Les Pistachiers des Gorges de Sebou, Maroc

L’oued Sebou dévale des plateaux du Moyen-Atlas en creusant à certains endroits des gorges profondes avant de rejoindre la plaine de Fès.
La richesse géologique de ces contreforts nord offre une palette de couleurs incroyable dans les rouges, orangés ou ocres selon le moment de la journée et tranche avec l’eau turquoise de l’oued. Un site d’une grande beauté mais souvent boudé des circuits touristiques à cause de son accès difficile.
Seule une petite route,  la R504, permet de traverser ce paysage singulier entre Séfrou et El Menzel.

Malgré le manque de desserte, l’activité rurale est très forte et orientée sur la culture des oliviers et des vergers (les cerises de Séfrou sont réputées dans tout le Royaume) et motivée par la proximité de grandes agglomérations.
Mais dans cet environnement très particulier, ici l’arbre roi est le Pistachier.
De vénérables spécimens sont intégrés à la vie paysanne depuis des générations et leurs silhouettes typiques représentent de formidables marqueurs de paysage.

Les plus beaux pistachiers que j’ai pu rencontrer se trouvent près de la station hydraulique d’Azzaba où la pression rurale est moins forte. Je suis passé dans ce secteur après un violent orage qui avait raviné de façon impressionnante les sols dénudés et transformé le joli oued aux eaux turquoises en un bouillonnant torrent de boue. Dans ces conditions, on comprend toute l’importance à conserver une formation végétale sur ces sols sensibles…

Bien loin d’un inventaire exhaustif, voici une petite sélection de quelques vénérables pistachiers accrochés à cette terre rouge si fragile.
Celui ci-dessous se trouve au milieu d’une minuscule parcelle de blé. Son feuillage vert foncé tranche magnifiquement avec ce parterre d’or et le fond des montagnes ocres. Il a un port en boule caractéristique des arbres champêtres n’ayant jamais connu d’autres concurrences arborées. Cet arbre, soigneusement conservé au fil des rotations des cultures, joue un rôle important dans la vie paysanne locale.
En avril 2017, sa circonférence à 1,3m du sol est de 2,38m pour une hauteur totale estimée à 6m.
Les travaux des champs ont entrainé inévitablement quelques blessures au pied de l’ancêtre, mais il semble peu affecté et ne montre pas de signes extérieurs de dépérissement.

De nombreux pistachiers sont dispersés le long de cette petite route rurale.
En apercevant leurs silhouettes, on imagine aisément l’importance de si grands parasols dans un pays où le soleil est torride. D’ailleurs  cet « accessoire » a souvent une double fonction : le repos ou à la sieste des hommes et des brebis, mais il peut aussi se transformer en un merveilleux abri de bus naturel.
Celui-ci présente une  circonférence à 1,3m du sol de 2,53m pour une hauteur totale estimée à 7m. Son état sanitaire est très bon, malgré encore quelques blessures au pied de l’arbre. Remarquez les grosses pierres posées à son pied servant de tabourets, des accessoires bien utiles pour les attentes parfois interminables…

Un autre pistachier, plus éloigné du bord de route, étale son beau houppier globulaire dans un environnement totalement dénudé. Une petite mare, creusée à la main pour recueillir l’eau de pluie, complète à merveille ce bel ensemble pastoral. Sa circonférence est plus faible que les autres pistachiers, à peine 2,20m pour une hauteur totale estimée à 7m.

 

Près du village d’Azzaba, les vieux pistachiers se trouvent à proximité des habitations.
Un joli spécimen retient efficacement tout un talus en étalant son réseau de racines à la surface du sol. Sa circonférence est difficile à mesurer, elle peut être estimée à 2,50m.
Mais ma présence près des maisons a immédiatement été repérée, tout d’abord par des enfants, venant de plus en plus nombreux m’observer, puis par un habitant intrigué de me voir rôder dans le « quartier ». Le dialogue est presque impossible et je parviens péniblement à lui expliquer que je m’intéresse aux vieux arbres. Finalement le message semble avoir été compris puisqu’il me fait signe de le suivre et m’emmène au pied d’un énorme pistachier que je n’avais pas repéré.

Il est situé un peu à l’écart de la route et d’après mon guide, il n’en connaitrait pas de plus gros dans la région. Sa circonférence à 1,3m du sol est de 3,70m pour une hauteur totale estimée à 8m. Son état sanitaire est médiocre, son tronc a fortement été abîmé par le feu. De tels individus sont probablement plusieurs fois centenaires mais il serait bien délicat d’avancer un âge avec précision. Les références sont quasi inexistantes sur la vitesse de croissance des pistachiers. En France, le pistachier le plus célèbre est celui de Gattone à Ghisonaccia en Corse (2m de circonférence) dont l’âge avoisinerait les 700 ans et qui a été élu Arbre de l’année en 2011 et Arbre remarquable de France en 2012.

Petite précision botanique : il ne s’agit pas du pistachier lentisque ni du pistachier térébinthe que l’on rencontre dans nos garrigues du sud de La France, mais d’une autre espèce naturelle répandue dans tout le Maghreb : le pistachier de l’Atlas (Pistacia atlantica). Il est souvent appelé El Bétoum, mais peut porter plusieurs noms selon les régions.
Le pistachier de l’Atlas se trouve dans des stations similaires à l’arganier dans les zones arides et semi-arides. Il peut se contenter de seulement 250 mm d’eau par an… Mais à la différence de l’arganier, il supporte mieux le froid et parvient à pousser jusqu’à 2000m d’altitude. Bref, c’est un dur à cuire qui peut vivre (ou survivre…) plusieurs centaines d’années ! Il parait même que certains seraient millénaires…
Tout comme le pistachier lentisque, plusieurs parties de la plante sont utilisées par les populations locales :
– les fruits nommés « el khodiri » (ou « enbegh » en langage courant) sont consommés crus comme des cacahuètes ou écrasés en mélange avec des dattes. On peut aussi en extraire une huile très énergétique. Ces fruits sont vendus dans les souks à un prix dérisoire (« ça ne vaut pas une cacahuète » 😉 ).
– la sève (une résine) pour le mastic comme ancêtre du chewing-gum et pour ses propriétés antimicrobiennes et cosmétiques. La présence du pistachier, dispersée en milieu rural, a longtemps représenté une véritable petite pharmacie à portée de main !
Dans certaines régions d’Afrique du Nord, cet arbuste naturel est aussi une solution verte efficace contre l’érosion des sols et l’avancée du désert. Pour plus d’informations, je vous recommande la lecture de la fiche très complète sur l’excellent site web marocain : Ecologie.ma

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7 réflexions au sujet de « Les Pistachiers des Gorges de Sebou, Maroc »

  1. Ben tu vois bien que certains Marocains ont le culte de l’arbre remarquable.
    Sans cet autochtone tu serais passé à côté de ce spécimen plus que remarquable 😉
    Il ne faut pas désespérer de l’être humain…..!
    Et alors ce pistachier n’est pas celui qui fait les pistaches qu’on dévore à belles dents à l’apéro ? 😀

    • Ah oui, tu me fais penser que je n’avais pas précisé qu’il ne s’agit pas de l’arbre qui fait les pistaches que l’on dévore à l’apéro. C’est Pistacia vera, originaire du Moyen-Orient, que l’on cultive pour la pistache avec notamment des plantations industrielles gigantesques apparues ces dernières années en Californie… mais là c’est une autre histoire…

        • Ah bon ? je ne savais pas que la Sicile avait suivi ce nouveau filon des petites gaines stars de l’apéro… j’espère que ces plantations industrielles ne représentent pas une menace pour les vénérables oliviers et autres merveilles arboricoles de la Sicile 🙁

          • les petites gaines hi hi hi faut bien ça si on dévore trop de pistaches à l’apéro 😀
            Non je ne pense pas qu’en Sicile ils font ça de façon aussi intensive (les graines pas les gaines 🙂 ) je pensais juste que c’était un endroit où se cultivaient et se récoltaient lesdites pistaches…

  2. Très belles découvertes !!
    Une dédicace aux arbres de moindres envergures.

    Le dernier sort clairement du lot, j’imagine qu’ils sont difficiles à dater.

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