Le chêne porte-gui de Limonest, Rhône

Une minuscule petite route de campagne s’éloigne de la tonitruante métropole lyonnaise en serpentant à travers les collines du Mont-d’Or.
Un petit coin de paradis ?
Non, pas du tout ! Un petit coin de campagne somme toute assez ordinaire, avec son pré accueillant quelques chevaux et son chemin vicinal bordé de quelques beaux chênes.
Pourtant, j’étais tellement impatient de me rendre ici que je suis arrivé avant le lever du soleil…
Et je suis resté immobile un long moment devant une curiosité de la nature, un phénomène tellement rare. J’avais sous les yeux un chêne avec du gui !
A peine quelques dizaines de chênes ont cette particularité en France. La probabilité pour qu’un chêne contienne du gui est inférieure à 1 pour 1 million…

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Perdu dans mes pensées, je n’ai pas entendu approcher un autre visiteur. L’appareil photo autour du cou, il est venu retenter sa chance pour quelques clichés par cette belle matinée. Il m’explique que l’arbre appartient à l’un de ses amis et qu’ils ont récemment fait une demande de labellisation par l’association ARBRES (septembre 2013). Une petite pancarte au pied de l’arbre atteste bien de cette prestigieuse reconnaissance.
Ce chêne porte-gui n’est pas colossale, mais ses dimensions sont tout à fait respectables : une circonférence à 1,3m en mars 2015 de 3,60m et une hauteur mesurée au dendromètre Suunto de 17,5m. Son âge est estimé à 250 ans.
Voilà un chêne en pleine force de l’âge !
Coordonnées géographiques : sur demande par mail.
Le nombre de boules de gui est incroyable. La plante a totalement envahi l’immense houppier du gros chêne. Mais étonnamment, aucun des autres chênes le long de cette route n’a cette particularité. Nous avons bien affaire à un phénomène extrêmement rare.
Le gui n’est pas un simple parasite, il est en parti autonome et peut vivre jusqu’à 30 ans !
Si ce chêne fait l’admiration des amoureux de la nature, il représente également un véritable garde-manger pour les oiseaux en cette fin d’hiver. Le boucan est infernal et le va et vient incessant. J’ai l’impression d’être dans une volière. Si la grive et la fauvette sont réputées pour faciliter la dispersion des graines de gui, bien d’autres espèces (mésange charbonnière…) profitent aussi de cette abondante nourriture. Le rôle écologique de ce chêne est incontestable sur cette petite route de campagne !
L’état sanitaire du chêne est excellent, aucun signe de faiblesse n’apparait. Le gui ne représente pas un danger pour le chêne, alors qu’il peut l’être pour le peuplier et le pommier. Toutefois, la présence des chevaux à proximité ont entrainé quelques frottements inquiétants sur l’écorce au pied de l’arbre…chene-porte-gui-limonest12

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Pourquoi est-il si rare de trouver du gui dans un chêne ?

« Le chêne opposerait une barrière chimique empêchant la pénétration du gui dans le rameau. Il ne peut se développer que sur des chênes ayant une déficience génétique, ce qui explique sa rareté. » Wikipedia

Pourquoi nos ancêtres les Gaulois vouaient-ils un culte aux chênes porte-gui ?

Ce n’est pas tant la rareté qui lui a donné toute son importance dans la culture Celte, c’est surtout le côté symbolique des deux plantes associées.
En fait, le gui était déjà considérée comme une plante sacrée pour ses vertus médicinales (voir miraculeuses). Cette plante était associée à la lune. Alors lorsqu’il se trouvait sur le chêne rouvre, l’arbre du soleil symbole de force et de lumière, son pouvoir magique était décuplé !
Les chênes à gui avaient même une telle importance dans la culture celte, que Jules César durant la guerre des Gaules voulaient abattre tous ces arbres sacrés afin de réduire le pouvoir des druides et soumettre plus facilement le peuple gaulois.
Le gui entrait dans une multitude de préparations dont seuls les druides avaient le secret. Sa principale utilisation était de rendre la fertilité aux animaux stériles. Mais il était aussi utilisé comme remède contre les poisons et avait le pouvoir de chasser les mauvais esprits.
La cérémonie de la cueillette du gui suivait un plan très ordonné. Elle devait se faire le 6ème jour de la lune suivant le solstice d’hiver (donc entre Noël et le Jour de l’An). Le druide, tout de blanc vêtu, coupe le gui avec une serpe en or et le récupère sur un drap en lin blanc. Si le gui touche le sol, son pouvoir est perdu. Puis deux taureaux blancs reliés par les cornes sont sacrifiés au pied du chêne. Il s’en suit ensuite un festin à la gauloise (surement à l’image des albums d’Astérix) !
L’usage du gui a évolué au cours du temps. Au Moyen-Age il était sensé guérir l’épilepsie. Et de nos jours il est utilisé pour réguler la tension et contre l’hypertonie. Mais attention, une grande partie de la plante est toxique (surtout les feuilles).

A lire ou relire, l’article très complet sur le gui du krapoarboricole : ici.
Egalement deux numéros de la Hulotte très riches en informations : numéros 48 et 49.

Je n’avais jamais rencontré de chênes guités mais il existe encore plus rare…
Le gui de l’orme… et sur le hêtre, il ne serait qu’une légende jamais confirmé…
Alors, amis chasseurs d’arbres, voici de nouveaux challenges à relever ! Bonne chance !

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9 réflexions au sujet de « Le chêne porte-gui de Limonest, Rhône »

  1. Il est superbe certainement le plus beau chêne guité que j’ai jamais vu. Wikipédia donne une estimation d’une quinzaine de chênes à gui en France. Un chiffre certainement sous-estimé. J’avais fait rapidement quelques recherches il y a 4 ou 5 ans et en avait trouvé 5 rien qu’en cherchant rapidement sur le net:
    1 en Vienne, 2 dans le Jura, 1 dans la Manche et 1 en Gironde.
    Malgré tout, ils semblent assez rares et j’ai toujours pensé qu’il était préférable afin de les sauvegarder de ne pas trop dévoiler leurs localisations.
    J’avais trouvé aussi une étude sur des essais d’implantation artificielle sur le chêne avec des résultats assez décevant. Je crois que c’était en Suisse mais je n’arrive pas à la retrouver. Voici un autre article très intéressant sur les modalités d’implantation du gui:
    http://documents.irevues.inist.fr/bitstream/handle/2042/21437/RFF_1980_6_505.pdf?sequence=1

  2. Oui pas facile à estimer combien il y a en aurait en France… à l’époque les Druides se transmettaient l’emplacement de ces arbres sacrés, mais de nos jours qui s’y intéresse ? D’autant qu’une fois en feuilles, les chênes à gui sont plus difficiles à repérer.
    Je ne me souviens plus très bien mais Il y a une quinzaine d’années, une annonce dans un magazine forestier offrait 500 francs aux lecteurs qui pourraient signaler la présence d’un chêne à gui…

    Il parait qu’en Belgique, il n’y en aurait aucun. ça me semble tout de même étonnant.

    Très intéressant ton article mis en lien, je ne le connaissais pas. Merci.
    Il précise bien que sur le Hêtre il n’y aurait pas de gui… Mais rien d’impossible 🙂
    Je le note sur mes prochains challenges à relever :
    – Un hêtre guité
    – Un orme guité
    – Un saule de 8m de circonférence
    – Un Douglas de 65m de haut
    – Un séquoia de 15m de circonférence
    – Un cyprès commun de 800 ans en France
    …. c’est pas gagné ! 🙂

    • Je constate que tu aimes les challenge Castor!
      Personnellement, je n’ai jamais vu de chêne a gui, celui-ci est vraiment beau…
      Il y en aurait un dans le Morbihan, malheureusement, la personne qui le connaissait (un grand amateur d’arbre) est décédé…

  3. Tu as là certainement un beau trésor, je suis également très curieux que tu nous le présentes sur le blog. Tu peux en revanche rester flou sur sa localisation précise, ce genre de rareté ne doit pas forcément être trop dévoilé…
    A bientôt, j’espère !

  4. Bonjour

    depuis le temps que je cherche à en voir un…..je croyais que c’était un mythe !

    pouvez vous donner la localisation que j’aille le voir un jour quand je passerai dans le coin. J’habite vesr Thiers, donc c’est pas loin.

    merci et bonne année

    louis Dubreuil

  5. Bonjour,
    Aimant les randonnées,…et les GPS, je serais intéressé par les coordonnées géographiques du chêne à gui de Limonest, entre autre et même d’autres arbres remarquables d’autres régions de France.
    Pour le moment je ne connais que le chêne de St Maurice sur Dargoire et ce qui reste du tilleuil de Sully de Riverie 69440 qui sont pas loin de mon domicile.
    Merci par avance
    Cordialement R Corso

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