Les oliviers bonsaïs de Port-la-Nouvelle, Aude

Port-La-Nouvelle, vous connaissez ? Cette petite station balnéaire de l’Aude réputée pour sa belle plage de sable fin… mais surtout pour sa Star locale, un tamaris colossal présenté dernièrement sur le blog !!!
Ma visite au printemps de la cité portuaire devait me conduire vers une labellisation « Arbres remarquables de France »… un peu particulière. En effet, une fois n’est pas coutume, ce sont deux vénérables oliviers espagnoles taillés façon bonsaïs qui ont reçu le prestigieux label de l’Association A.R.B.R.E.S. en 2012.

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Attention, il ne s’agit pas dans cet article de relancer le débat sur le marché actuel des vieux oliviers, arrachés à leur terre espagnole pour trouver refuge sur des ronds-points ou chez de riches propriétaires français…
Mais il faut accepter une évidence, il n’y a plus de vieux oliviers d’origine française.
Ils ont tous disparu, ou presque, suite aux gels de 1926 et 1956 qui ont décimé les oliveraies françaises (en février 1956, 1 million d’oliviers furent détruits, 5 millions furent recépés). Dans les zones les plus protégées de notre territoire (Riviera…), il ne resterait  que 16 oliviers millénaires (source non confirmée…) et quasiment aucun centenaire.
Celui de Roquebrune-Cap-Martin fait parti des quelques rescapés, voir l’article à son sujet sur le Krapo (ici) ainsi qu’un autre à Beausoleil (ici).
Même les deux splendides oliviers millénaires du Pont du Gard (l’un date de l’an 938) sont d’origine espagnole et ont été replantés en terre provençale en 2008.
Alors bien loin des considérations écologiques, regardons de plus près l’histoire de ces deux vénérables… une histoire finalement assez similaires à tant d’autres.
Ces deux oliviers vivaient paisiblement depuis 800 ans de l’autre côté des Pyrénées dans la province de Tarragone (au sud de Barcelone). Mais le sort a voulu qu’ils se trouvent sur le tracé d’une nouvelle autoroute. Ils ont été arrachés et transportés en pépinière, puis déplacés en camion jusqu’à Port-la-Nouvelle pour y débuter une seconde vie en février 2009.
Contrairement aux autres espèces, les vieux oliviers supportent très bien ce genre de transplantations, à condition bien-sûr que quelques précautions de base soient respectées. Ils reconstituent en quelques années (3 à 5 ans) un beau houppier. Mais dans le cas de ceux de Port-la-Nouvelle, la municipalité a voulu afficher le côté esthétique de cette arbre symbolique en leur donnant un aspect bonsaï. Pour y arriver, elle doit pratiquer 5 tailles par an au lieu d’une seule habituellement pratiquée sur les oliviers.
Ces deux sculptures végétales apparaissent aux yeux de tous, puisqu’elles ont été placées stratégiquement sur deux ronds-points devant le centre commercial. A chacun donc de se faire son opinion en tournant autour avec sa voiture. En revanche, pour s’y approcher à pied c’est à vos risques et périls !
Le plus impressionnant est celui du rond-point de la Maison de la Petite Enfance, prenant une étonnante forme de pont, une vision assez déroutante bien loin de l’image habituelle des arbres remarquables…

Les mesures de circonférence n’ont pas trop de sens dans ce genre de sculpture végétale, elles permettent toutefois de valider les estimations de l’âge de l’olivier (il prend environ 50cm de circonférence tous les 100 ans… mais dans le cas présent je ne crois pas que ces données moyennes puissent s’appliquer).
En juin 2015, la circonférence à la base est de 4,00m et à 1,3m au plus creux  de 2,55m.
Son état sanitaire à la base du tronc semble plutôt médiocre mais avec l’olivier il est bien difficile de savoir comment il va réagir à ses anciennes blessures. « L’arbre immortel » a des ressources insoupçonnées !
Son âge a été estimé entre 700 et 800 ans.

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 L’autre olivier bonsaï se trouve à une centaine de mètres sur le rond-point de la piscine. La forme de l’arbre reste plus classique. Une forme épurée réduisant le houppier à une succession de petits plateaux verts… olives !
En juin 2015, la circonférence à la base est de 3,85m et à 1,0m au plus creux  de 2,83m.
L’olivier taillé de cette façon mesure environ 3,5m de haut.
Son état sanitaire est assez satisfaisant… a priori.
Son âge a été estimé comme son voisin entre 700 et 800 ans.

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La mode des oliviers bonsaïs est en plein essor. Ce genre de tailles sur oliviers est proposé désormais par de nombreux négociants pour pépinières.
En s’éloignant vers la côte catalane, voici deux beaux spécimens devant l’entrée d’un camping à Argelès. Beaucoup plus jeunes que ceux de Port-la-Nouvelle, ils apportent une touche esthétique du plus bel effet qui devrait séduire les vacanciers.

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Il y a une dizaine d’années, Marseille avait déjà utilisé l’image symbolique des oliviers en recréant une « oliveraie hors-sol » près du Vieux Port… c’était d’une certaine façon des bonsaïs géants en pleine ville ! Je ne sais pas comment ont évolué ces oliviers, je n’y suis jamais retourné.

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Quelques semaines après l’annonce de l’arrivée de la bactérie américaine Xylella fastidiosa sur notre territoire français, les oliviers continuent à séduire un grand nombre de propriétaires à la recherche de ce symbole de paix et d’immortalité. L’aspect esthétique semble être la nouvelle tendance… pourquoi pas ? Espérons simplement que les heureux propriétaires prendront toutes les mesures d’entretien et de soins nécessaires à apporter à cet arbre symbolique…

Quelque soit sa forme, l’arbre « immortel » n’a pas fini de séduire !

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5 réflexions au sujet de « Les oliviers bonsaïs de Port-la-Nouvelle, Aude »

  1. Sur le fond je suis « presque » d’accord sur le fait d’avoir « sauvé » ces oliviers du béton et du goudron autoroutier ibère.
    Mais sur la forme (c’est le cas de le dire)…. déjà je n’aime pas les bonzaïs « normaux » mais faire ça à des oliviers, au milieu de ronds points en plus !!!
    Mais c’est à la mode (!) car c’est aussi le cas au nord-est de Montpellier, sur des spécimens beaucoup plus récents.
    La 1e fois que j’ai vu ça j’en ai pas cru mes yeux et j’ai fait deux fois le tour du rond point pour m’assurer que je ne « cauchemardais » pas.
    Tous les goûts sont dans la nature (même si des fois on a un peu du mal à la retrouver, la nature).
    Quant à l’attribution du label A.R.B.R.E.S…. même s’il est attribué au sauvetage de ces arbres, ça me « défrise » un peu de la part de cette assos.
    Juste pour la coïncidence : un court article était consacré à ces arbres pas plus tard qu’hier(26 août) dans le Midi Libre (journal régional) 😉

  2. Je te rejoins Patb, même si j’apprécie (modérément) les bonzaïs et autres niwakis…
    Dans le cas de ces arbres, je trouve la taille excessive, la quantité de feuillage est complètement sous proportionnée par rapport au gabarit des arbres.
    D’autre part, le fait qu’elle s’effectue à la suite d’un rabattage sévère donne un aspect très artificiel; les plateaux, constitués de petits rameaux, sont comme « posés » sur de grosses sections…
    Bref je trouve le résultat déplorable et la mise en scène accentue le côté « mobilier urbain » de l’arbre…Cela me donne l’impression que ces vénérables sont déguisés et humiliés par le traitement qu’on leur inflige!
    Mais bon c’est comme l’art contemporain on aime ou on aime pas, mais cela ne laisse pas indifférent…

    La mode de ce genre de taille est effectivement bien lancée, cela fait déjà un moment que je vois ces malheureuses silhouettes en exposition chez les pépiniéristes bretons…

  3. Le moins que l’on puisse dire, c’est que ces oliviers ne laissent pas indifférents. Globalement ils semblent assez bien appréciés et surtout très remarqués des gens de passage… nettement plus remarqués que nos arbres d’exception plus traditionnels, c’est bien regrettable 🙁
    Pat’ nous signale un nouvel article dans le Midi libre… Décidément ils ont la côte ! en préparant l’article j’en avais retrouvé 3 autres dans la presse régionale au moment de leur labelisation. Etrangement, aucun des articles de presse critique cette taille façon bonsaï. Pourtant comme toute expression artistique on peut ne pas accrocher, c’est bien légitime…
    Mais dans le cas de ces oliviers nouvellois, deux aspects me chagrinent plus :

    – la transplantation de vieux arbres (parfois multi-séculaires !) est très traumatisant et les risques d’échec de reprise augmentent avec l’âge de la plante. Mais les oliviers ont eu une faculté incroyable à la reprise et supportent assez bien ce genre de transplantation à condition qu’ils soient dans de bonnes conditions de culture. En 5 ans, un vieil olivier a bien reconstitué son houppier et compléter son système racinaire. Mais sans permettre à l’olivier de refaire son houppier en pratiquant des tailles aussi sévères, je me pose beaucoup de question sur ses chances de reprises surtout si l’olivier est placé hors zone méditerranéenne. Mais les pépiniéristes sont malins, l’olivier pourra résister 2-3 années sur ses réserves à végéter dans ce style bonsaï avant de franchement dépérir…

    – un deuxième point m’a également déçu. C’est l’attribution d’un label Arbre remarquable de France pour ces oliviers menacés de destruction par une autoroute espagnole. Dans ce cas, il y aurait bien quelques centaines ou millier de candidats potentiels déjà en place sur nos rond-points ou au bord des piscines de quelques riches propriétaires. Alors qu’à quelques centaines mètres de là, au bord du chenal, deux tamaris colossales exceptionnels poussent dans l’indifférence la plus totale. Enfin, presque dans l’indifférence puisque le seule contact qu’ils reçoivent avec la population est le frottement de temps en temps d’un parechoc de voiture contre leur écorce.

  4. Hé oui ce ne sont pas toujours les plus méritants qui reçoivent les honneurs. En plus, Il aurait été plus simple et moins traumatisant de les transplanter 100 m plus loin hors de la zone de travaux pour les sauver!!

    Pour en revenir au type de taille dite en bonsaîs, je ne suis pas certain qu’un vrai amateur de bonsaïs et de niwakis la nommerais ainsi dans ce cas! Certains s’insurgent contre les « faux bonsaïs » vendu dans les supermarchés (qui ne sont que des petits arbres dont les troncs ont été rabattus à 15/20 cm et sur lesquels on a reformé un semblant de cime avec les repousses) alors pour des arbres traité ainsi…
    La taille et la formation des niwakis et bonsaïs est autrement plus subtile et le fruit d’un long et patient travail, et répond à des critères esthétiques particuliers.

  5. je connais peu le monde des bonsaïs mais j’imagine bien que pour les passionnés ce genre de tailles sur Oliviers doit être bien éloigné des principes des vrais bonsaïs.
    Concernant les raisons de la transplantation de ces oliviers, je ne préfère pas trop aborder ce sujet délicat et source de polémiques… Bien-sûr on ne peut s’empêcher de se demander si leur arrachage était inévitable et non pas un peu forcé par des considérations économiques plutôt favorables pour le commerce des gros oliviers en Europe…
    Je me demande alors si un cas similaire aurait pu se produire en France ?
    Par exemple, si les deux oliviers de Lugné dans le Bitérois
    http://lestetardsarboricoles.fr/wordpress/2013/01/08/les-deux-oliviers-de-lugne-cessenon-sur-orb-herault/
    se trouvaient menacés par le tracés d’une nouvelle bretelle d’accès à l’A75 (ce n’est bien-sur que de la science fiction 😉 ), les aurait-on arrachés pour les placer sur deux ronds-points dans la zone commerciale de Béziers ? ça me semblerait complètement délirant et improbable…

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