Portrait de trois Hêtres isolés sur le plateau ardéchois

Au-dessus de la châtaigneraie ardéchoise s’étend un vaste plateau à 1300 – 1400 m d’altitude.

Un endroit balayé par les vents et très peu arboré. Le royaume des vaches où la race Aubrac y règne sans partage.

Sur ces vastes étendues, seuls le Mont Gerbier de Jonc et le Mézenc servent de repères aux pèlerins de passage. Mais quelques gros hêtres vénérables torturés par les vents violents et les hivers rudes subsistent aussi dans cet environnement sauvage.

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Sur la commune de Ste Eulalie, à la Grange de Bèque, un gros hêtre isolé projette son ombre sur une pâture sans fin. Le vent d’ouest a déformé sa silhouette en lui donnant une forme caractéristique en drapeau.
Ses dimensions n’atteignent pas des records mais restent tout de même honorable pour cette espèce dans un environnement aussi rude.
Circonférence à 1,3m en septembre 2014 : 4,15m
Hauteur mesurée au dendromètre électronique : 16m
Son état sanitaire semble excellent mais la proximité des troupeaux de vaches risquerait de lui être préjudiciable si ces bêtes à cornes continuent à se frotter à son écorce.
Coordonnées géographiques : 44,78790°N 004,16219°E – Altitude 1300 m

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Sur la commune de St Cirgues-en-montagne :

Au-dessus de la ferme de Morin, un vieux hêtre accroché à flanc de colline domine le plateau.
Son houppier est fortement déséquilibré et certaines parties commencent à sécher.
Ses dimensions impressionnantes font de lui un véritable repère dans le paysage :
Circonférence à 1,3m en septembre 2014 : 5,70m
Hauteur mesurée au dendromètre électronique : 24m
La présence de carpophores à l’insertion des fourches est le signe d’un état sanitaire préoccupant.
On remarque aussi la présence de traces de feu à son pied, ce qui n’a pas du arranger son état de santé. Cette mauvaise habitude de vouloir faire du feu au pied des gros arbres est bien tenace même dans ce coin de campagne… Grrrr !
Coordonnées géographiques : 44,74402°N 004,13036°E – Altitude 1250 m

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En contre-bas, à la ferme de Lalligier, un gros hêtre se fait plus discret en bordure de champs.
Circonférence à 1,3m au plus étroit en septembre 2014 : 5,10m
Hauteur mesurée au dendromètre électronique : 16m
Son état de santé est le plus préoccupant des trois. Son tronc bosselé présente une grosse cavité à 2m de hauteur. Pour le moment, son houppier vigoureux ne semble pas affecté par cette faiblesse.
Coordonnées géographiques : 44,74236°N 004,12302°E – Altitude 1150 m

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Il est difficile de donner un âge à ces vieux hêtres. Malgré qu’ils aient poussé en croissance libre, les conditions climatiques sont tellement rudes que leur période de végétation doit certainement être bien courte dans l’année.
De toute évidence, ils sont multi-centenaires (200, 300 ans ou plus ?) et font parti intégrante du paysage du plateau ardéchois.

 

 

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5 réflexions sur « Portrait de trois Hêtres isolés sur le plateau ardéchois »

  1. Magnifique trio! Le premier est particulièrement photogénique au milieu de sa plaine.
    L’anémomorphisme donne toujours un charme particulier aux arbres montagnards, j’avais fait un article chez krapo sur des spécimens corses ou le phénomène était poussé à l’extrême :
    http://krapooarboricole.wordpress.com/2011/11/06/les-hetres-du-col-de-saint-pierre-haute-corse/

    Comment as-tu fait pour repérer ces arbres, ils ont l’air particulièrement isolé!? Ne seraient-ce pas des reliques d’avant le défrichement de ces zones?

  2. Ces hêtres corses sont extras ! comme tu dis, l’effet du vent est poussé à l’extrême… Un peu plus et ensuite c’est la chute !

    Pour ce qui est de l’origine des hêtres isolés du plateau ardéchois (on retrouve le même phénomène en Aubrac et surement dans d’autres coins du Massif Central), je me suis posé la même question que toi.
    Je ne pense pas que ce soit des reliques d’avant le défrichement. Tout d’abord parce qu’ils n’ont pas une forme forestière, leur houppier semble s’être développé sans trop de concurrence. Et depuis le XIXème siècle, la tendance est au reboisement et non au défrichement.
    Il y a très peu de chance pour que ce soit également des arbres issus de plantation ou de semis naturels. Le Hêtre (tout comme le chêne) a d’énormes difficultés à pousser en plein découvert, hors d’une ambiance forestière. Il souffrira de plagiotropisme et prendra une allure rampante. Ce qui n’est pas le cas du frêne, véritable ‘peste végétale’, qui envahie spontanément les prés humides de nombreuses zones de moyenne montagne (alpes du nord…).
    Je pense plutôt que ces arbres faisaient parti de haies servant à délimiter les parcelles agricoles. Les réaménagements parcellaires ont supprimé beaucoup de haies, certains arbres se sont retrouvés isolés et ont continué à pousser en croissance libre.
    Ce n’est qu’une hypothèse, la vérité est peut-être ailleurs, lol !!!

  3. Très intéressant !
    Ils sont superbes et ces témoins des éléments sont de vrais repères dans ces plaines venteuses !
    Il parait (et c’est même sûr car j’en ai vu un en photo) qu’il y a également des arbres ainsi taillés par le vent sur les côtes normandes !
    Sur le bord des falaises et à 50 / 75 / 100m du niveau de la mer, je vous explique pas les bourrasques…
    A découvrir donc un jour, de vieux normands décoiffés 🙂

  4. Intéressantes découvertes !

    L’hypothèse d’anciens sujets de haies semble pertinente et le côté arbre de repère peut aussi être mis en avant, car dans ces vastes étendues, on gardait de tant à autre un spécimen pour pouvoir les distinguer au loin.

    Pour le 2e individu, je pense qu’il s’agit en fait d’un multi-troncs et même une circonférence prise en base ne pourrait valider la mesure. Mais le 3e qui semble véritable garde tout de même un beau tour.

  5. Bonjour Sisley, je suis ravi que ces hêtres ardéchois te plaisent.
    Pour le second hêtre, il s’agit bien d’un double pied (soit fourche basse, soit 2 pieds jumeaux ayant fusionné avec le temps).
    Même si la valeur de la circonférence s’en trouve faussée, ce hêtre reste vraiment le plus impressionnant du trio.

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