Le Prince des Ecouges : Hêtre monumental du Vercors

Le Prince des Ecouges !
C’est sous cette appellation que la revue Alpes ISHERE 😉 a signalé la présence d’un Hêtre vieux de 350 ans dans la réserve naturelle des Ecouges.
Alors forcément, lorsque je tombe sur ce genre d’info ça me fait rêver et moi aussi je veux le rencontrer Le Prince Fayard !
Mais où le trouver ?
Les indices sont bien maigres, pas la moindre photo, aucune précision sur sa localisation… juste ces quelques mots lancés sur le web !
Quelle torture !
Car il faut savoir que le territoire du Prince est immense et particulièrement sauvage.
La réserve des Ecouges est un site unique, une vallée perdue du Vercors s’étalant sur près de 10 km de long, à plus de 1000m d’altitude et totalement coupée du monde, sans aucune route…
Alors sans indice supplémentaire, les chances de trouver le vieux Fagus sont bien minces… ce serait comme chercher un chêne à gui en Forêt de Tronçais !

A moins que je m’en remette encore une fois à ma bonne étoile, celle qui m’a fait découvrir par hasard tant d’arbres remarquables, en espérant qu’il se produise un nouveau miracle dans le vallon des Ecouges. 🙂
J’attendais alors patiemment le bon moment pour me mettre en route, que le printemps soit bien installé et que la neige ait totalement disparu, avant de me lancer sur les traces du Prince perdu…

On peut croire en sa bonne étoile pour retrouver un arbre, mais ça n’empêche pas non plus de bien étudier la carte topo pour orienter ses recherches 😉
Je suis déjà venu me balader dans d’autres circonstances sur ce site et il me semblait peu probable que le vieux Fagus puisse se trouver au bord du chemin principal qui remonte la vallée… je l’aurais forcément déjà repéré…
Dès la sortie du parking, je bifurque alors vers un petit sentier bien raide qui file « dré dans l’pentu », comme ils disent en Savoie, en direction de l’Ancienne Chartreuse des Ecouges.
Dans la fraîcheur de la brume matinale et poussé par l’excitation de cette nouvelle chasse aux arbres, je parviens en quelques minutes à l’ancien couvent. Un site étonnant, chargé d’histoire, que je ne connaissais pas. Une imposante charpente a été installée pour protéger les ruines de cette Chartreuse unique dans le Vercors. Mais je ne m’attarde que quelques secondes devant le site historique, mon attention est focalisée depuis mon arrivée sur la silhouette d’un gros houppier à l’arrière des ruines…
Il n’y a aucun doute, c’est bien un hêtre monumental qui étale sa puissante ramure en bordure de la petite clairière, tout juste à l’orée de la forêt.
C’est le vieux Fagus que je recherche, ça ne peut-être que lui, Le Prince des Ecouges !
Quel bonheur de l’avoir retrouvé, il dégage une telle force, une prestance presque royale, je ne m’attendais pas à une rencontre aussi exceptionnelle. Mais malgré tout, je suis presque un peu déçu de l’avoir retrouvé aussi vite, en moins d’une demi-heure…

Ses dimensions sont vraiment exceptionnelles et avec presque 6m de circonférence, c’est le Hêtre le plus volumineux connu à ce jour dans le département de l’Isère. Et il est d’autant plus remarquable qu’il s’agit d’un arbre ayant poussé dans un environnement naturel. On ne peut pas le comparer aux trois énormes hêtres du Domaine du château de Vizille qui bénéficient de conditions de croissance optimales, bien différentes de l’ambiance des Ecouges.

Je reste de longues minutes immobile au pied du colosse à observer tous les détails et à écouter le moindre bruit, parfois à peine audible ou parfois beaucoup plus bruyant et presque angoissant dans cet environnement tellement sauvage où l’on s’imagine à tout instant apercevoir la silhouette furtive du loup…
La brume s’est enfin totalement dissipée, quelques dernières photos dans cette ambiance changeante avant de m’enfoncer à nouveau dans la profonde forêt des Ecouges. J’ai suffisamment profité de l’hospitalité du Prince et je suis sûr qu’il m’accorde sa faveur pour poursuivre ma chasse aux arbres sur son territoire.
Je me retourne une dernière fois en m’éloignant du Géant et je suis pris d’un terrible doute. Et si ce n’était pas lui ? Rien ne prouve en fait qu’il s’agit bien du Prince des Ecouges signalé par Alpes Is-here… d’autant que la circonférence annoncée était de 4,25m, bien inférieure à celle que j’ai mesurée…
Peu importe, la rencontre était tellement belle ! Et puis, si je n’ai pas trouvé le Prince charmant, je suis sûr d’avoir rencontré le Roi Fagus 😉

En reprenant le chemin de la vallée et après avoir passé l’étonnante carrière médiévale à meules (à voir sans faute !), une autre merveille arboricole se cache derrière la baraque forestière du Rivet.
Il s’agit encore une fois d’un Hêtre monumental mais issu probablement de la fusion de deux ou trois pieds. Son tour de taille dépasse les 5m de circonférence et la face ouest de son tronc, celle exposée aux intempéries, est tapissée de mousse.
Voilà assurément le Petit Prince des Ecouges 🙂

En continuant à remonter le vallon en direction des alpages de Fessole, un vénérable Saule marsault offre une silhouette inhabituelle. Son tronc est prêt à éclater et ses lourdes branches viennent s’appuyer au sol, retardant l’effondrement qui lui sera fatal. Sa circonférence à la base est de 3,50m.

La présence de vieux ifs sous le refuge de Fessole est étonnante dans cette zone de pâture, sachant que toutes les parties de l’arbre (sauf l’arille) contiennent un poison mortel pour les animaux d’élevage.
Il est fréquent de trouver des ifs poussant de façon spontanée sur les crêtes rocheuses calcaires du Vercors et de Chartreuse, entre 1000 et 1400m d’altitude. Mais ils atteignent rarement de telles dimensions. Le plus volumineux, fourchu à 1m du sol, a une circonférence de 3,20m à la base du tronc.

Les alpages de Fessol délimitent la fin du Vallon des Ecouges – Vue depuis le Signal de Nave –

Les Arbres remarquables des Ecouges peuvent se découvrir en suivant l’itinéraire proposé ci-dessous. Un itinéraire un peu long mais sans difficultés majeures et avec quelques variantes pour le chemin du retour.
Il s’agit du circuit # 4 du projet « 15 circuits découvertes arboricoles en Isère » en cours de réalisation.
Retrouvez les autres circuits déjà présentés sur le blog : Col de Porte, Arbre Taillé, Arbres de Voiron. 🙂


Note : l’accès au site des Ecouges mérite quelques précisions.
Les voitures doivent obligatoirement se garer à l’entrée du vallon au parking du Pont Chabert (départ également pour du canyoning dans les Ecouges, réservé aux spécialistes…). La route forestière remontant le vallon n’est pas ouverte au public en véhicules motorisés (je ne sais pas si l’accès aux VTT est autorisé ?).
La route depuis la vallée de l’Isère par St Gervais permettant d’accéder au Parking du Pont Chabert est particulièrement éprouvante et vertigineuse. C’est l’une des routes mythiques du Vercors ! Et elle se finit par un impressionnant tunnel non éclairé sur 500m de long, serpentant dans un goulet calcaire sommairement taillé où tous croisements avec un autre véhicule est impossible (même les deux renfoncements prévus à cet effet ne donnent pas envie de s’y risquer…). Autant dire que les 2-3 minutes nécessaires pour traverser ce tunnel sont particulièrement angoissantes et paraissent interminables…
En revanche, aucun soucis pour rejoindre le Parking du Pont Chabert si vous êtes déjà sur le plateau du Vercors en passant par le Col de Romeyère… mais c’est nettement moins drôle, vous n’aurez pas eu la petite montée d’adrénaline en traversant le tunnel des Ecouges 🙂

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15 réflexions sur « Le Prince des Ecouges : Hêtre monumental du Vercors »

  1. Merci pour ce bel article! Moi qui vis sur le Vercors Sud et qui suis passionnée par les arbres, je n’avais jamais entendu parler de ce hêtre des Ecouges! Il est somptueux. J’irai lui rendre visite cet été! Le saule et les ifs sont superbes aussi! Merci pour tout ce que vous partagez, quel régal à chaque fois! Belle journée 🙂

  2. Encore un article bien documenté du Castor Masqué que j’ai fait suivre à un professeur de botanique qui a entamé une étude sur les ifs sauvages non déjà connus du Sud de la France. Si quelqu’un en à trouvé d’autres, merci de me le faire savoir.

  3. wouah que de pépites vertes en Isère !
    Merci pour ce reportage princier.
    😉
    (très intéressante la petite vidéo sur la carrière de meules des chartreux, finalement ils auraient mieux fait de faire de la liqueur plutôt que de tailler la pierre et scier les arbres, ils seraient peut-être encore là de nos jours… et le Prince des Ecouges serait à la tête d’une belle dynastie 😉 )

  4. Merci pour vos commentaires toujours bien sympathiques 🙂 🙂 🙂

    @Sandrine : si vous aimez les arbres du Vercors, alors je suis sûr que le prochain article vous plaira, un arbre emblématique inattendu sera dévoilé 🙂

    @Yves : les ifs ne sont pas si pas si rares dans ces massifs calcaires où ils trouvent souvent leur place vers 1200-1500m en mélange avec les hêtres rabougris et les épicéas, mais souvent en sous étage et dominés ce qui ne leur laisse pas beaucoup de chance de se développer.

    @ Pat’ : oui cette carrière à meules est vraiment fascinante, surtout qu’il en reste 2-3 dans leur socle de pierre qui n’ont jamais été extraites. On a dû mal à imaginer la logistique mis en place pour ensuite les faire descendre jusque dans la vallée de l’Isère… c’est un peu notre chantier pharaonique du 38 😉

  5. Je comprends cette légère déception, que celle de l’avoir déniché trop rapidement, néanmoins la découverte d’un tel arbre dans cet environnement doit-être un régal !
    Il semble que la présence d’un sujet aussi exceptionnel a un lien direct avec celle des ruines. J’ai lu que l’église avait servi de ferme, et que le massif forestier avait été largement exploité, il est donc probable qu’il ai été volontairement épargné.

    • Je ne sais pas si ce hêtre est en lien avec l’ancienne chartreuse. Le massif du Vercors a toujours connu une forte présence humaine, c’est une énorme réserve de bois, très exploitée par le passé (nettement moins aujourd’hui 😉 ) que ce soit pour le charbon de bois (feuillus) ou pour le bois de marine avec les majestueux sapins. D’ailleurs dans la forêt des Coulmes, le massif voisin, il reste de nombreuses ruines qui témoignent de cette vie des habitants de la forêt.
      Par contre l’ancienne Chartreuse des Ecouges n’est pas restée longtemps habitée, les moines y sont restés 300 ans et l’ont abandonné vers 1400… donc bien avant que la petite faîne donne naissance au Prince.
      La position de ce hêtre dans la clairière n’est pas habituelle mais doit pourtant être en lien avec une présence humaine, mais laquelle ?
      Par tradition c’est le tilleul que l’on trouve près des habitations en Isère (et éventuellement le frêne en arbre têtard pour le bétail) mais rarement le hêtre.

  6. Merci Castor, pour ce bel article sur des arbres remarquables de la forêt des Ecouges, une belle diversité d’essences avec un petit faible pour ces ifs.

  7. Bonjour Castor,

    Wouah ! Ton article est tellement bien écrit et les photos sont tellement belles que ma peau de chercheur d’arbre passionné vient d’avoir un frisson !
    Comme Yannick, je comprends que ça doit être frustrant de résoudre une quête aussi vite, mais avoue qu’il aurait été encore plus frustrant de ne rien trouver du tout non ? 😉
    Mention spéciale à la très belle photo de la descendance du prince sur laquelle je n’aurais jamais soupçonné voir des bébés hêtres.

    • Et voilà Aurélien, tu as découvert le « double effet kiss cool » des articles du blog :
      – le 1er effet, c’est le « Wouah » provoqué par la découverte d’un arbre trop génial ! mais qui peut aussi se décliner en plusieurs variantes comme : la position bouche ouverte avec le filet de bave qui coule sur le clavier… c’est normal, faut pas s’en inquiéter, ça passe au bout de quelques secondes ! Faut juste prévenir son entourage que ce ne sont pas les premiers signes d’un début d’AVC !
      – le 2ème effet, ça ressemble à ce que tu as ressenti, le long frisson qui parcourt tout le dos et qui peut s’associer à une légère tachycardie, une sudation brutale et des mouvements de bras incontrôlés simulant le déroulage d’un décamètre. Encore une fois c’est normal, il ne faut pas s’en inquiéter tout comme la volonté de vouloir modifier immédiatement la destination des prochaines vacances pour rendre visite à l’arbre trop génial.

      Par contre, là où il faut sérieusement s’inquiéter, c’est lorsque l’on atteint le stade 3 : début des transformations physiques sur le corps avec notamment des rameaux poussant au sommet du crane.
      Pour le moment une seule personne est arrivée au stade 3, c’est Yves (cf photo de l’Homo-arboricole).
      Un stade qui ne laisse plus aucun espoir d’un retour à « une vie normale »… Il est alors recommandé de nous plus quitter l’environnement buissonnant de la garrigue et de prier régulièrement St Crépin.
      lol
      😉 😉 😉

      • Castor arrête tout de suite les prospections autour des Chartreuse, les émanations de liqueur aux plantes commencent à te monter à la tête, tu vois des petits hommes verts partout.
        😀 😀 😀

        • ok Pat’ je vais suivre tes conseils, j’arrête la liqueur de Chartreuse. Par contre avec tous ces orages, la saison des champignons a débuté et avec ce que je risque de manger je n’en ai pas fini avec les hallucinations
          😉

      • Très exacte description des trois stades cliniques concernant l’état d’admiration des arbres par le Castor Masqué. Je voudrais ajouter que le stade 3 se mérite après de longues années de pratique et d’ascèse. Il provoque la création de
        ce qui scientifiquement s’appelle une chimère, un être très bizarre mi-homme mi-arbre. Les Grecs anciens affectionnaient beaucoup ce genre d’hybride dans leur mythologie. À protéger donc scrupuleusement car d’une grande rareté.

  8. Très belle découverte !!

    ça fait longtemps que je n’avais pas observé un si beau hêtre.
    En plus un spécimen de montagne en port libre, non contraint par différentes tailles et dégâts naturels.
    Malheureusement, en dessous de ces altitudes il devient compliqué de leur voir un avenir à plus ou moins court terme.

    Sinon, la série d’essences qui suit est aussi digne d’intérêt, j’ai un mal fou à trouver des gros saules marsault, c’est une espèce de faible longévité qui n’est pas suffisant appréciée.

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