[ Alerte dépérissement ] Le marronnier de Vézac, Cantal

En préparant l’article sur le marronnier du parc Mistral à Grenoble,  j’apprenais que le doyen de cette espèce coulait des jours heureux depuis 400 ans près d’Aurillac dans un petit village du Cantal. De passage chez les Cantalous, je ne manquais pas de lui rendre une petite visite. Mais je ne m’attendais pas à ce genre de rencontre ! Je n’ai pas eu besoin de le chercher bien longtemps… Sa silhouette dépouillée sur la colline dominant le village se repère de loin…

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Marronnier-vezac03Le vénérable marronnier se trouve sur la terrasse du Château de Salles, une résidence hôtelière 4* dans un site d’exception. Et cette terrasse fait parti du restaurant gastronomique : « la Table du Marronnier ».
Je remercie le nouveau propriétaire, Monsieur Michel Brevet, de m’avoir laissé entrer sur son magnifique domaine pour observer ce marronnier historique.

Son dépérissement saute immédiatement aux yeux. Et il est d’autant plus inquiétant que son état s’est très vite dégradé. Généralement, un arbre vénérable évolue lentement dans sa phase de sénescence, mais le marronnier de Vézac s’est rapidement transformé en un arbre moribond. Le propriétaire actuel a repris tout récemment le domaine et il lui est difficile de juger de l’évolution du dépérissement de son arbre.
La cause du dépérissement n’est pas connue. Il n’y a pas eu de travaux particuliers dans le sol à proximité qui aurait pu lui être préjudiciable et ce célèbre marronnier est suivi depuis de nombreuses années par une équipe spécialisée comme l’atteste les nombreux haubans dans son houppier.
Une situation très préoccupante, car l’arbre se trouve en plus sur une terrasse très fréquentée et son état peut représenter un réel danger pour la clientèle du restaurant.
Je ne suis pas spécialiste des « arbres hors-forêt » mais il est évident que son diagnostic n’est pas du tout encourageant.
Je ne sais pas quelles sont les mesures de sauvegarde (si elles existent) ou de conservation applicables dans cette situation ?
Bien-sûr le nouveau propriétaire est très soucieux de ce monument végétal, véritable emblème du Château et du restaurant.
Tous vos avis et conseils éclairés seraient appréciés pour prendre la bonne décision sur l’avenir de cet arbre…

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En me rendant sur place, je n’imaginais pas être confronté à cette terrible situation.
En tant que chasseur d’arbres remarquables, mon soucis était de savoir si ce vénérable marronnier était bien le plus vieux de France et peut-être le plus gros.
En juillet 2015, la mesure de sa circonférence à 1,3m de hauteur affiche un prestigieux 5,48m. Un tour de taille supérieur au colossal marronnier de Grenoble (5,20m) mais légèrement inférieur à celui de la place du village de St-Michel-de-Chabrillanoux en Ardèche totalisant 5,55m.
Cette comparaison avec mes deux colosses de référence me fait douter de son âge réel. En effet, le géant grenoblois n’aurait que 150 ans mais dans des conditions de croissance très favorables et l’Ardéchois a été planté en 1828, soit à peine 200 ans.
La date de plantation annoncée en 1605, soit un âge de 400 ans semble peu crédible… surtout qu’il n’est pas connu d’autres marronniers en France ayant une date de plantation antérieure à 1800.
Il semblerait donc que son âge réel soit plus proche des 200 ans que des 400 ans.

Mais ce débat sur son âge réel n’est pas la priorité actuelle… Son avenir très inquiétant doit être réglé rapidement. On pourrait même parler d’un cas d’urgence !

Coordonnées géographiques : N 44,89189° E002,51290° – Altitude 697m –

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15 réflexions au sujet de « [ Alerte dépérissement ] Le marronnier de Vézac, Cantal »

  1. Je te rejoins sur la question de l’âge, je doute qu’il puisse avoir 400 ans, il ne porte pas les stigmates d’un arbre de cet âge…
    Quoiqu’il en soit, il semble que son cas est désespéré! Avec un tel niveau de dépérissement, l’absence de réaction et qui plus est la mortalité des tire-sèves conservés lors de la taille de réduction, on ne peut pas espérer un regain de vitalité.
    La fin semble proche, je ne connais pas l’historique du dépérissement mais à ce stade, il est même possible que les dernières branches meurent avant l’automne, je pense qu’il a très peu de chance de refaire des feuilles au printemps.
    A ce stade, les champignons lignivores qui ont certainement déjà commencer leur travail, vont très rapidement coloniser l’ensemble de l’arbre et le fragiliser, et ce même s’il reste en vie. Il n’a plus assez de vigueur pour lutter et l’abattage est malheureusement inéluctable voir urgent!
    Je n’aurais aucun cas de conscience à le préconiser dans ce cas!
    Reste à savoir comment perpétuer la mémoire du colosse, conservation du tronc, plantation d’un nouvel arbre (à un autre endroit pour ne pas risquer de transmettre le pathogène à l’origine du déclin)…

  2. Merci Yannick pour ton avis de spécialiste de soins aux arbres.
    ça va dans le sens que je redoutais, il n’y a plus rien à faire pour le sauver et sa mort est imminente.
    Et on a beau être attaché à ces arbres vénérables, il faut admettre que dans le cas du Marronnier de Vézac, il représente à ce stade un réel danger pour les utilisateurs (nombreux et réguliers) de la terrasse du restaurant…
    Pour garder la mémoire de cet arbre historique (qui a donné son nom également au restaurant, « la table du marronnier »), je pensais avant l’abattage final, de le transformer en sculpture arboricole façon totem comme évoqué lors d’un précédent article :
    http://lestetardsarboricoles.fr/wordpress/2015/05/20/sculptures-arboricoles-facon-totems/
    une façon artistique de lui rendre un dernier hommage et qui pourrait avoir sa place dans ce cadre prestigieux de l’hôtellerie de luxe.
    La plantation d’un nouveau marronnier de l’autre côté de la terrasse pourrait assurer la relève et lui permettrait de prendre le relai à la disparition du « totem ».

    • A priori, la mineuse n’est pas mortelle pour les marronniers. Il est possible qu’elle les affaiblissent préparant ainsi le terrain pour d’autres ravageurs.
      Dans le cas des marronniers, il est conseiller de ramasser les feuilles mortes et de s’en débarrasser (brûlage si possible), pour limiter la conservations des larves…

  3. Bien dommage !!

    J’avais reçu des infos par le propriétaire il y a quelques années, car j’étais sur une enquête des plus spécimens de France.
    Mais même si pour beaucoup d’ancêtres le déclin est lent, pour les arbres, le mal est fréquemment déjà présent depuis un certain temps dans le bois et suite à un traumatisme des années peuvent s’écouler avant qu’on s’en rende vraiment compte.
    Mais là je ne vous apprend rien.

    Pour ce qui est de l’âge, j’ai un énorme cas d’interrogation pour un marronnier que je connais très bien.

    J’ai fait de petites investigations et cela me mène entre 175 et 408 ans.
    Un individu fut planté devant l’église en 1609, mais il se pourrait très bien qu’il fut remplacé, car bien que l’arbre d’aujourd’hui ne date pas d’hier il m’est permis de douter qu’il soit si vieux.
    En tous cas, il présente des signes d’un arbre non pas sénéscent mais adulte à un âge avancé.
    Sa circonférence n’a quasiment pas évolué depuis des années, le fait qu’il pousse dans un environnement ayant connus divers changements et qu’il vive dans un sol qui n’est pas des plus favorables, rend son cycle assez difficile.
    Ses branches sont relativement tortueuses, je n’explique pas vraiment la chose, la neige a pu façonner cette structure dans ses jeunes années mais il ne vit pas non plus en zone avec de fortes précipitations neigeuses.

    http://www.monumentaltrees.com/fr/fra/moselle/zetting/10354_lamairie/

    • Toujours le même problème de datation!
      Ce qui me fait douter, lorsque l’on annonce un âge proche de 400 ans, c’est l’absence de traumatisme un niveau du houppier. Bien souvent en 4 siècles, les arbres ont subit des tempêtes et autres événements climatiques, entrainant chutes de branches et arrachement surtout chez des sujets en port libre et en situation isolée.
      Ce n’est bien sur pas une constante, mais c’est toutefois un élément à prendre en compte dans l’évaluation.

    • L’âge réel du Marronnier de Vézac restera certainement un mystère… vu l’avancement de la pourriture dans le tronc, même au moment de son abattage une bonne partie du coeur aura disparu 🙁

  4. Lorsque j’ai aperçu au loin la silhouette dépouillée du Marronnier, j’ai tout d’abord pensé à la mineuse du marronnier. Ces attaques sont spectaculaires mais comme c’est souvent le cas avec les chenilles défoliatrices, elles n’entrainent pas directement la mort de l’arbre. Elles l’affaiblissent… Mais au pied du Marronnier, on découvre un tronc très attaqué par la pourriture. Je ne connais pas cause de ce dépérissement « éclair » et le propriétaire récent n’a pas non plus tout l’historique sur son arbre.

      • désolé de débattre de débattre de la taille, mais elle à forcément joué un rôle dans la dégradation de l’état physiologique, en rajoutant un stress et un abaissement des réserves, déjà on l’imagine raz les pâquerettes… Donc si pourridiés ou autres problématiques il y a, la réponse par ce genre de taille (couronnage et faux tires sève) me parait particulièrement inadaptée… Ceci dit ils ont peut être voulu tester les capacités de résilience des arbres, et en l’occurrence leurs limites sur les vieux sujets..

        • Je m’explique car effectivement mon propos demande à être nuancé car basé sur un ressenti (observation de l’aspect actuel).
          Dans ce cas, je ne connais pas l’état de l’arbre avant taille. Toutefois mon impression est qu’elle a été effectuée au dessus des partie encore en vie en supprimant les parties mortes ou fortement dépérissantes (rapidement condamnées). Je pense cela car le sous-dimensionnement des tires-sève, et le diamètre des coupes, me laisse croire il n’y avait pas d’autre emplacement pour tailler, et le résultat dans son ensemble me rappel certains sujets très fatigués dont il a fallu supprimer les bois morts pour des raisons de sécurité (en zone très fréquentée) et dont les pseudo tires-sève meurent assez rapidement…

          Par contre si l’arbre était en bonne santé avant taille ou simplement légèrement affaibli, il est clair que la taille est drastique et néfaste…

          • Peut être qu’en effet ils ont sécurisé le site en réduisant juste le mort. Personnellement j’ai des doutes, la taille me fait plus penser à un bon couronnage en bon et due forme, et s’il y avait descente de cime (certainement) la réponse n’est clairement pas adaptée. Mais nous n’ avons effectivement pas beaucoup d’éléments pour imaginer le fond de l’affaire..
            Quoi qu’il en soit, je trouve que l’image de la gestion des vieux arbres en prend un toujours un coup avec ce genre d’exemple

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