuilles d’un if, mais il s’agit d’un séquoia sempervirens d’une taille plus impressionnante qu’il n’y paraît.

En y regardant de plus près, on constate une anomalie dans la rectitude du tronc présumé faire toute la hauteur de l’arbre.En effet, le fût se divise à environ 18 mètres de haut en trois grosses charpentières qui partent à la verticale, ce qui pourrait faire penser à un trident. Un coup de foudre est probablement à l’origine de ce port atypique.

Maintenant, rapprochons-nous du pied de ce prince car, on le sait, ce qui impressionne chez un séquoia outre son allure générale, c’est la taille du tronc .Pour le découvrir, il faut contourner un rideau végétal formé par les branches basses. Une fois derrière, un véritable pilier apparaît au centre d’un épais substrat composé de feuilles mortes. En approchant, la sensation de mes pas qui s’enfoncent dans ce lit moelleux aux couleurs d’automne est surréaliste, puis, en levant la tête, j’ai l’impression que le tronc garni de fines charpentières ne rétrécit presque pas.

L’écorce est douce, légèrement molle et assez tortueuse par endroits. Sans plus tarder, je déroule le mètre ruban autour du tronc et je relève un impressionnant 7m59 de circonférence à 1m50 du sol.

Ça y est, nous tenons le plus gros sujet du département. Et la hauteur alors ? Le plus haut séquoia à feuilles d’if du département culminant à 43 mètres, je fais décoller le drone et je confie au propriétaire que je doute fort que cet arbre atteigne les 40 mètres…

Verdict : 45 m !

Quelle surprise, ce séquoia en trompe-l’œil avec son houppier anticonformiste devient ni plus ni moins que le plus haut arbre du département mesuré à ce jour. En arrivant à Lizant, il s’impose immédiatement dans le paysage. A ce stade, on ne s’étonne même plus de constater une envergure de 27 mètres au plus large.

Bref, en résumé, c’est le plus gros, le plus haut, le plus étendu en matière de ramure de tous les séquoias sempervirens du département, rien que ça ! Mais comment expliquer de telles dimensions ?

Des facteurs de croissance très favorables

De manière générale, il faut savoir que le département de la Vienne n’offre pas des conditions climatiques idéales pour le séquoia sempervirens. Il y fait chaud et sec l’été avec une pluviométrie globalement moyenne. Néanmoins, on peut compter plus de 240 séquoias sempervirens dans le département (cf : recensement séquoias Vienne-Poitou-Charente) et s’ils semblent globalement tenir le coup, leur taille moyenne n’est pas extraordinaire. En moyenne, un sujet centenaire mesure 30 mètres de haut pour 4m50 de circonférence.

Alors comment se fait-il que notre phare végétal s’écarte autant des standards ?

Le premier indice se trouve sous terre. Comme on l’a vu plus haut, Lizant présente une hydrographie particulièrement riche avec ses cours d’eau et sources. Au moins l’une d’entre elle doit être captée par l’arbre planté en bas d’un talus, permettant à ses racines non seulement de puiser dans les alluvions les nutriments nécessaires à une belle croissance mais aussi de rester bien protégées par un épais matelas de feuilles mortes. De plus, les branches basses presque tout autour du tronc, garantissent une fraîcheur à son pied en toute saison !

Second indice : la Vienne est un département globalement plat situé dans un couloir venteux qui «naturellement, dissuaderait » les arbres de grandir démesurément à cause des fortes rafales risquant de les décapiter. Heureusement, Lizant est dans une cuvette bien isolée qui protège notre séquoia des courants d’air.

Troisième indice : l’âge est peut-être un paramètre à prendre en compte, dans le sens où il pourrait faire partie des premiers exemplaires importés en France.

Malheureusement, ni ses propriétaires , ni moi, n’avons la réponse à cette question. De surcroît, les critères de distinction entre les deux essences étant ténus, pourquoi ne pas penser que, lors de la plantation, un séquoia ait été confondu avec un if ? Quoi qu’il en soit, cela reste une belle histoire.

Peu importe son âge, son origine, il est là, présent et en excellente santé. Mieux encore, c’est un arbre qui va grossir, prendre le l’ampleur et peut-être même grandir encore un peu plus ! Voilà un roi qui ne devrait pas céder son trône de sitôt, pour le plus grand plaisir de ses propriétaires, très attachés à leur arbre, que je tiens à remercier pour leur accueil chaleureux.

Et si cet arbre majestueux accédait un jour à la même reconnaissance environnementale que le Tilleul de Lizant, dit « de Sully » ?

Merci à Martine Rouquat pour la mise en forme de l’écriture.

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11 réflexions sur « Le phare de Lizant, Vienne »

  1. Super Article et j’adore ce surnom de « Phare de Lizant » qui lui correspond vraiment bien. La dernière photo l’illustre très bien !
    Je suis moins impressionné par la hauteur (45m pour un sempervirens) que par son tour de taille. Avec 7,60m il doit rejoindre le Top 10 des plus gros séquoias toujours verts. Les vieux séquoias sempervirens sont souvent en double ou triple pied ce qui fausse énormément leur tour de taille. Celui de Lizant ne présente pas cette singularité, ce qui rend ses dimensions d’autant plus exceptionnelles.
    On voit qu’il a eu un accident de croissance vers 15-20m qui l’a fait partir en fourche. La foudre ? Le gel ?…
    Les 5 derniers mètres de la cime semblent différents, il serait intéressant d’avoir avec ton drone une photo de profil sur ces derniers mètres pour observer s’il n’a pas eu un autre accident de croissance. Dans ces conditions, il est difficile de prévoir s’il va continuer à grandir encore de façon vertigineuse.
    Atteindra-t-il la barre symbolique des 50m dans une dizaine d’années ???
    Je suis sûr que d’ici là tu auras déniché un nouveau champion dans le département 🙂 🙂 🙂

  2. Merci à tous pour vos commentaires 🙂

    @Castor Masqué : c’est vrai que les 45 mètres de hauteur peuvent paraître modestes mais pour le departement, avec les conditions environnementales, c’est énorme !
    Malgré l’usage intensif du drone ces derniers temps, pas de records pour le moment dans la Vienne mais on ne sait jamais 😉
    Comme tu dis, c’est surtout la circonférence du tronc qui est remarquable, malgré qu’il ait un fossé entre ce phare Lizantais et l’Hyperion ardéchois qui dépasse les 9m de circonférence !
    Au niveau de la fourche, difficile de dire ce qu’il lui est arrivé mais on serait tenté de croire que ces 3 cimes se font « auto-concurrence » à la recherche de lumière. C’est aussi le cas sur son dauphin, un autre sempervirens à la Roche-Posay (43m de haut) qui présente 4 cimes…mais ce n’est qu’une supposition.
    A priori, pas d’autre accident de croissance observé plus haut. La cime semble aplatie parce qu’il y en a 3 collées-serrées.
    Enfin, difficile de répondre à ta question sur sa croissance tant son port est singulier. D’un côté, vu sa taille par rapport au reste, il dispose de toute la lumière dont il a besoin. Il serait gourmand d’en réclamer davantage !

    @Eric : Tu m’a devancé sur la modif de hauteur que je comptais te demander d’effectuer. Effectivement, j’avais trouvé 46m tout pile il y a un an puis dernièrement, en le remesurant plusieurs fois, l’altimètre a oscillé entre 45-46m. Selon moi, avec la marge d’erreur, il doit frôler les 46m mais par prudence, je préfère arrondir à 45m. Et puis comme ça, ça lui donnera une plus grande marge de croissance en hauteur 😉

    • J’ai un peu farfouillé dans mes relevés sur le Sequoia sempervirens. Si on écarte Hypérion ardéchois et ses plus de 9m de tour ce qui en fait un extraterrestre dans la famille, j’ai relevé 3-4 séquoia sempevirens dont la circonférence est comprise entre 7 et 8m. MAIS ce sont tous des doubles ou des triples pieds, dont non comparables avec le Phare de Lizant ! Le plus gros pied unique que j’ai relevé dépasse à peine les 6m de tour et se trouve dans l’Arboretum des Barres (Loiret). Drôle de coïncidence, ce sujet des Barres, avec ses 44m de hauteur, est réputé pour être le plus grand arbre du département du Loiret 🙂

      Le Phare de Lizant présente une circonférence vraiment exceptionnelle, il est fort possible qu’il soit parmi les plus gros de France.

      • Ce que tu dis par rapport à sa circonférence, je m’en doutais mais je n’avais pas assez de références pour l’affirmer. Je ne connaissais même pas le sujet des barres !

        Visiblement, le Phare de Lizant comme l’Hypérion ardéchois, se nourrissent d’une source prodigieuse, tout comme un autre sujet dans la Vienne à Chéneché, planté à quelques mètres d’une source vigoureuse. Il est beaucoup moins haut (38m), peut-être parce qu’il est plus jeune, mais il présente un fût classique de plus de 6 mètres de circonférence.
        Grâce à ta remarque, c’est un arbre que je vais devoir mieux considérer dans ma base de données 🙂

  3. Balaise ton sempervirens ! La hauteur n’est effectivement pas le plus impressionnant, lacirconférence du tronc l’est bien plus ainsi que son envergure importante, qui n’est de prime abord pas flagrante.
    En Bretagne le vent est aussi un facteur limitant la hauteur, et c’est dans ce genre de configuration, pieds dans l’eau et protection par une colline que l’on obtient de belles hauteurs.
    La dernière photo claque particulièrement !

    • Merci Yannick pour ton commentaire.
      Je te rejoins par rapport à l’envergure n’est pas flagrante et pourtant, je l’ai mesuré avec mon double décamètre au sol…qui du coup n’a pas suffit en une seule fois !

      En Bretagne il me semble qu’on y trouve des sempervirens qui dépassent les 50 mètres de haut. Le vent, d’accord, mais tant qu’il y a beaucoup d’eau… oups ! ^^

  4. Information sans rapport avec l’article :
    L’Agence MUSEO est solidaire, pour fêter le printemps et adoucir le
    confinement elle vous propose un accès gratuit au film « Les Arbres
    Remarquables » toute la journée du samedi 21 mars. Nous pensons également
    à toutes les personnes mobilisées durant cette épidémie. C’est pourquoi
    après la crise nous reproposeront un accès gratuit ????
    RDV samedi ????

  5. Bravo !

    Les records pleuvent et ce séquoia impressionne par sa situation.
    De temps à autre, on trouve ce genre de niche qui réunit plusieurs paramètres pour une croissance optimale.

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