Les pins à crochets du Lac Achard, Massif de Belledonne, Isère

Les nombreux lacs glaciaires du Massif de Belledonne sont souvent dans un environnement très minéral à 2 000 m d’altitude.
Le Lac Achard, à une bonne heure de marche de la station de Chamrousse, se trouve au pied d’un cirque exposé plein sud. C’est un milieu naturel protégé, le site a été classé pour la conservation et la préservation de la faune et de la flore (loi paysage de 1930).
Autour du lac et remontant sur les pentes jusqu’à 2 200 m d’altitude, les plus beaux et les plus vieux pins à crochets de tout le Massif de Belledonne ont trouvé refuge depuis la nuit des temps.
Certains seraient âgés de 400 ans…

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Le pin à crochets est peu fréquent de façon naturelle dans les Alpes du Nord.
Il a une prédilection pour les zones d’altitude (1800 – 2200 m) rocheuses et ensoleillées des Alpes du Sud (tout particulièrement dans le Briançonnais…) et des Pyrénées-Orientales.
C’est une espèce très ancienne, rescapée de l’ère glaciaire, qui était auparavant rattachée au pin mugo (le pin des montagnes dont la forme est souvent rampante). A ne pas confondre avec le Pin cembro (ou Arolle, le seul pin français à 5 aiguilles) dont il partage la même tranche d’altitude mais préférant plutôt les versants ouest et nord. On en trouve d’ailleurs quelques-uns sur Belledonne vers le Lac des Pourettes (peut-être un prochain article ?). Les cembraies sont plus fréquentes et en Maurienne certaines sont même remarquables.

Bien que souvent utilisés pour stabiliser les sols de montagne sous forme de plantations RTM (Restauration des Terrains de Montagne), au Lac Achard, les pins à crochets sont tous d’origine naturelle et constituent un boisement caractéristique appelé « prébois » qui va en s’éclaircissant en montant en altitude.

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Leurs formes sont souvent le reflet de toutes les difficultés à pousser dans des conditions aussi rudes (neige, avalanche, éboulis… randonneurs indélicats recherchant du bois pour leur bivouac…).
Mais certains d’entre eux arrivent à un âge vénérable et peuvent atteindre des dimensions importantes.

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Ce pin à crochets, en contre-bas du Lac Achard, atteint 2,85m de circonférence à 1,3m du sol en septembre 2014. Son tronc relativement droit est trapu et couvert de grosses charpentières. Il a fait sa place au sommet d’un bloc de rochers, ce qui rend son accès un peu délicat. Sa hauteur est estimée à 15m environ.
Coordonnées géographiques : 45,11067°N 005,89741°E – Altitude 1895m

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Dans les zones d’éboulis autour du Lac, le boisement est clairsemé et quasi exclusivement composé de pins à crochets. Toutes les classes d’âge y sont représentées et les très vieux pins ont fait leur place au milieu des rochers. Peu gênées par leurs voisins, les branches ont pu se développer et donnent aux vieux sujets des airs de chandeliers.
J’en ai mesuré un autre à 2,80m de circonférence (45,11419°N 005,90047°E – Altitude 1950m) certainement multiséculaires. Mais en prospectant un peu mieux dans cette zone rocheuse, il est fort probable d’y trouver des spécimens plus impressionnants. En revanche, il faut avoir l’agilité du chamois pour parcourir ces pentes raides couvertes d’éboulis : une tranquillité assurée pour ces « vieilles écorces ».

En effet, le Lac Achard est assez fréquentée en période estivale. Il représente un objectif de ballade au départ de Chamrousse assez facile avec des enfants (à partir de 5 ans).
Mais malgré la fréquentation, l’endroit est peu dégradé et la magie du lieu continue à faire son effet.
Ces zones d’altitude sont très fragiles. Des petits lacs en amont se comblent progressivement donnant la possibilité à une faune et une flore très spécifiques de se développer dans des tourbières. On y trouve des espèces très rares dont une variété de tulipe.
Dépendant du pin à crochets, des petits animaux et des oiseaux (cassenoix…) peuvent aussi survivre dans cet environnement extrême.
Un milieu fragile dont la majorité des visiteurs ont bien conscience et sont sensibles à cet environnement exceptionnel.
D’ailleurs, la vue préférée des promeneurs est souvent celle des deux squelettes de pins au bord du Lac.
Ici, les pins à crochets sont remarquables jusque dans leur mort…

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6 réflexions au sujet de « Les pins à crochets du Lac Achard, Massif de Belledonne, Isère »

  1. Une magnifique vidéo à voir absolument, merci Seb pour le lien. Un érable de 9m, un mélèze de 800 ans, un if forestier de 1500 ans… c’est du lourd en Suisse !!!

  2. Les photos sont magnifiques ! Et que dire des arbres, superbes !
    J’avais plutôt à l’esprit que les pins à crochets vivaient à la limite d’altitude des arbres, rabougris et nanifiés par les dures conditions et la pauvreté des sols.
    Mais j’ai lu ça dans un GEO de 1994 😀

  3. Tu as raison Damien : petits et rabougris c’est le terrible destin des pins à crochets… sauf que parfois ils peuvent exprimer tout leur potentiel et se présenter comme de vénérables arbres d’altitude comme c’est le cas au Lac Achard.

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