Retour à Sassenage (Isère) pour un concentré d’arbres d’exception !

Dans son article de 2010, François (Krapo-Reporter) nous faisait découvrir le joyau du parc du Château de Sassenage en bordure de l’agglomération grenobloise.
Ce cèdre du Liban exceptionnel, parmi les plus majestueux du département, fascine tous les visiteurs… mais à tel point qu’il ferait presque de l’ombre à ses compagnons arboricoles dont certains méritent aussi l’appellation « Arbres remarquables ».
Partons alors à la rencontre des copains du Cèdre du Marquis de Bérenger !
C’est le chouchou du parc ! Mais pour parvenir à une telle magnificence, il ne suffit pas d’avoir des prédispositions génétiques exceptionnelles, il faut aussi toute la faveur des jardiniers… Dès son plus jeune âge, ils lui ont offert un espace infini pour qu’il s’étale à sa guise et exprime pleinement la beauté majestueuse intrinsèque à son rang d’espèce noble. Cent-cinquante ans plus tard, force est de constater que le résultat est superbement réussi ! 🙂
Pourtant à y regarder de plus près, ce n’est pas un, ni deux mais trois cèdres qui ont été plantés en 1853. Trois frères sur un même Domaine… mais qui auront chacun un destin bien différent !
L’un d’entre eux a été mortellement blessé, non pas à la guerre, mais par de fortes chutes de neige il y a une dizaine d’années. La souche, encore visible près du château, témoigne des dimensions impressionnantes qu’il avait atteintes.
Quant au troisième frère, il vit caché dans une ambiance plus forestière que champêtre. C’est l’Ermite de la famille, le Marginal qui a refusé les fastes de la noblesse du Château des Bérenger-Sassenage ! Il a dû lutter durant de nombreuses années pour s’imposer et garder à distance ses voisins, les Noyers noirs. Sa stature colossale le place  désormais parmi les 5 plus gros cèdres de l’agglomération grenobloise. Son tour de taille fait presque 6m et son houppier tabulaire plafonne à 31m au-dessus du sol.

Egalement dans l’ombre du Grand Cèdre, bien peu de visiteurs ont la chance de remarquer une espèce inattendue. Un vénérable micocoulier se cache en effet derrière un rideau de houx buissonnants. Ces dimensions sont peu courantes : environ 2,80m de circonférence et une hauteur proche des 20m. Plutôt surprenant pour une espèce méditerranéenne expatriée dans la Capitale des Alpes ! Mais ce n’est pas un record, l’inventaire en cours du bassin grenoblois a déniché deux autres magnifiques micocouliers de 3,50m de tour de taille près de l’Hôpital Nord de La Tronche.

 

 

 

De toute façon, des surprises arboricoles on en trouve partout dans le parc de ce Château… et même hors du parc! Comme cette impressionnante allée de neuf marronniers, avec une circonférence maximale de presque 4,50m. En revanche, leur état de santé est inquiétant. Malgré une taille de réduction du houppier en 2013, des signes d’affaiblissement et de dépérissement sont toujours présents et ne présagent rien de bon pour leur avenir.

Au centre de la grande prairie, fauchée tous les étés depuis des décennies, une grosse cépée mérite aussi d’être observée de plus près. Il s’agit de rejets vigoureux déjà bien âgés d’érable champêtre. L’espèce n’est pas rare et même bien acclimatée dans le bassin grenoblois, mais il est étonnant de trouver une cépée aussi imposante. A remarquer également deux petits intrus cachés parmi les tiges d’érable champêtre : un pied d’if et un sycomore.

Près du refuge du Cèdre Ermite, la partie forestière du parc, plusieurs Noyers noirs d’Amérique ont atteint de belles dimensions que ce soit en circonférence comme en hauteur : un tour de taille maximal de 3,40m et une hauteur frôlant les 40m (39m précisément pour l’un d’entre eux).

Dans le jardin anglo-chinois (fin XVIIIème), quatre majestueux platanes étalent leur vaste ramure. Ce sont les plus vieux arbres du Domaine, leur date de plantation remonterait à 1780. Le promeneur averti distinguera sans difficulté les deux espèces de platanes qui s’y côtoient : le Platane commun et le Platane d’orient.
Les deux orientalis sont spectaculaires par leur empâtement éléphantesque, dont l’un atteint 10m de circonférence à la base. Mais leur tour de taille pris à une hauteur officielle (1,30m du sol) reste plus conforme aux platanes de parc âgés de 240 ans : environ 5,50m et 6,00m, et  des hauteurs respectives de 32 et 33m. Leur état sanitaire semble excellent.

Sur la pelouse à l’arrière du château, le secteur le plus ancien du jardin, un spectacle rare mérite d’être admiré : deux Platanes communs se font face et rivalisent de beauté et de gigantisme.  C’est le combat des Titans : 44m de hauteur pour une circonférence de 6,06m face à 46,5m pour un tour de taille de 6,31m !
Mais sont-ils pour autant les plus hauts arbres de l’agglomération grenobloise ? Suspens… la réponse dans quelques jours lorsque les résultats de l’inventaire seront enfin dévoilés ! 😉


Le Château, le parc et ses alentours sont inclus dans un périmètre de protection classé comme Monument historique depuis 1942.
Avec le soutien de la Fondation de France, le Parc du Château de Sassenage entre dans sa deuxième phase de restauration depuis cet automne : protection des grands arbres, remise en eau du jardin anglo-chinois, restauration de l’ile de la rivière anglaise, replantation d’une centaine d’arbres et de 1 500 plantes dans les massifs. Les travaux devraient durer jusqu’au printemps suivant, rendant impossible l’accès au parc pour les visiteurs.


Pour ne pas surcharger cet article, les curieux pourront lire l’historique très complet présenté sur ces quelques panneaux lors des dernières journées européennes du patrimoine en septembre 2018 :


Attention, le parc est souvent fermé les samedis pour cause de mariages.

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13 réflexions au sujet de « Retour à Sassenage (Isère) pour un concentré d’arbres d’exception ! »

  1. Je me permets de faire une remarque à propos des marronniers « qui continuent à dépérir malgré une réduction de couronne »…..depuis quand les réductions de couronne auraient la vertu de sauver des arbres ? Et ne serait-ce pas ces mêmes réductions de couronne qui accentueraient la senescence ? La question est pendante.

  2. ouah encore un très bel article bien documenté et quelle belle lumière pour les photos (j’adore les petits lutins espiègles 😉 )

    dommage que Sassenage soit si loin de ma garrigue, je suis bien certaine que j’y aurais trouvé un sérieux concurrent à mon coup de foudre pour le chêne des Canaries d’Anduze 😉

    Souhaitons que lors de la restauration des lieux les castors n’aient pas les dents trop longues (et trop lourdes) à l’encontre de tous ces vénérables représentants arboricoles des siècles passés… 😉

  3. Bonjour Castor masqué,
    Une belle brochette d’arbres remarquables ! Je rejoins Pat, la lumière sur le platane est dingue !
    Par contre, je ne pensais pas qu’un micocoulier de 2m80 de circ était remarquable. En même temps je ne me suis jamais posé la question…il faudra donc que je mesure celui en face de chez moi car il doit frôler les 3m lui aussi !
    Merci pour cette découverte !

  4. Merci pour vos commentaires et j’espère vous avoir donné envi de venir découvrir l’un des plus beaux parcs arborés de la cuvette grenobloise… lorsque les travaux seront finis 🙂

    @ Louis : très bonne remarque, sans être spécialiste des « soins aux arbres » effectivement une taille de houppier n’est peut-être pas le remède absolu à un dépérissement… je laisse la parole aux spécialistes qui pourront mieux argumenter sur les remèdes à apporter, si toutefois on en sait un peu plus sur le mal qui ronge cette magnifique allée de Marronniers (sans équivalent dans la Capitale des Alpes)

    @ Pat’ : pas facile de rivaliser avec le chêne des canaries du jardin public d’Anduze 🙂 tu mets la barre très haute mais je t’assure que tu auras l’effet « Wouaaa » à plusieurs reprises si tu as l’occasion de passer à Grenoble !
    Pour les castors, figure toi que l’on en a qui font des dégâts sur les berges de l’Isère… il ne manque pas grand chose pour les retrouver dans le parc suite aux travaux de remise en eau… il faudrait juste qu’ils traversent la rocade et l’autoroute pour venir squatter dans le parc… et avec l’aide du Castor masqué tout est possible 😉

    @ Adrien : le micocoulier n’est pas rare dans les parcs de Grenoble, il semble bien si plaire, mais il reste malgré tout une essence exotique à cette latitude si « nordique ». On peut faire la même remarque avec les Arbres de Judée présents à Grenoble. C’est sûr que dans sa région méditerranéenne, je n’enregistre pas de micocouliers comme arbre remarquable s’ils ne franchissent pas la barre des 4m de tour, mais ici c’est exceptionnel d’en avoir de plus de 3m.
    Celui du Parc de Sassenage est le 3ème plus gros micocoulier relevé dans l’inventaire de l’agglomération. Il serait intéressant de savoir comment se comporte cette espèce dans ta région du Limousin (région bénie des Dieux pour les Séquoias 😉 ).

    • J’ai entendu parler de la mineuse pour le dépérissement des marronniers ?
      Oui en effet il faut prendre les arbres dans leur contexte et du coup, un micocoulier dans le limousin ne se plaira peut-être pas vu le temps humide =/
      Quoique les cèdres, pourtant originaires de régions sèches ont l’air de s’y plaire. Dans la commune de Malemort-sur-Corrèze, il en existerai un de plus de 10 mètres de circonférence !

  5. Bonjour Castor Masqué,

    J’ai une question.
    En recensement dans la Vienne, j’ai eu la chance de rencontrer hier 3 beaux platanes dans le parc d’un château (moins grands que ceux présentés sur l’article) et je voulais savoir comment tu arrivais à différencier les sous-espèces « orientalis » et « commun » ?
    Merci d’avance =)

    • heu je mets mon grain de sel qui ne servira pas à grand chose mais ce n’est pas une histoire de feuilles ?
      Bien plus découpées sur le platane d’orient que sur nos platanes communs ?
      Bon en même temps en cette saison les feuilles… 😉 (se ramassent à la pelle. Par terre).

      • Son écorce est aussi assez différente du platane commun et les vieux sujets ont souvent une base du tronc assez renflée, caractéristique de l’espèce.
        Orientalis est plutôt rare, on ne le trouve généralement que dans les grands domaines privés (parcs de chateaux…) ou récupérés par la mairie lorsque cette dernière s’est installé dans l’ancien château de la commune.

        Concernant le micocoulier de Sassenage, je me suis peut-être un peu trop emballé… Il est certes remarquable pour la région, mais n’est tout de même pas exceptionnel. En regardant en détail l’inventaire du bassin grenoblois, il ne prend que la 5ème place des plus gros micocouliers recensés.

  6. Belle brochette, servie avec une belle lumière!

    Concernant la réduction des marronniers et des arbres en général, cela ne leur est généralement pas bénéfique du fait de la perte de surface foliaire et de réserves et aussi des plaies occasionnées par les coupes importantes, qui sont des portes d’entrées pour les pathogènes. De plus l’arbre puise dans ses réserve pour compartimenter et produire du bois pour recouvrir les plaies.
    Elles peut avoir son intérêt en dernier recours, lorsque que la résistance mécanique est faible et que le risque de rupture ou de chute de l’arbre est important.
    Mais dans ce cas cela n’a pas un effet bénéfique sur la vitalité de l’arbre, on n’agit que sur la statique.
    Cette pratique n’est a mettre en œuvre que dans des cas bien précis et quand d’autres alternatives (étayage, périmètre de sécurité…) ne sont pas envisageables. Nombre des arbres les plus anciens présentés ici ou subit des réductions, par la main de l’homme ou naturellement (décente de cime, rupture par le vent…).
    Je précise que dans le monde des élagueurs et des experts, cela est un sujet controversé!

    • Merci Yannick pour ces précisions de spécialiste. J’imagine que le débat sur les bienfaits de la taille des vieux arbres doit animer les discussions entre élagueurs 🙂
      J’espère alors que cette taille n’aura pas accéléré le dépérissement de cette magnifique allée de Marronniers.

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