A la rencontre des Belombras Corses

C’est uniquement dans les zones les plus privilégiées de notre littoral méditerranéen que l’on peut croiser le fameux Belombra. Une espèce exotique fascinante, originaire d’Amérique du Sud, surnommé l’Arbre du trottoir à cause de sa particularité à s’étaler négligemment sur le bitume. Mais cette étrange façon de ramper en milieu urbain ne s’observe que sur les très vieux sujets, comme c’est le cas dans certaines villes du Portugal (cf. article de Y@nick). En France, le sujet le plus spectaculaire est probablement celui du Jardin Alexandre Ier à Toulon (article).
Le littoral corse offre aussi d’excellentes conditions de croissance pour le Phytolacca dioica. Voici un petit tour d’horizon de quelques beaux spécimens de l’Arbre du trottoir, dans des dimensions assez modestes mais donnant déjà un très bon aperçu du fabuleux potentiel de cette espèce au sang chaud.
Cet article n’est pas un inventaire exhaustif de l’espèce en Corse.

Belombra près du Golfe de Sagone

La ville de Bastia concentre le plus grand nombre de Belombras présents sur l’île.
Les plus connus sont ceux du Jardin de l’Annonciade, cette coulée verte descendant vers le port.
Ici, deux bouquets de 5 Belombras forment un ensemble peu habituel. Il est rare en effet de trouver cette espèce dans cette configuration, elle est le plus souvent solitaire et placée dans des situations très urbaines.
Ces Belombras sont relativement jeunes (une cinquantaine d’années ?) et ont été plantés à bonne distance en prévision de leur étalement légendaire.
Leur état sanitaire parait excellent même si on remarque de très nombreux bris de cimes dus à un fort coup de vent en décembre dernier.
Ils se sont tellement bien acclimatés qu’ils ont la réputation de se régénérer naturellement dans ce parc.
Mais le Belombra est un frileux, il a besoin d’hiver très doux et malgré la douceur du littoral corse, il perd tout de même ses feuilles en hiver.
Leurs troncs commencent à prendre les formes caractéristiques, éléphantesques, qui ont fait la réputation de l’espèce. Dans ces conditions il est difficile de mesurer son tour de taille, tant les écarts sont importants sur son tronc trapu. A 1,30m du sol, la circonférence varie de 2 à 3m, tandis que la hauteur totale reste assez homogène (10 à 12m).

A proximité du Jardin de l’Annonciade, juste derrière le Centre des Impôts, une petite parcelle non viabilisée abrite deux belombras assez spectaculaires. Ils squattent ce lieu urbain en toute liberté dans un esprit de retour à l’état sauvage. Une multitude de tiges sont reparties de la base ce qui accentue l’effet de gigantisme. La parcelle est fermée au public mais les deux belombras sauvages se laissent librement observer depuis la rue par dessus le muret. La base du tronc du plus gros est aussi large que celle d’un vieux séquoia. Elle doit avoisiner les 15m de circonférence.
Leur présence est forcément en lien avec ceux du Jardin de l’Annonciade. Existe-t-il un lien de parenté entre eux ?

Tous les passionnés de beaux arbres feront forcément une halte dans le Jardin Romieu. Un petit parc créé vers 1875 dans la plus pure tradition de l’époque, sur un terrain fortement pentu et pierreux en contre-bas de la Citadelle. On y trouve une grande variété d’essences méditerranéennes avec un bel effort d’étiquetage bilingue (corse/français… c’est l’occasion d’apprendre le nom des arbres en corse 🙂 ).
L’arbre le plus spectaculaire est sans conteste ce vénérable Belombra, probablement contemporain de la création du parc, accroché dans une pente vertigineuse. On se demande comment il tient en équilibre dans cet éboulis et on comprend tout son rôle pour maintenir ce sol instable. Son tour de taille est d’environ 7m, c’est le plus gros Belombra que je connaisse en Corse.

Changement radical de décor, basculons à présent sur la côte occidentale à la rencontre du Belombra le plus chouchouté de Corse. Et pour cause, il est la pièce maîtresse et centrale de la minuscule terrasse du Bar le Phocea à Piana.
Il fait l’objet de tous les soins, avec une pancarte de présentation annonçant une date probable de plantation au début 1900. Son tour de taille est d’environ 4,50m à hauteur d’homme et presque 8m à la base. Une récente taille permet de contenir son étalement un peu trop envahissant.
On peut lui attribuer naturellement le surnom de « Colomba » à cause de sa jolie cocarde sur son tronc mentionnant le nom de la célèbre bière blanche corse aromatisée aux herbes du maquis 🙂

Le face à face des deux églises de Cargèse fait tout le charme de ce village corse. Mais dans cette rivalité spirituelle, l’église latine présente un petit plus arboricole avec la présence d’un beau Belombra sur sa terrasse panoramique face à la mer. Un exemplaire certainement pas si vieux et qui n’a pas encore exprimé toute sa spécificité intrinsèque. Son tour de taille fait environ 2m et presque 7m à la base, tandis que sa hauteur reste assez modeste (9m) comme c’est souvent le cas pour cette espèce.  
Pour ne pas déclarer une querelle de clocher, l’église grecque offre aussi un intérêt arboricole avec un joli Margousier présent dans un petit jardin privé attenant à l’église.

Un p’tit dernier Belombra pour la route ?
Celui-ci est différent des précédents avec sa position isolée hors agglomération en bord de route. Il se trouve à Marisgianca (Calcatoggio) avec une vue imprenable sur le Golfe de Sagone. Un Belombra aux dimensions tout à fait respectables (circonférence à 1,30m de 4,20m et hauteur totale de 14m) et pourtant son état sanitaire n’est pas excellent. Il souffre de la proximité de la route très fréquentée et du stationnement des voitures à son pied.

Présentation botanique du Belombra :
feuilles / boutons floraux / fleurs / fruits (d’où son surnom de Raisinier dioïque)

De nombreux autres Belombras sont à découvrir en Corse puisque l’espèce a largement été plantée dans tous les villes du littoral. En plus de ceux décrits dans cet article, on pourra également l’admirer à Ajaccio, Calvi (plusieurs Belombras sur une petite place à l’entrée de la ville), Propriano, Bonifaccio (sur la terrasse d’un café en centre-ville, mais un autre beaucoup plus vieux a été coupé à l’entrée de la ville vers St Julien pour gagner quelques places de parkings supplémentaires) et Porto-Vecchio (sur une place du centre-ville, il a été planté en 1901 mais a été fortement abîmé par une tempête en janvier 2012).

Share Button

9 réflexions sur « A la rencontre des Belombras Corses »

  1. Merci pour cet article très intéressant sur un arbre méconnu, très différent du Phytolaque d’Amérique qui n’est qu’une grande herbacée, très envahissante dans le Midi, aux grappes lie-de-vin.
    Je signale également la présence d’un très beau spécimen de Bélombra sur l’île de Port Cros et d’un modeste sujet dans le Jardin des Plantes de Montpellier.
    Yves MACCAGNO

    • ah ben justement Yves, en voyant la grappe de fruits je pensais à la plate que vous citez et que j’appelle improprement raisin d’Amérique.

      Merci pour la balade et les découvertes corses Castor.

      Une blague (idiote je vous l’accorde) pour finir : vous savez pourquoi Napoléon n’attachait jamais son cheval à un arbre ? Parce qu’il avait peur qu’il mange l’écorce…..!

  2. Merci pour vos commentaires 🙂 et pour la blague sympa sur Napoléon même si durant tous ces voyages il n’a jamais eu la chance de profiter de la belle ombre du Belombra. 😉

    ça fait plaisir Yves de vous voir passer sur le blog, avec toujours des précieuses informations 🙂 🙂 🙂 J’enregistre soigneusement ce Belombra potentiel sur Port Cros et je n’avais pas remarqué qu’il en existait un de taille modeste dans le Jardin botanique de MTP.
    Bien vu également ce rapprochement botanique avec l’envahissant Raisin d’Amérique, véritable peste végétale dans le sud de la France, je n’avais pas fait attention que c’était un cousin éloigné du Belombra.
    D’ailleurs j’avais oublié de préciser que le Phytolacca dioica (le Belombra) est lui en revanche toxique (toute la plante).

  3. C’est une nouvelle essence d’arbre que tu nous fait découvrir Castor. Tu as pensé à tout : nous savons où les admirer et comment les reconnaître grâce à ta présentation botanique très parlante 🙂
    J’ai deux questions :
    – Le fait de tailler les racines d’un tel arbre (cas du bar « le Phocea ») ne risque-t-il pas de traumatiser ce dernier ?
    – Quand tu parles de dimensions « modestes » avec des circonférences qui dépassent les 7 mètres à la base voire les 15 mètres (!), qu’est-ce qui est modeste, les dimensions ou le narrateur ? 😉

    Très bel article en tout cas qui ajoute de bonnes adresses à mon périple corse de cet été … enfin, si tout s’arrange d’ici là !

  4. J’ai consulté la liste des arbres publiée en 1999 par J.P. Demoly sur le jardin botanique Les Cèdres à St Jean Cap Ferrat. Là poussait un très beau spécimen de 2.50m de circonférence. Je ne sais pas s’il existe toujours vu les vicissitudes que subit ce jardin suite aux changements de propriétaire.
    L’espèce existe aussi sur la liste de 2017 publiée par l’INRA concernant le jardin de la Villa Thuret à Antibes mais sans précision de taille ni d’âge.
    Je suis persuadé que d’autres beaux et vieux spécimens doivent exister sur la Côte d’Azur vu le nombre de jardins remarquables qu’on y trouve.
    Yves MACCAGNO

  5. L’espèce est vraiment rare car très peu rustique, à part quelques coins abrités du Var, des Alpes Maritimes, de Corse et peut-être des Pyrénées Orientales, impossible de la voir former un « vrai » tronc (c’est le cas à pointe Bretonne où elle a été essayée et où elle a plutôt un développement arbustif…). Pour la Villa des Cèdres, elle a été vendue (200 millions d’euros !) l’année dernière à un propriétaire privé resté anonyme. C’est pas demain la veille qu’on pourra y remettre les pieds….
    Fred

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.