Le chêne des Canaries du parc des Cordeliers, Anduze, Gard

Pat nous fait partager son coup de foudre!

2015 05 02 conf. arbres remarquables Y.Maccagno Anduze (9)Parc des Cordeliers, Anduze (Gard), 18h45, ce samedi 2 mai 2015.
Je suis tombée en amour, comme disent nos cousins Québécois.

Je suis à 20 km de chez moi et je n’étais jamais entrée dans ce parc niché au cœur de la petite ville d’Anduze, cité au pied des Cévennes, bien connue des touristes (entre autres) pour sa bambouseraie, son petit train à vapeur et son Gardon parfois ravageur.

Parc des Cordeliers, Anduze (Gard), 18h45, ce samedi 2 mai 2015.
Je suis tombée en amour, comme disent nos cousins Québécois.

Je sais, je me répète.
Mais au risque de faire de la « misogynie à l’envers » (le mot existe mais je l’ai oublié…) les Têtards reporters sont essentiellement des hommes (nul n’est parfait ☺) tout fiers avec leur dendromètre, leur décamètre, leurs chaussures de rando, leur appareil photo, leur grand savoir en bandoulière… qui leur permettent de nous faire partager de magnifiques découvertes arboricoles dans des coins où la plupart d’entre nous ne mettront jamais que virtuellement les pieds. Et, au risque de faire encore enfler leur… ego, on ne les en remerciera jamais assez ☺

Mais et les sentiments dans tout ça ?
Hein ?
Le petit côté fleur bleue, la touche féminine, l’émotion jusqu’aux larmes, ressentie au pied d’un colosse dont les trois troncs montent tout droit et en puissance jusqu’à exploser en un feu d’artifice vert tendre, milliers de petites feuilles nouvelles seulement balayées par les derniers rayons de soleil cévenols ?
2015 05 02 conf. arbres remarquables Y.Maccagno Anduze (10)Oups, désolée, je m’égare, on est pas dans un roman à l’eau de rose mais à la sortie d’une nouvelle – et non moins passionnante – conférence d’Yves Maccagno, botaniste passionné et passionnant (oui je sais : redondance, mais je persiste et signe).

Et donc, pendant qu’il dédicace à tour de bras son livre sur les arbres remarquables du Gard (*) à un public conquis, son épouse, Sylvie, m’entraîne au fond de ce petit écrin de verdure, tout à côté du jeu de pétanque, derrière un rideau de bambous (plante totémique d’Anduze s’il en est) pour me présenter le chêne des Canaries !

2015 05 02 chêne des Canaries conf. arbres remarquables Y.Maccagno Anduze (4)2015 05 02 chêne des Canaries conf. arbres remarquables Y.Maccagno Anduze (3)

Et là je reste scotchée, sans voix (et quand on me connaît : c’est un exploit ☺), et malgré une autre fan de ce chêne qui papillonne et pépie autour de lui (et de nous) en nous en vantant ses mérites, je suis dans un autre monde. La lumière, le calme (relatif) de cette fin de journée un peu moite et orageuse et toutes ces déclinaisons de vert qui m’entourent…
La « fan excitée » s’est lassée.
Sylvie a compris. Elle s’éloigne discrètement en me disant « à tout à l’heure »…
Alors je m’approche tout doucement.

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2015 05 02 chêne des Canaries conf. arbres remarquables Y.Maccagno Anduze (5)Il est splendide. Magnifique. Il s’en dégage une telle force, une telle puissance, une telle santé, une telle sérénité, un tel bien-être de vivre dans un pareil écrin…
Son écorce est épaisse, rugueuse et craquelée à souhait.
On se tord volontiers le cou pour admirer sa frondaison qui se perd dans le ciel bleu.
Ses jolies feuilles doucement dentelées frémissent sous la brise.
J’en suis sûre : il me parle, il me transmet sa force, sa joie de vivre, son bonheur d’être là…
Suis-je ridicule : j’en ai les larmes aux yeux !

Avouez que de tomber sous le charme d’un chêne, faut le faire !

 

Allez zou je redescends de mon petit nuage vert tendre pour vous faire part de quelques données plus terre à terre.
2015 05 02 chêne des Canaries conf. arbres remarquables Y.Maccagno Anduze (8)Oh et puis vous n’avez qu’à lire le panneau planté devant lui.
Et c’est pas des bêtises puisque c’est Yves Maccagno lui-même qui a réalisé le parcours et les plaquettes du circuit botanique du Parc des Cordeliers. (Plaquette disponible gratuitement à l’O.T. pour ceux que ça intéresse (ici)).

En fait, pour la petite histoire, ce chêne a été l’arbre de la discorde pendant très longtemps dans le milieu des botanistes, qui se sont creusés la tête, allant jusqu’à se crêper le chignon à son propos.
Ben oui jusqu’à il y a 15 ans à peine ils ne savaient pas ce que c’était comme espèce !!!
Non Monsieur je n’ai pas fait une erreur de frappe, oui Madame vous avez bien lu !
Ce n’est qu’à la fin des années 90 que deux spécialistes arboricoles sont tombés d’accord sur le fait que c’était un chêne des Canaries.
Planté au 19e siècle dans un parc privé (et religieux) devenu public par la suite, il n’existe aucune archive à son sujet.
Cette essence méditerranéenne présente en Afrique du Nord, dans le sud de l’Espagne et du Portugal n’existe même plus à l’état sauvage dans les îles qui lui ont donné son nom et où il avait été identifié pour la première fois en 1809.
Le spécimen anduzien est très certainement le plus gros et le plus bel individu de son espèce dans le bassin méditerranéen. Voire dans le monde !
Introduit en France vers 1850 comme ses congénères, il ne peut guère avoir plus de 160 ans !!!
Son espérance de vie, même dans ce cadre protégé qu’il affectionne pour son sol profond et humide, n’est que de 300 ans.2015 05 02 chêne des Canaries conf. arbres remarquables Y.Maccagno Anduze (7)
Bien que considéré comme un arbre à feuilles caduques, il arrive, quand l’hiver n’est pas trop froid, qu’il les conserve jusqu’au débourrement des feuilles nouvelles au printemps suivant.
Et Anduze est connue pour son microclimat (voir la Bambouseraie (ici))…

Il est temps pour moi de dire au revoir (parce que je reviendrai c’est sûr !) à « mon chêne charmeur », les yeux et la tête remplis de petites feuilles vertes.
affiche.3

Je salue Sylvie et Yves en leur donnant rendez-vous le vendredi 22 mai à 10h au pied d’un autre spécimen plus que remarquable, un peu plus au sud et au centre du Gard : le cade de Castelnau qui grâce à Yves va recevoir le label « Arbre Remarquable de France » des mains même du président de l’association A.R.B.R.E.S.

Mais ça, c’est une autre histoire (pleine de « paillettes vertes ») que je vous raconterai peut-être, si vous êtes sages ☺

Je peux peut-être profiter (et abuser) du fait que ces pages me sont ouvertes pour relayer un appel de Yves Maccagno et d’y faire un peu de pub pour son livre?

2013 07 Livre Maccagno cade couv. 001
(*) Le département du Gard de par ses configurations géographique et climatique particulières est un territoire très riche en essences arboricoles de toute sortes. Un livre, sorti en juillet 2013, présente un inventaire -non exhaustif et encore en cours- de cette richesse en arbres remarquables, sous la plume (le dendromètre, le décamètre, les chaussures de rando et l’appareil photo ☺) totalement bénévoles de Yves Maccagno.
Il est disponible auprès de la société nîmoise qui l’a édité : la S.E.S.N.N.G [sesnng@gmail.com – Mme Gayraud] ainsi que chez de nombreux libraires locaux, au prix de 26 €.

Comme vous l’aurez remarqué sur ce site ou celui du Krapo les recensements d’arbres remarquables sur le pourtour méditerranéen sont rares, très rares, trop rares.
Faut pas croire pour autant qu’il n’y a que des espèces remarquables dans le Nord… (qui commence à Valence dans la Drôme comme tout le monde le sait depuis le film « Bienvenue chez les Chtis »).
Yves va de temps en temps « prêcher la bonne parole arboricole » en donnant des conférences dans les départements limitrophes, tels l’Hérault ou les Bouches du Rhône, mais jusqu’à présent aucun volontaire ne s’est proposé pour réaliser ce travail (que dis-je, ce sacerdoce) qu’est l’inventaire des arbres remarquables d’un département méridional.
A son grand regret !
Alors si vous vous sentez l’âme (et le savoir) d’un dénicheur/recenseur de pépites vertes n’hésitez pas à vous lancer dans l’aventure…


Petite mise à jour en juin 2016

Passage du Castor masqué en visite dans la région d’Alès.
Le coup de foudre est partagé, comment rester insensible au charme de cet extraordinaire chêne des Canaries ?
Avec en prime quelques mesures pour se rendre compte du caractère exceptionnel de cet arbre :

La circonférence à 1,3m englobant les trois pieds est de 6,28m en juin 2016.
A la base de la cépée, la mesure est de 6,27m.
Une seule tige peut être mesurée séparément à 1,5m de hauteur. Son tour de taille est de 3,10m.
La hauteur totale de la cépée est de 32m (mesure effectuée au dendromètre électronique vertex). Une hauteur hallucinante pour une espèce méditerranéenne et qui n’a pas le caractère d’un arbre de haute futaie.
Chene-zeen-anduze91-2

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11 réflexions sur « Le chêne des Canaries du parc des Cordeliers, Anduze, Gard »

  1. Bravo pour cet article très agréable à lire et si enthousiasme !!!
    Et félicitations à toi car pour ton premier article, tu as trouvé un champion dans sa catégorie, et il semble difficile à battre…

  2. Merci à tous (les trois) pour votre accueil.
    Et si Ln, pour mon article suivant je vais faire encore mieux !
    Même si mon prochain champion ne « boxe » pas du tout dans la même catégorie 🙂
    A suivre donc…

  3. Je suis doublement content de savoir que tu viens renforcer notre petite équipe de Têtard-Reporters. 🙂
    Tu vas pouvoir apporter une nouvelle vision sur nos arbres remarquables, une sensibilité plus féminine qui nous manque (mais n’oublie pas tout de même de dérouler ton décamètre, on aime bien les chiffres aussi ;-). Et en plus tu vas nous faire découvrir notre beau Languedoc si peu représenté jusqu’à présent.

    Belle entrée en matière avec ce chêne mythique que je n’ai jamais rencontré et pourtant ce n’est pas faute de l’avoir cherché au Maroc. Je ne savais pas qu’il y en avait un aussi magnifique si près dans le Gard.
    A Anduze, on file généralement direct à la Bambouseraie, je n’avais jamais pensé à faire une halte dans ce petit parc. Je ne vais pas le manquer la prochaine fois 🙂

    J’ai hâte de voir ce que tu vas nous faire découvrir par à la suite et de lire ton article sur la labelisation du cade.

  4. Merci le Castor Masqué.
    Pour certaines espèces notre belle région ne peut pas rivaliser en mensurations hors normes avec les autres, mais il n’empêche qu’elle est très riche en belles découvertes. Que j’espère vous faire partager dans ces pages !

  5. Ne sous estime pas notre région, elle n’est pas très grande, mais elle est surtout très variée. Des Monts Lozère aux collines des Albères on a une diversité incroyable de sols, climats… et d’arbres !
    Il y a tant à y découvrir que tu as toutes les chances de dérouler à fond ton décamètre 🙂
    et côté hauteur, je te rappelle que les deux sapins de Vancouver de l’Aigoual sont restés longtemps les plus hauts arbres de France.
    Allez, il est temps de montrer toutes les beautés arboricoles de notre Languedoc. Côté Roussillon, j’ai quelques articles sous le coude.

    • Bonjour Cyril,
      En effet si quelqu’un sait quand ce chêne a été planté qu’il contacte les Têtards parce que à ce jour personne se sait…
      extraits de l’article ci-dessus :
      « Planté au 19e siècle dans un parc privé (et religieux) devenu public par la suite, il n’existe aucune archive à son sujet. »
      « Introduit en France vers 1850 comme ses congénères, il ne peut guère avoir plus de 160 ans !!! »

  6. Petite mise à jour en fin d’article.
    Je suis passé le voir en juin 2016 et avec l’accord de Pat’, j’ai ajouté quelques mesures et une photo à son article.

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