Le Chêne de la Résistance en Forêt de Tronçais, Allier

Réédition de l’article suite au piratage.

La Forêt de Tronçais est sans aucun doute la plus belle vitrine de nos chênaies françaises. Dans cette vaste forêt du centre de la France, certains chênes exceptionnels ont fait l’admiration des forestiers. Ils les ont baptisés et conservés pour les générations à venir. C’est le cas du Chêne de La Sentinelle, des Chênes Jumeaux, du Chêne Stebbing-II, du Chêne de la Bouteille, du Chêne St-Louis, du Chêne Carré, du Chêne de Montaloyer, ou encore du regretté Chêne Jacques-Chevalier
Durant l’année 2010, tous ces grands chênes ont fait l’objet d’un bel article sur le blog du Krapo arboricole. Tous ? Non ! Car il en est un que j’affectionne tout particulièrement et qui mérite lui aussi d’entrer dans la cour des Grands (puis au Panthéon des Grands Arbres).
Pour aller à sa rencontre, il faut s’enfoncer au cœur la Réserve Biologique, dans les derniers vestiges de la Futaie Colbert.  Dans cette forêt relique, il existe un chêne extraordinaire par ses dimensions hors-normes et ses liens historiques avec les hommes. D’ailleurs, il est tellement fascinant qu’il a changé plusieurs fois de noms au cours de sa vie. Peu d’arbres peuvent se vanter d’avoir eu une tel destin…
Voici l’histoire du Chêne de la Résistance.

Foret-tronçais-futaie-colbert06Une histoire toute simple à son origine, semblable à tous ses frères de la vaste forêt royale de Tronçais. De mère inconnue, un gland tombe au sol par une journée d’automne de 1640. Après avoir échappé à la dent du cochon, il passe une enfance joyeuse entourée d’une multitudes de frères et sœurs jusqu’au jour de ses 30 ans, l’année 1670. Son destin va alors changer suite à une décision de Colbert (ministre de Louis XIV).
Si on doit à Sully nos vieux arbres villageois, Colbert lui, va bouleverser l’aspect des forêts françaises. Lorsqu’il est nommé ministre de la Marine, il souhaite faire du royaume de France la première puissance maritime au monde. Il lui faut donc des navires, beaucoup de navires !
Il ordonne donc de planter plus d’un million d’hectares d’arbres de haute qualité destinés tout spécialement au bois de marine. Et pour les forêts déjà existantes, il oblige à modifier les aménagements afin de conserver un quart de la surface de chaque forêt en haute futaie. Il fait aussi limiter le pacage (élevage des porcs) pour favoriser la régénération des chênes. Une mesure certainement très impopulaire à l’époque. Il faut dire que notre bon Colbert était plutôt de nature inquiète et si l’on apprécie ces belles futaies de chêne aujourd’hui, c’est uniquement parce qu’il craignait que la France manque de bois de marine en l’an 2000 ! Mais la Forêt de Tronçais est particulière et se distinguait des autres forêts royales. La qualité de ses bois est tellement exceptionnelle, que ses plus beaux chênes n’étaient pas destinés à la marine mais à la confection de tonneaux pour le Cognac et le Bordeaux. Eh oui, c’est surement bien là le problème du royaume de France : pensez d’abord à faire du bon vin avant de faire des navires de guerre. C’est sûr que les anglais ne devaient pas avoir ce genre de soucis…

Mais revenons à notre beau chêne, un fringant trentenaire. Les forestiers, incrédules à l’époque, doivent suivre l’Ordonnance royale de Colbert. Entre 1672 et 1735, ils pratiquent alors plusieurs coupes successives avec pour objectif de ne conserver qu’une vingtaine d’arbres d’élite.
Vers 1750, il est centenaire et il se destine à un bel avenir… pour la flotte française. Mais voilà qu’un autre danger le guette. A cette époque, les célèbres forges de Tronçais ont un énorme besoin en bois et finalement il pourrait bien finir comme carburant ! Mais en 1779, une réserve forestière de 3 600 hectares est créée et limite l’exploitation pour alimenter les forges.
En 1943, il est tri-centanaire et la chance lui sourit encore puisque cette fois-ci la parcelle où il se trouve est classée en Réserve Artistique. Seuls les chablis et les arbres dépérissants seront exploités. Puis en 1976, un périmètre de 13 hectares délimite les contours de la Réserve Biologique Domaniale. Le voici désormais à l’abri de toute intervention humaine.
Mais pourquoi ce chêne a suscité autant d’admiration chez les forestiers ?

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chene-resistance-tronçais04C’est tout d’abord sa taille exceptionnelle qui a provoqué l’émerveillement.
Ce n’était pourtant pas le plus gros, mais il atteignait la hauteur hallucinante de 40m ! Du jamais vu pour un chêne sessile… Il devient alors une célébrité. Tous ceux qui travaillent en forêt le connaisse. On se presse pour venir admirer le « Chêne des Quarante mètres« .
Quelques années plus tard en 1940, le Maréchal Pétain est en visite dans la région. Le Chef de l’Etat est très impressionné par ce chêne magnifiquement élagué et au fût s’élançant si haut qu’il est difficile d’en apercevoir la cime. En son honneur, le chêne est baptisé « Chêne Maréchal Pétain« .
Mais ce nouveau nom ne plait pas à tout le monde et clandestinement, il sera rebaptisé « Chêne Gabriel Péri« .
Une situation ambigüe qui ne prendra fin qu’en 1982 lorsqu’il sera baptisé officiellement « Chêne de la Résistance« .

Aujourd’hui, notre beau chêne de la Résistance, âgé de plus de 350 ans, est à bout de souffle. Son faible houppier lui permet difficilement de pomper toute l’eau qui lui est nécessaire et les premiers signes de dépérissement sont apparus à la cime.
Heureusement que sa position dans la Réserve Biologique lui permettra de finir sa vie en toute quiétude et de continuer à faire l’admiration des visiteurs.
Ses dimensions en juillet 2015 étaient :
Circonférences à 1,3m = 3,89m (annoncé à 3,70m en 2001) et à 1,5m = 3,85m. On est loin des 6,60m du chêne de La Sentinelle, le plus vieil arbre de Tronçais.
Hauteur mesurée au dendromètre électronique = 40m jusqu’à la cime sèche. Un panneau annonce à proximité une hauteur de 41m. Ce qui reste un record pour un chêne. Le splendide chêne Stebbing II dans la parcelle voisine culmine à 38m.
Cependant, dans cette forêt relique largement inventoriée et mesurée sous tous les angles depuis des années, d’autres chênes ont atteint la barre des 40m. La hauteur maximale a même été mesurée à 43m.

Coordonnées géographiques : N 46,65267° E 2,71529° – Altitude 252m (et non pas 368m comme annoncé sur le point côté de la carte IGN… une telle erreur est rarissime sur les cartes Topo !).


Mise à jour  Septembre 2017 : Joël nous fait suivre un article du journal La Tribune Républicaine du 9 novembre 1940, relatant la cérémonie émouvante de nomination du chêne en présence du Maréchal Pétain en personne.
Merci Joël de nous avoir fait suivre cette précieuse archive 🙂


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5 réflexions sur « Le Chêne de la Résistance en Forêt de Tronçais, Allier »

  1. Merci pour cet article !

    J’ai retrouvé dans la maison familiale une boite avec des vieux chapeaux sans intérêt, mais la protection qui entoura ces chapeaux fut tout autre chose.

    Il s’agit d’un journal « La Tribune » daté du 9 novembre 1940 avec comme article principal … Le chêne Petain.

    http://reho.st/self/b00e8854f8d0a668ff5b07a8f969a8416df60cfc.jpg

    Si vous le souhaitez, je peux vous envoyer un scan ou une photo de l’article d’ici la semaine prochaine.

  2. Effectivement, il serait intéressant de pouvoir ajouter ce vieil article de presse à la suite de cet article.
    J’ai tenté de lire le scan mis en lien mais la définition est un peu juste pour bien tout déchiffrer.
    Merci 🙂
    et bonne chance pour la suite de vos trouvailles dans votre maison familiale, il y a certainement d’autres trésors à dénicher 😉

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