Les Sapins Henri IV de la Forêt du Bout, Massif de Belledonne, Isère

Cet été, je reçois un message de Tristan m’informant de la présence possible de vieux sapins dans le Massif de Belledonne près de Grenoble. Une information récupérée sur un blog de randonneurs à ski qui annonce deux sapins âgés de 400 ans et dépassant largement les 5m de tour.
Si près de chez moi, ces chiffres ont de quoi aiguiser ma curiosité.
Je repère facilement sur la carte les sapins dits Henri IV. Ils sont positionnés sur la carte Topo IGN, comme c’est parfois le cas pour certains arbres remarquables.

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Le site est isolé et très peu fréquenté. Après avoir laissé la voiture au dernier chalet de La Bourgeat Noire, il faut compter une bonne heure de marche sur un sentier bien raide pour atteindre les 1400 m  d’altitude.
L’endroit est particulièrement sauvage. Je ne rencontre personne et n’ai pour seule compagnie que le brame d’un cerf… pas si lointain. J’espère qu’il n’a pas installé sa place de brame au milieu des Sapins Henri IV. A cette période, les cerfs deviennent agressifs et il est plus prudent de garder ses distances. Je ne voudrai pas qu’il y ait un malentendu, je ne rends pas visite à ce « roi de la forêt », mais au bon roi Henri IV !!!

La fin du chemin entre dans l’espace naturel sensible de la Forêt du Bout. 24 ha « d’un territoire d’exception sauvegardé pour son caractère sauvage et naturel » où trône en son centre les deux sapins. La pancarte me confirme bien l’existence des sapins et annonce une surprenante circonférence de 6,1m…

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Une petite clairière s’ouvre autours du chalet du Bout (plutôt un abri forestier pour chasseurs ou randonneurs). Les deux géants surplombent le chalet. En arrivant en contrebas dans la brume, le gigantisme est encore plus marqué. J’ai l’impression de découvrir une nouvelle espèce dans un monde perdu : Abies giganteum !

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Il est regrettable d’avoir donné le même nom à ces deux sapins. Ils sont pourtant très différents et même s’ils ont environ le même âge, ils ne sont en rien jumeaux… et peut-être même pas frères !
Alors pour faciliter leur description, je les ai renommés. Au bout de 400 ans, il était temps qu’ils aient chacun leur propre identité !
Celui en amont sera le sapin dit « Henri IV du rocher ». A cause du gros bloc rocheux qu’il englobe à son pied. Un élagage à 6m a permis de bien mettre en valeur la dimension impressionnante de son tronc.
Circonférence à 1,3m en septembre 2014 : 4,95m (le panneau ONF annonce une mesure à 1,3m en 1997 de 5,12m). La hauteur mesurée au dendromètre électronique est de 31,5m. De belles dimensions mais qui n’en font pas un champion dans sa catégorie, surtout pour un âge de 400 ans !
Coordonnées géographiques : 45,33241°N 006,10869°E – Altitude 1410m.

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Son état de santé est inquiétant avec la présence de traces de pourriture au pied et sur certaines racines superficielles (peut-être dû à la présence du rocher). Pour le moment, aucun signe de faiblesse n’est apparu dans son houppier.
Le lichen a envahi les premières branches à 6m de haut, donnant l’aspect d’un plafond chevelu, surprenant !

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Pour le second sapin, je l’ai nommé sapin dit « Henri IV Gouraud » à cause de sa ressemblance avec le célèbre cèdre manchot marocain Gouraud.

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La circonférence a été prise à 1,2m du sol en amont du talus, soit juste sous le départ de la grosse fourche. Le sapin Henri IV Gouraud peut être fier de ses 5,70m (le panneau ONF annonce une mesure à 1,3m en 1997 de 5,49m et sur le panneau à l’entrée de la réserve naturelle une étrange mesure plus récente de 6,1m…) une valeur exceptionnelle pour un sapin pectiné (ou sapin blanc). Sa hauteur mesurée au dendromètre électronique est de 30,5m. Son âge est estimé par l’ONF à 400 ans. Son état sanitaire semble globalement bon, aucun signe de faiblesse apparent.
Coordonnées géographiques : 45,33243°N 006,10902°E – Altitude 1405m.

J’ai été frappé dès mon arrivée avec la ressemblance avec le cèdre Gouraud :

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        Sapin pectiné dit Henri IV                                     Cèdre de l’Atlas Gouraud

Comme beaucoup d’arbres remarquables, il a déjà été repéré par la communauté des géocacheurs qui en ont fait l’objet d’une chasse aux trésors (la cache est facile à trouver, je suis tombé dessus par hasard…). Mais au regard du logbook, le passage au pied du sapin n’est pas fréquent. Le dernier géocacheur était passé il y a 4 mois !

Actuellement, le sapin Henri IV Gouraud semble bien être le plus gros des sapins isérois… mais les forêts profondes du Dauphiné n’ont surement pas dévoilé tous leurs mystères, de nombreuses zones restent difficiles d’accès.
Voici une comparaison des sapins géants de l’Isère : Les sapins dits Henri IV, le seigneur de Sallanchon et le sapin Bellier.

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On s’aperçoit que les conditions de croissance sont plus difficiles à Belledonne dans la réserve du Bout. La hauteur plafonne à peine à 30m et les accroissements sont bien plus faibles. Si Henri IV Gouraud poussait aussi vite que le Seigneur de Sallanchon, il aurait atteint aujourd’hui 7,60m de tour de taille.

Dans ma carrière, j’en ai rongé de la vieille écorce de sapin, mais foi de castor,  ces deux sapins sont hors norme. Au-delà de leurs dimensions exceptionnelles, c’est surtout leur allure, leur épaisse écorce profondément fissurée et cet abondant lichen accroché aux premières branches qui en font de magnifiques vieillards.
Longue vie aux Rois de la forêt ! En espérant que l’autre Roi de la forêt (celui qui brame à l’automne) ne vienne pas trop frotter ses bois contre leur épaisse écorce…


Mise à jour  décembre 2016 :

Ita38 nous informe que durant l’été 2016, un coup de vent violent a arraché une partie du tronc du Sapin dit « Henri IV du rocher ». Le vieux sapin risque d’avoir beaucoup de mal à se remettre de cette terrible amputation…

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7 réflexions au sujet de « Les Sapins Henri IV de la Forêt du Bout, Massif de Belledonne, Isère »

  1. Les sapins se suivent et se ressemblent parfois 😉
    Bravo pour cette belle découverte, les résineux aux allures princières sont font de plus en plus nombreux dans les pages du site !
    Que de sobriquets royaux en ces terres sauvages, et ils le méritent amplement

  2. Encore de superbes conifères!
    Royale coïncidence, il se trouve que j’ai rencontré en Espagne deux séquoias, le roi et la reine.
    Cette dernière n’usurpe pas son titre, car son tour de taille généreux de plus de 14 m la place au premier rang des séquoias d’Europe!
    Bientôt un reportage et compte rendu de ce voyage espagnol, qui avait pour but de représenter ARBRES et notre groupe à l’ECTF (European Champion Tree Forum).
    Je n’avais pas eu le temps de présenter l’ECTF, donc prochainement un article sur ces quelques jours riches en rencontres et en échanges avec avec de amateurs d’arbres de plusieurs pays européens.

  3. Impressionnant! Sur le blog étaient précisées les dimensions de ces Sapins, mais sans personne au pied il est toujours bien difficile de se faire une idée.
    Henri IV Gouraud est vraiment un beau colosse!
    Petite observation: sur l’article de 2011 on constate que ces arbres sont en lisière alors qu’ils sont bien dégagés sur tes photos: coupe forestière « classique » où volonté de mettre en valeur ces sapins d’après toi?

  4. Bon coup d’œil Tristan !
    Effectivement il y a eu un débroussaillage récent dans la clairière. Une belle initiative de l’ONF qu’il a réalisé avec du petit matériel pour ne pas entrainer trop de dégâts et les plaquettes ont été dispersés au sol.
    Je ne sais pas si il y aura vraiment un effet bénéfique pour les sapins ?

    Yannick, on attend avec impatience un CR de ton voyage en Espagne avec présentation du Roi et de la Reine Sequoia !!!

  5. Superbe, moi qui suis un beledonnien dans l âme, je regrette de ne pas avoir remarqué ces arbres avant de lire ce beau reportage…
    Je suis certain qu il existe encore d autres géants dans les coins les plus escarpés du massif, là où les forestiers ne peuvent se rendre.
    pour ce qui est de l interet du debrousaillage de la clairière, je suis un peu sceptique. Cela risque d exposer davantage ces sapins aux coups de vent, même si cela rend le paysage encore plus spectaculaire.

  6. Tout à fait Canavesio, les sombres forêts de Belledonne n’ont pas fini de dévoilées tous leurs secrets. Pas plus tard que cette semaine, j’y fait deux magnifiques trouvailles… à suivre prochainement sur le Blog !
    Je reste aussi plus réserver sur l’intérêt du débroussaillement (avec en plus extraction de vieux sapins) dans la clairière du chalet du Bout… En dehors de mieux mettre en valeur les deux géants, je me demande si c’était indispensable dans une zone identifiée comme « espace naturelle sensible ». Je n’ai pas compris l’objectif de cette intervention…

  7. Mauvaise tournure pour le Sapin dit « Henri IV du rocher », à voir la mise à jour en fin d’article…
    Merci à Ita38 de nous avoir informé de la situation;

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