Merveilles végétales du Parc de la Tête d’Or à Lyon

1857, New-York crée son célèbre Central Park.
La même année, Lyon offre à ses habitants un véritable poumon vert au cœur de sa ville.
Bien plus qu’un simple parc, celui de la Tête d’Or est une véritable institution pour les Lyonnais.
Plus de 3 millions de visiteurs par an et jusqu’à 65 000 les jours d’affluence !
Des chiffres qui donnent le vertige… mais avec ses 117 hectares, chacun peut y trouver son bonheur : activités sportives, visite du zoo, des serres tropicales, du jardin botanique, ou simple pique-nique en famille et flânerie dans les allées du parc… Les Lyonnais ont toujours une bonne raison d’aller y passer un moment.

On y trouve le végétal dans tous ses états…
De quoi faire tourner la tête à un ‘Têtard-Reporter’ !

parc-tete-d-or-aout12-3

 De nombreux livres ont été consacrés au Parc de la Tête d’Or.
Voilà un véritable challenge : résumer en un petit article un si vaste espace d’une telle diversité!
Le parc compte plus de 8 800 arbres, répartis pour 1/3 de résineux et 2/3 de feuillus (comme la répartition de la forêt française !).
Tous les arbres sont inventoriés et identifiés par une petite plaquette numérotée et apposée sur leur tronc. De nombreuses espèces sont rares et certains arbres vraiment remarquables (n’oublions pas que le parc a 150 ans !).
Pour valoriser ce patrimoine exceptionnel, un guide-promenade des arbres remarquables a été spécialement édité (disponible à l’accueil du parc). Malheureusement je n’ai pas pu me le procurer, il ne semble pas aussi facilement disponible…
Un itinéraire a été également tracé dans le parc pour découvrir les arbres sous la forme d’un tour du monde des écorces. Vraiment sympa à suivre, certaines écorces sont fascinantes.
Les activités et les animations autour du monde végétal ne manquent pas… Ce parc est du telle richesse !

Parmi les nombreux arbres spectaculaires, deux ont retenu tout particulièrement mon attention.

Le premier est un extraordinaire Oranger des Osages (Maclura pomifera) plus que centenaire et aux dimensions rarissimes.
Circonférence à 1,3m en octobre 2014 = 3,70m 
Une hauteur assez faible non mesurée mais estimée à 12m.
Coordonnées géographiques : 45,77389°N 004,85610°E – Altitude 165m
Son tronc bosselé et creusé sur 2 m de hauteur lui donne un aspect vénérable. C’est une espèce assez fréquente comme arbre d’ornement dans les parcs mais je n’en avais jamais rencontré d’aussi vieux. Une pancarte à son pied le signale aux promeneurs, mais elle reste flou sur son âge réel (juste qu’il serait plus que centenaire).
Ce maclure épineux reste à mes yeux l’arbre le plus extraordinaire du Parc. D’autant que des histoires fascinantes sont liées à cette espèce américaine. Un petit arbre qui passe inaperçu la majorité de l’année, jusqu’à sa fructification étonnante. Des fruits de la taille d’une orange (mais non comestibles) qui surprennent les badauds.

oranger-osages-lyon1La découverte de l’Oranger des Osages, puis son introduction en Europe, sont liées à la conquête du Nouveau Monde. Son histoire étonnante est racontée en détail ici.
Les Osages constituent une tribu indienne du sud du Mississippi. Ce petit arbuste fréquent sur leur territoire était utilisé pour le suc blanc extrait à la base des feuilles et dans les fruits pour réaliser les peintures de guerre et teindre les vêtements. Le bois de cet arbuste était aussi très recherché car il avait la réputation de faire un excellent bois d’arc pour chasser à pied et à cheval. Mais son introduction en Europe (1823) et son implantation massive dans le sud-est avaient une tout autre vocation (deux pieds datant de 1832 seraient encore présents dans le Jardin botanique de Montpellier… Info à vérifier !) . Étant proche de la famille du mûrier, ses feuilles pouvaient convenir aux élevages de vers à soie (sériciculture) installés dans les Cévennes et la basse vallée du Rhône en remplacement de celles du mûrier blanc traditionnellement utilisées. Je ne sais pas pour quelles raisons, mais ces plantations n’ont pas eu le succès escompté et finalement l’espèce n’a été plantée que pour ces qualités esthétiques comme arbre d’ornement.
Une autre particularité ajoute une part de mystère à cette espèce. Il s’agit de son mode de reproduction. Son fruit n’est consommé par aucuns animaux de son biotope, une chose étonnante pour un si gros fruit… Une hypothèse a donc été avancée : « L’hypothèse a été émise récemment que ses fruits étaient autrefois consommés par le Megatherium, éteint peu après les premiers peuplements humains sur le nouveau monde. Les chevaux, qui existaient en Amérique du Nord mais avaient disparu avant l’arrivée des Européens, peuvent les consommer. » (source Wikipedia).
Pas de soucis, en matière de reproduction la nature a un potentiel d’imagination énorme et le maclure épineux a su s’adapter pour sauver son espèce ! Il a choisi la reproduction végétative pour assurer sa descendance. Les branches basses vont avoir tendance à pencher vers le bas à tel point qu’elles vont se rompre et pourront se multiplier au sol par simple bouturage.

Une autre espèce a attiré également mon attention.
Il s’agit d’un magnifique Cyprès chauve dont le tronc est cannelé à l’extrême. Ce qui complique un peu la mesure de sa circonférence.
Circonférence à 1,3m en octobre 2014 = 5,45m et une hauteur mesurée au dendromètre électronique de 30,5m.
Coordonnées géographiques : 45,77565°N 004,85502°E – Altitude 165m
En très bon état sanitaire, on remarque avec plaisir une petite colonie de pneumatophores, des racines aériennes permettant de respirer dans les milieux humides (une fabuleuse adaptation héritée de sa Louisiane d’origine pour survivre dans les marécages).

cypres-chauve-lyon1cypres-chauve-lyon2

cypres-chauve-lyon6cypres-chauve-lyon7

D’autres arbres mériteraient que l’on s’y attarde. De vieux cèdres du Liban étalent leurs longues branches jusque sur les pelouses. Certains platanes atteindraient les 40m de haut. D’autres cyprès chauve le long d’un ruisseau près du zoo culminent aussi à des hauteurs hallucinantes.
Parmi les espèces moins courantes, j’ai bien apprécié :
– Un bel Érable de Cappadoce (Acer cappadocicum ou érable de Colchide) avec une  circonférence à 1,3m de 3,20m et une hauteur mesurée au dendromètre électronique de 26m.
Coordonnées géographiques : 45,77403°N 004,85562°E – Altitude 165m
– Un énorme Chêne à gros fruits (Quercus macrocarpa originaire d’Amérique du Nord) affiche une  circonférence à 1,3m de 4,40m, sa hauteur n’a pas été mesurée.
Coordonnées géographiques : 45,77512°N 004,85806°E – Altitude 165m

Mais le monde végétal ne se limite pas aux arbres et aux grandes pelouses…
Voici un petit tour d’horizon très rapide des autres merveilles à découvrir au Parc.
Outre le jardin botanique, le jardin alpin et les roseraies, plusieurs serres méritent d’être visitées.
Des bâtiments remarquables associant le fer et le verre depuis 1880.
La grande serre regroupe les espèces tropicales de grandes tailles.

serre-lyon07serre-lyon06

Une serre hollandaise avec des fabuleuses plantes carnivores, des fougères et orchidées, mais aussi une serre aquarium avec de gigantesques nénuphars dont les Victoria cruziana d’Amazonie d’1,5m de diamètre !

serre-lyon02parc-tete-d-or-aout12-4

Mais aussi des serres chaudes pour les collections de cactées et autres succulentes.
J’en profite pour faire un petit rappel car c’est un sujet qui me passionne, les cactées ne sont originaires que du continent américain tandis que les plantes grasses se trouvent sur tous les continents. On ne peut rester qu’admiratif devant ce magnifique Uncarina grandidieri en pleine floraison (photo de droite) originaire de Madagascar. Un petit arbre à caudex (renflé à la base pour lutter contre la sécheresse, comme le baobab) pouvant atteindre les 200 ans sur son île de Madagascar, mais beaucoup moins en serre…
serre-lyon05serre-uncarina-grandidieri-lyon03

Vous l’aurez compris, à Lyon, « le bonheur est dans le Parc » !

Si les Lyonnais disposent aujourd’hui d’un tel havre de paix et de verdure, c’est aussi parce que le parc a connu un événement  historique… qui aura une terrible répercussion sur les automobilistes du monde entier.
Le parc de la tête d’or était ouvert à l’origine à la circulation automobile. Mais très vite, les chauffeurs ont eu tendance à prendre de mauvaises habitudes et le non-respect des règles de conduites avait pour conséquence de fréquents accidents. Dès 1891, les dirigeants du parc ont eu l’idée « géniale » de numéroter les voitures afin d’identifier celles dont la conduite était jugée trop dangereuse. Le premier système d’immatriculation du monde était né…
Cent ans plus tard, les voitures sont strictement interdites dans l’enceinte du parc.
En revanche, tous les arbres portent un numéro d’immatriculation apposé sur leur tronc.
Décidément, c’est une habitude tenace chez les Lyonnais !
Espérons que l’on ne va pas accuser ces pauvres ligneux d’agression envers les visiteurs… et les menacer d’exclusion en cas de mauvais comportement.

Share Button

14 réflexions sur « Merveilles végétales du Parc de la Tête d’Or à Lyon »

  1. Un parc magnifique qui donne envie de se rendre à Lyon.
    Ayant visité celui de Montpellier, je confirme qu’il n’y reste plus qu’un seul oranger, mais qui est fantastique. Je n’ai pas encore pris le temps de le présenter ici mais j’y pense.
    Le tronc de ce cyprès chauve est vraiment incroyable. Je suis toujours surpris pas la beauté de cette essence quand je la rencontre dans nos parcs et que je la compare avec les images des ces arbres « déplumés » que l’on peut voir dans leur milieu naturel des bayous de Louisiane.

  2. Salut Y@nick, oui le parc de la tête est un super endroit où flâner, c’est tellement immense qu’une journée ne suffit pas pour bien l’apprécier.

    Concernant, le jardin botanique de montpellier (c’est chez moi, je suis un castor sudiste expatrié dans les alpes, lol) j’ai des doutes que l’oranger des osages ait presque 200 ans… mais pourquoi pas, ça pousse tellement lentement à montpeul’ qu’il est bien difficile de se baser sur la taille des arbres pour en déduire leur âge, les repères sont tous faussés (le meilleur exemple est le vénérable ginkgo qui a pourtant des dimensions très modestes…). Dès que j’ai l’occasion d’y repasser je relève les dimensions du célèbre Phillyrea (la boite aux lettres des amoureux) et celui du gros micocoulier (celui à l’entrée à côté de la croix rouge) pour un petit article sur les têtards. J’ai vu que tu avais déjà écris sur quelques arbres du secteur, il y a du potentiel encore dans notre capital languedocienne !

  3. J’ai les dimensions du philaria et du micocoulier, il y a juste celles des cèdres du tassili que j’ai loupé. Mais bon là aussi il faut plus d’une journée pour bien en faire le tour et sur le coup j’avais complétement oublié l’existence de ces cèdres à Montpellier. Peut-être que je suis passé juste à côté sans y prêter attention.

  4. j’ai la haine car je n’ai aucune mesure sur les arbres du jardin des plantes de MTP… et pourtant j’y allais souvent… C’est tout récent et à cause des Têtards arboricoles que j’ai toujours un mètre ruban dans le sac à dos ! Je vais porter plainte et faire un procès à Yannick, c’est de sa faute, lol !!! 😉

    • J’ai aussi un peu la haine car j’y ai fait toute une série de photo en restant sur une mauvaise balance des blancs après avoir fait des photos de nuit la veille. Résultat tout est un peu bleuté et la correction n’est pas terrible. On porte chacun sa croix ! 😉

  5. C’est génial Y@nick, tu as les mesures et moi les photos ! On va faire un super article ensemble ! Faudra juste trouver un nouveau pseudo… Heuuuu, « Castor du Poitou », ça te va ?
    😉

    • Ok c’est cool on peut faire ça à 2, je te recontacte plus tard. Pas trop de castor dans le Poitou, je sais qu’ils sont réapparus dans quelques de petits cours d’eau du département. Je crois que la loutre est plus présente, surtout côté marais Poitevin.

  6. Bonjour Seb,
    je ne me souviens pas de l’Araucaria, peut-être qu’il était dans les parterres de cactus mais je n’en suis pas sûr.
    C’est une espèce remarquable mais celui du Parc de la Tête d’or ne m’a pas fait flasher…

  7. Coucou moi aussi je suis du Sµd (enfin je crois que c’est le Sud parce qu’il y pleut tellement depuis 3 mois qu’on commence à avoir de sérieux doutes !) Pour en revenir à l’oranger des Osages j’en connais un dans mon coin (entre Nîmes et Alès) à l’état sauvage et de 3,30 m de circonférence 😉 Il doit avoir une bonne centaine d’années mais j’ai pas le droit de vous dire où il se trouve exactement. Ordre du grand chef arboricole de notre quartier j’ai nommé : Yves Maccagno. Si le sujet vous intéresse j’ai un lien vers un petit article paru sur un ancien blog à moi mais je ne sais pas comment vous le faire passer 🙁
    Je ne vois cet article qu’aujourd’hui parce que depuis le 16 octobre j’étais coincée sur la reconnaissance officielle des arbres remarquables de France… et que je n’ai pas eu l’idée (l’humidité dans les neurones sûrement !!) de faire descendre l’écran 🙁

    • Mince alors! Je remet l’article à sa date d’origine pour éviter ce genre de mésaventures! Autrement tu peux toujours t’inscrire pour recevoir les notifications par mail…
      Pour le lien tu peux simplement faire un copier coller dans le commentaire, je serais curieux de voir cet oranger même s’il doit rester anonyme, on a déjà quelques arbres dont nous n’avons pas donné la localisation.

  8. voici le lien vers l’oranger des Osages gardois :
    http://aupieddelatour.midiblogs.com/archive/2011/09/24/l.html
    si vous voulez un gros plan sur les fruits il faut cliquer sur la note précédente (en haut à gauche de « page d’accueil ».)
    Il n’y a pas de photos « en pied » parce qu’il n’y a pas de possibilité de prendre du recul là où il est situé.
    Depuis 2011 le « bouquet des trois rejetons » qui poussaient en arrière du pied principal est passé à la tronçonneuse, la « parcelle » voisine ayant été défrichée…

    Et pour l’article statique c’est moi qui n’ai pas su voir plus loin que le bout de mon nez, et pourtant j’y passe tous les jours chez les têtards arboricoles, j’aurais dû voir que les commentaires changeaient eux !!!

  9. Merci Patb pour le partage, c’est un magnifique oranger des osages semi-sauvage. C’est vrai que cette forme un peu rampante semble être une habitude de cette espèce (c’est un moyen de se reproduire végétativement par marcottage ou bouturage).
    Le micocoulier est sympa aussi. J’en avais vu un autre magnifique dans le Gard au Mas de Broussan (la ferme horticole que l’on voit depuis l’autoroute entre Nîmes et Arles). Je l’avais mesuré à 4,95m au printemps dernier. Un article avait été fait à son sujet sur le krapo :
    http://krapooarboricole.wordpress.com/2010/02/11/micocoulier-bellegarde-gard/

    Je suis passé justement par Montpellier cette semaine, j’étais bien décidé à retourner voir l’oranger des osages du jardin des plantes mais malheureusement il était fermé pour cause d’intempéries (enfin, plutôt pour cause de déluge !!!). Ce sera pour une prochaine fois. Mais Y@nick avait eu l’occasion de prendre ses mesures il y a quelques années.

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.