BEARN. Sur quelques découvertes remarquables en matière de dendrologie…Partie 1 Les Géants

Article mis à jour (nouvelles photos et mesures)

Lorsqu’il y a une dizaine d’années j’ai commencé à m’intéresser aux arbres remarquables de ma région, ce fut d’abord par le biais de ceux que je pouvais observer depuis la route qui menait de mon domicile à mon lieu de travail. Puis les randonnées en moyenne montagne ajoutèrent à ma curiosité. C’est ainsi qu’au fil des années je constituai un fichier de plus en plus fourni, qui finit par attirer l’attention de quelques notables locaux, lesquels pillèrent mes données et se les attribuèrent. Aujourd’hui, télémètre en main je vérifie ou corrige mes anciennes mesures et suis en mesure, toujours provisoirement bien sûr, de vous exposer mes découvertes les plus remarquables. Je me suis tout d’abord intéressé à la hauteur des arbres, plus récemment à leur âge et à leur circonférence. Question hauteur, en Béarn nous sommes servis! Abondance de rivières, humidité, fonds de vallées encaissées, densité des futaies… Toutes les conditions sont réunies.

platane-51-m-pau-parc-du-chateau

PLATANE 51 m PAU-Parc du Château

  1. Les géants.

Il y a d’abord les platanes hybrides, avec les 51 m (au moins) du 12me (à partir de l’Est) de l’allée S.O. du Parc du Château de Pau. Son diamètre n’excède pas 1,05 m et son âge, comme les 59 platanes des allées N.E. et S.O, est de 150 à 160 ans. 27 de ces arbres dépassent les 45 m. Après ses platanes, la ville de Pau peut s’enorgueillir d’un autre record : malgré l’abattage récent d’un spécimen de 41 m, le Bois de Bastard abrite un groupe de chênes rouges de dimensions considérables, le plus élevé atteignant 39 m ! On y voit encore un bouleau verruqueux de 33,5 m. Plus près du centre-ville, la résidence Shamrock abrite un cèdre de l’Himalaya de 35 m et près de 5,50 m de tour.

Eloignons-nous vers le Sud de l’agglomération paloise, au pied du côteau de Jurançon : là se trouvent deux tulipiers monumentaux, l’un dans le domaine du Sarrot (49,5 m), l’autre à environ 200 m de là, dans le domaine Castel Mont (42,5 m et 4,30 m de circonférence) ; ces arbres, situés en bordure inférieure d’un bois assez dense, dominent la route de Gan, où passent chaque jour des milliers d’automobiles. Le domaine du Sarrot abrite un groupe de tilleuls européens gigantesques, dont l’un atteint 40 m ; mais c’est dans le domaine Castel Mont qu’on trouve le plus haut (42m). On trouve aussi au Sarrot un hêtre de 47 m et un platane de 45 m. Au sommet de la propriété trône un ginkgo de 32 m. Le domaine Castel Mont abrite, outre le tulipier de 42,5 m, un tilleul à petites feuilles de 32,5 m, un peuplier euraméricain de 37 m et surtout un chêne pédonculé monumental de 36 m et un robinier de près de 37 m.

Non loin de là, toujours à Jurançon mais sur un autre versant du même côteau, près de la Villa Beauvallon, j’ai repéré également un érable sycomore de 36,5m. Dans la commune voisine de Gelos, un cryptomeria de 30 m jalonne l’entrée de la propriété  »La Tisnère ». Tout près de là, à Mazères-Lezons  »Estrem », on peut voir un peuplier d’Italie de 38,5 m et 4 m de tour. Un peu plus loin vers le S.E., le village de Narcastet se distingue par son monumental cèdre bleu de l’Atlas, qui domine le Centre d’Hébergement de ses 46 m (circonférence 6 m) !  De l’autre côté du Gave, à quelques kilomètres, le parc du château d’Angaïs sert d’écrin à un immense cyprès chauve colonnaire de 40 m !

Revenons dans l’axe de la vallée d’Ossau : à mi-chemin entre Pau et celle-ci, Gan (parc du Château Tolou) peut s’enorgueillir d’un chêne des marais de 36 m. L’entrée de la vallée d’Ossau est assez riche également : à Rébénacq, un majestueux cèdre bleu de l’Atlas dresse ses 43 m près de la résurgence du Néez ; à Sévignacq-Meyracq le château de Bruon recèle quelques beaux spécimens, dont un frêne de 36,5 m et un hêtre pourpre de 34,5 m. Les bords du Gave à Iseste, commune voisine, abritent également un peuplier noir de 31,5 m. Un peu plus en amont, à Bielle, un des nombreux saules blancs bordant le lac de Castet atteint 30 m. A Bilhères, un tilleul à grandes feuilles de 30 m et 6,05 m de tour se dresse près de la chapelle de Houndaas. Sur la même commune, plus haut en altitude (vers 1000 m), après qu’un sapin pectiné de 48 m ait été abattu il y a un peu plus de cinq ans près du Turon de Técouère (piton volcanique), sur la pente Sud du plateau du Benou, j’ai repéré un autre sapin pectiné au lieu-dit  »L’Ezaü », sur la pente Nord du même plateau où cette espèce abonde : il atteint 42 m.

Citons ensuite le sequoia sempervirens de Laruns (vallée d’Ossau) avec ses 52 m (près de 7 m de circonférence) ; il se situe à l’embranchement des routes de Gourette et de Gabas, et daterait de la fin du XIXe s. Non loin de là, en montant vers Gourette, nous trouvons successivement un pin de Weymouth de 44 m, puis sur la place centrale des Eaux-Bonnes un séquoia géant de 47 m et 6 m de circonférence, et pour finir, en haut de ce même village, sur le mini-golf du  »Relais d’Ossau », trône un épicéa de 48 m.

En nous éloignant de l’axe ossalois et en prenant la direction du sud-ouest, à Buziet, j’ai découvert presque par hasard un bosquet près de la fontaine de Lapas (lieu-dit  »Mongoy ») où abondent de curieux chênes pédonculés au port étiré dont le plus haut atteint 44,5 m. Nous trouvons ensuite un peuplier euraméricain de 44 m près de la carrière de Lurbe-St Christau, puis au niveau des thermes un épicéa de 47 m, un cyprès de Lawson de 38 à 39 m et un pin sylvestre de 32 m.  A Oloron, le parc Pommé possède un rare cèdre bleu de l’Himalaya de 39,5 m, un calocèdre de 36,5 m et un liquidambar de 38,5 m.

De là, nous nous enfonçons jusqu’au fond de la vallée d’Aspe, où l’un des douglas entourant la centrale électrique des Forges d’Abel, à Urdos, tout près de l’entrée du tunnel du Somport, culmine à 49 m. Trois de ses voisins côtoient les 48 m. Ce même endroit abrite un groupe de mélèzes dont le plus haut atteint 47 m.

Mélèze 45 m (tronc fourchu au centre) Urdos, Forges d’Abel

Passons enfin à l’ouest du Béarn où un marronnier de 45 m aurait été abattu il y a quelques années près d’Orthez. Afin de faire la transition avec le domaine des  »pachydermes », mentionnons le fabuleux zelkova du château d’Escos, près de Salies : 34 m de haut pour 7,50 m de circonférence (tronc principal), records de France sans doute ; le plus étonnant est sa forêt de troncs adventifs plus fins, issus des racines!

Le  »top ten » des plus hauts arbres béarnais est le suivant :

  1. Sequoia sempervirens de Laruns (52,1 m)
  2. Platane 1 de Pau (50,75 m)
  3. Platane 2 de Pau (49,75 m)
  4. Platane 3 de Pau (49,5 m)
  5. Tulipier 2 de Jurançon (49,5 m)
  6. Platane 4 de Pau (49,5 m)
  7. Douglas d’Urdos (49,3 m)
  8. Platane 5 de Pau (49,2 m)
  9. Platanes 6 et 7 de Pau (49 m).

 

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22 réflexions au sujet de « BEARN. Sur quelques découvertes remarquables en matière de dendrologie…Partie 1 Les Géants »

  1. Bonjour Yannick!
    Ce sont les platanes (et plusieurs autres espèces d’arbres) les plus hauts en Europe et même du Monde, lorsque les mesures sont effectuees correctement.
    Avec quelle methode ils ont mesuré?
    Quand avec Nikon Forestry Pro, avec le 2 point methode ou 3 point?

  2. Nikon Forestry Pro, mais avec le 2 points méthode ou 3 point? La méthode 2 points (méthode sinus) est beaucoup plus fiable que ceux avec 3 points (méthode tangente).
    Les hauteurs sont beaucoup plus comme en toute Europe pour plusieurs déspeces: platane, tulipier, chêne rouge (même plus haute comme en les Etats Unies), chêne de marais, chêne pedoncule, tilleul, cedre, etc.
    Les platanes sont beaucoup plus hauts que toutes platanes de toutes les especes en Etats Unies….

    • Peux-tu m’expliquer plus précisément l’avantage que tu vois dans la méthode 2 points ? Personnellement, je n’y vois un avantage que dans un cas : lorsque la base du tronc se situe AU-DESSUS de l’observateur…

  3. Quelle avalanche de 50 mètres ! Très impressionnant 🙂 🙂 🙂

    Je comprends la remarque de Jeroen Philippona (chasseur d’arbres au prestigieux palmarès sur Arbres Monumentaux), il est très délicat d’obtenir une mesure précise de la hauteur au-delà de 40m et d’autant plus avec des houppiers feuillus dont l’extrémité de la cime n’est pas forcément facile à distinguer.
    Mais ton professionnalisme et le matériel utilisé nous rassurent sur le sérieux des mesures 🙂
    Du beau boulot Dominique et merci de nous faire partager ces mesures !

    En revanche, une petite chose me surprend. Je ne vois aucun résineux dans le top 10 des béarnais ? Alors que toutes dans les régions françaises (et pays européens à l’exception des eucalyptus), les résineux exotiques nord américains tiennent largement le haut du palmarès. Avec un tel potentiel de croissance dans les Pyrénées Atlantiques, tu n’as pas trouvé un douglas, un sitka, un grandis voir un sequoia sempervirens de plus de 55m ou atteignant la barre mythique des 60m ?

    On attend la suite de l’article avec impatience, place aux obèses !

    • Eh oui ! Les gymnospermes sont dominés par les feuillus en Béarn ! En effet, mis à part le sapin pectiné de Holçarté, situé en Pays Basque (51 ou 52 m), et qui aux dernières nouvelles est toujours là aux côtés du hêtre de 53 m (renseignements pris auprès de MM. Bassalio et Sallaberry de l’ONF il y a quelques jours), les plus hauts résineux en Béarn sont un douglas de 51 m à Urdos, un sequoia sempervirens de 50 m à Laruns, un épicéa de 50 m et un sequoia géant de 47-47,5 m aux Eaux-Bonnes, un cèdre bleu de l’Atlas de 47 m à Narcastet, un pin de Weymouth de 46 m à Laruns, un mélèze de 46 m à Urdos et un sapin pectiné de 44 m à Bilhères-en-Ossau. Ils sont largements battus par 7 platanes de Pau et 2 de Jurançon (51,65 à 60 m ; j’ai remesuré samedi 10 décembre les 2 platanes palois mesurés précédemment à 56 m, après la perte des feuilles, et leur ai trouvé des hauteurs affolantes de 60 et 57 m !)…

    • J’aimerais revenir sur une méthode jusque là un peu trop décriée : celle du théorème de Thalès. Lorsque je compare les résultats obtenus avec cette méthode à ceux que j’obtiens aujourd’hui avec un télémètre laser, je m’aperçois que j’étais à l’époque très proche de la réalité. MAIS ce type de mesure  »antique » doit être réalisée dans des conditions extrêmement rigoureuses, à savoir :
      1) il faut impérativement être trois personnes ;
      2) la mesure bras tendu avec lecture de la toise tenue RIGOUREUSEMENT VERTICALE, doit se faire en contrôlant A CHAQUE MESURE l’écart minimal au millimètre près entre mon œil et la toise. Voilà pourquoi il faut être au moins deux ;
      3) il faut avoir préalablement repéré le rameau le plus élevé de l’arbre, ce qui demande de longues minutes de repérage.
      4) un troisième comparse se placera juste au-dessous de l’apex et la distance entre l’œil de l’observateur et ce comparse doit être mesurée avec précision (un télémètre de chantier convient tout-à fait) ;
      5) on divise la hauteur mesurée sur la toise par la distance exacte œil-toise et on multiplie le tout par la distance séparant l’œil du tronc virtuel ; théorème de Thalès classique. Précision d’importance : le haut de la toise doit D’ABORD être calé sur l’apex de l’arbre et la position du pouce doit correspondre exactement au pied de l’arbre (ou du comparse n° 3) ; tant que ces deux conditions de lecture de toise ne sont pas réunies, la mesure est entachée d’erreur.
      Si l’on procède en respectant toutes ces conditions, la marge d’erreur n’excède pas 4 %.

  4. 18 au 23 décembre ; dernières mesures au Nikon Forestry Pro, mode DST 3 points :
    Tulipier Jurançon-Castel Mont : 53 m
    Populus x canadensis Jurançon-Castel Mont : 44,5 m
    Chêne pédonculé Jurançon-Castel Mont : 45 m
    Tulipier Jurançon-Sarrot : 51,1 m
    Platane Jurançon-Sarrot : 54 m
    Tilia x europaea Jurançon-Sarrot : 44,5 m
    Hêtre Jurançon-Sarrot (nouveau) : 53 m
    Platanes 1 et 2 Pau-Parc du Château allée S.O.: 61,8 m et 57 m
    Platane Pau-Parc du Château allée N.E.: 50,6 m
    Ginkgo biloba (femelle) Jurançon-Sarrot : 30,5 m
    Charmes 1 et 2 Jurançon-Sarrot (nouveaux) : 36,8 et 35 m.

    Dominique

    • Après moult discussions avec les membres du site  »Monumentaltrees », je dois revoir toutes mes mesures récentes. J’utilisais en effet la méthode 3 points du Nikon Forestry Pro, méthode qui donne des valeurs erronées pour certains arbres. La méthode 2 points, que j’ai testée sur un édifice élevé dont je connais la hauteur exacte, est effectivement bien plus fiable. Ainsi, les platanes les plus élevés du Parc du Château (Pau ; allée S.O.) , ne mesurent plus 61 m et 57 m, mais 51 m et 50 m. Le plus élevé de l’allée N.E. ne mesure plus 50,6 m mais 49,5 m.

      Dominique

  5. Depuis la redaction de cet article, j’ai découvert un chêne rouge (Quercus rubra) de 42 m exactement sur la commune de Rivehaute, près de Navarrenx (64) ; sa circonférence avoisine les 2,50 m à une hauteur de 1,40 m.

  6. Autre modification : le Cyprès de Lawson de Lurbe (64) a été mesuré à 40,8 m au Nikon Forestry Pro en janvier 2017. Sa circonférence est de 3,50 m.

  7. Quant aux chênes pédonculés, les plus grands de Gascogne semblent se situer dans le bois de Subercarrère (forêt de Lourdes) ; le plus élevé atteint 40,55 m et présente une circonférence de seulement 2,70 m.

  8. Le bouleau verruqueux de la forêt de Bastard à Pau a été revu à la baisse par une mesure au Nikon Forestry Pro : sa hauteur est inférieure à 29 m ; par contre j’en ai mesuré un de 34 m récemment dans la gorge d’Holçarté (Larrau, 64), en Pays Basque, 200 m en amont du pont sur l’Ardakhotxiko, dans la pente raide de la gorge, sur la droite.

  9. Le chêne des marais de Gan (64) étant tombé, le record actuel pour le Béarn (et pour la France ?) est aujourd’hui de 32,2 m ; l’arbre se trouve à Idron, près du stade, entre deux ronds-points de la rocade paloise.

  10. Voici la liste actualisée des records de hauteur par espèce en Pyrénées-Gascogne, tous mesurés au Nikon FP méthode 2 points :
    1. Douglas d’Urdos : 54,6 m
    2. Sequoia sempervirens d’Uhart-Mixe : 54,2 m
    3. Platane de Pau : 50,6 m
    4. Tulipier de Jurançon : 49,2 m
    5. Epicea commun d’Urdos : 47,4 m
    6. Hêtre de Larrau : 47 m
    7. Cèdre de l’Atlas de Lourdes : 45,6 m
    8. Calocèdre d’Uhart-Mixe : 44,8 m
    Sequoia géant des Eaux-Bonnes : 44,8 m
    10. Mélèze d’Europe d’Urdos : 44,2 m
    11. Pin Laricio de Laruns : 44 m
    12. Quercus rubra de Rivehaute : 42 m
    Tilia x europaea de Jurançon : 42 m
    14. Pin de Weymouth de Luchon : 41,2 m
    15. Peuplier d’Italie d’Argelès-Gazost : 41 m
    16. Cyprès de Lawson de Lurbe-St Christau : 40,8 m
    17. Chêne pédonculé de Lourdes : 40,55 m
    18. Cèdre de l’Himalaya d’Oloron : 40 m
    19. Peuplier euraméricain de Gan : 39,6 m
    20. Sapin pectiné de Bielle : 38,5 m
    Metasequoia de Bayonne : 37 à 40 m
    22. Cyprès chauve de Mont-de-Marsan : 38 m
    Frêne commun de Luchon : 38 m
    24. Peuplier baumier de Billère : 37,6 m
    25. Pin sylvestre de Lurbe-St Christau : 37,5 m
    26. Liquidambar de Gan : 37 m
    27. Pin de Monterey de Tarbes : 36,7 m
    28. Erable sycomore de Jurançon : 36,5 m
    Orme de montagne de Pau : 36,5 m
    Robinier de Jurançon : 36,5 m
    31. Eucalyptus (globulus ?) de Jurançon : 34,5 m
    32. Bouleau verruqueux de Larrau : 34 m
    33. Zelkova d’Escos : 33,2 m
    34. Tilleul à petites feuilles de Jurançon : 33 m
    35. Peuplier noir de Jurançon : 32,8 m
    36. Chêne des marais d’Idron : 32,2 m
    37. Ginkgo de Jurançon : 32 m
    Charme commun de Jurançon : 32 m
    39. Marronnier d’Arudy : 31,7 m
    40. Châtaignier de Louvie-Soubiron (Etchartes) : 31 m ?
    41. Cryptomeria de Gelos : 30 m
    42. Cèdre du Liban de Tarbes : 29 m.

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