Rencontres arboricoles au Maroc

J’ai eu la chance il y a peu de visiter une partie du Maroc, et mieux encore le Maroc authentique et traditionnel. Ce grâce à une amie exceptionnelle et habitant sur place, Fatimazehra, qui m’a chaleureusement accueilli au sein de sa famille. Durant ces quelques jours, l’occasion m’a maintes fois été présentée de croiser de vieux arbres, des palmiers hors normes et autres essences exotiques. Faute de temps je ne suis que passé devant en les dévorant du regard, mais heureusement j’ai pu m’attarder quelques instants sur plusieurs autres. Les spécimens dévoilés se situeront sur les quatre points désignés sur la carte ci-dessous : Iwaridane, Megdaz, Ouzoud et Marrakech.Maroc voyage Damien (1)

Sur le trajet d’Iwaridane, tout proche de la route et sur un talus vint le premier arbre à m’avoir tapé dans l’œil. C’est un vénérable Juniperus thurifera, un genévrier thurifère un peu moins montagnard que les autres mais tout aussi majestueux. Sa branche maîtresse est morte et depuis élaguée, mais le reste de l’arbre est bien vivant. De grosses pierres sont enchâssées dans les racines du génévrier, mises à nu par l’érosion et le temps. Un clin d’œil (à une toute autre échelle bien sûr) aux « avaleurs de pierres d’Aïn-Leuh » du Castor masqué ; que je remercie au passage pour son aide précieuse à l’élaboration de cet article façon « road trip » !

Iwaridane est célèbre pour ses empreintes de dinosaures, remarquablement conservées dans des couches sédimentaires ayant permis ce processus. Pour en revenir à l’arbre, sa hauteur est d’environ 8m et sa circonférence d’un peu plus de 3m à hauteur d’homme. Son houppier est clairsemé, mais ce genévrier semble toutefois en bonne forme.

Au cours de la tournée des plus beaux sites de la région d’Azilal, nous voici maintenant à Megdaz. Village perché à 1900m d’altitude, en plein Haut-Atlas et connu pour ses bâtiments traditionnels construits par couches superposées de pierres et de torchis. En plus de la beauté architecturale, le castor m’avait mis au courant de l’existence à Megdaz de vénérables marabouts thurifères. Des genévriers si anciens qu’ils font l’objet d’un culte auprès des populations locales.

Malheureusement pour moi, en arrivant à l’entrée du village nous trouvons la route dévastée par un éboulement récent. Conséquence directe d’une crue survenue peu de temps avant, tout avait été emporté au fond de la vallée. Impossible d’aller plus loin en raison des lourds travaux de terrassement qui débutaient et de l’insécurité relative. C’est donc au téléobjectif que j’ai admiré ces superbes marabouts, au nombre de deux pour les plus imposants. Plusieurs autres les accompagnent ça et là, poussant lentement mais sûrement.

Le Castor masqué estime le plus large à environ 5m de circonférence, je lui fais confiance car il en a vu plus que moi ! Me basant sur son avis, j’estime donc le second marabout à 4m de tour. J’aurais vraiment voulu faire une photo à côté d’eux, une prochaine fois, allez !

Le troisième volet de la série n’a rien d’imposant ou d’impressionnant. C’est un bonsaï naturel aperçu sur le flanc d’une falaise à Ouzoud, où se nichent les plus hautes cascades du Maroc. 110m de haut et des falaises abruptes où abonde une faune rampante et venimeuse. Même regret que pour Megdaz, bien des arbres auraient mérité une photo mais n’étant ni alpiniste ni assuré je me suis contenté du plus accessible ! A la manière de cet if de falaise isérois dévoilé chez le Krapo, ce petit bonsaï poussant à pic a su insérer une racine dans quelque fissure rocheuse. Le Castor (toujours masqué) pense qu’il s’agit d’un genévrier oxycèdre (Juniperus oxycedrus).

Notre acrobate végétal mesure environ 2m, et son « tronc » a une circonférence que j’estime à une quarantaine de centimètres à la base. je ne m’avancerais pas sur son âge, mais si un if de 10cm de diamètre a pu vivre 7 siècles, je me dis que cet oxycèdre a lui aussi ses chances d’être multi-séculaire.

Le prochain arbre marocain est l’un des hôtes de marque des Jardins du Palais Bahia, au cœur de Marrakech. Il s’agit d’un antique fruitier (non pas un pommier, ni un poirier ou même un cerisier…) ; c’est un figuier, qui depuis sa première fructification a dû produire des tonnes de ce délicieux fruit typique du Maghreb. Le figuier est planté à part des autres arbres, dans un cercle empierré. Peut-être tient-il cet emplacement particulier en raison de sa vocation première, qui est de produire des fruits. Toujours est-il qu’il est magnifique, et n’a rien à envier à nos plus vieux producteurs tricolores.

Pour ce qui est de sa taille, il doit se situer entre 1m75 et 2m de tour, en comptant ou non ses nombreux renflements. Les Jardins du Palais sont par ailleurs très riches d’autres essences exotiques. S’y mêlent palmiers en tous genres (et de toutes tailles), bougainvilliers géants, agrumes et autres arbustes à fleurs… Le lien est à faire entre ces Jardins royaux et nos arboretums modernes, tant il s’y côtoie d’espèces différentes.

Et enfin pour clôturer cette aventure au soleil, voici un géant dans la ville. Repérable de loin (l’absence d’immeubles hauts aidant beaucoup), son houppier verdoyant tranche littéralement avec le bleu profond du ciel et l’ocre des bâtiments. C’est un magnifique Eucalyptus, bien qu’encore jeune il possède des dimensions respectables pour un arbre de centre-ville. Planté « place des ferblantiers » au cœur du vieux Marrakech, il encadre majestueusement cette petite carré commerçant. Une carte postale ancienne montre déjà qu’un arbre se situait à ce coin de la place. Je ne saurais affirmer qu’il s’agit de notre Eucalyptus, mais ce pourrait bien être lui.

La carte devant dater des années 50, cela collerait avec l’estimation faite par l’irremplaçable castor qui s’en léchait déjà les babines. Les dimensions de notre touriste australien solidement enraciné sont d’environ 5m à une hauteur d’un mètre. Il reste le plus gros ligneux que j’ai pu approcher et toucher.

Sur ce je souhaite que ces quelques portraits vont plairont, et je remercie encore Fatimazehra et sa famille pour leur accueil, leur gentillesse et leur prévenance. Ce fut une semaine inoubliable. Merci !

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6 réflexions au sujet de « Rencontres arboricoles au Maroc »

  1. Super reportage que j’attendais !
    Belle immersion au Maroc et rien de tel de découvrir ce magnifique pays en vivant le quotidien d’une famille marocaine.
    Je ne connais pas ce coin du Haut-Atlas, ça me tente d’aller trainer par là-bas à la prochaine occasion… Ces marabout Thurifère sont exceptionnels, il faut bien mettre leur dimension en rapport avec les rudes conditions de croissance (sol, sécheresses de plus en plus fréquentes et à 2000 m d’altitude !). Cette espèce de genévrier est vraiment symbolique des versants arides de l’Atlas et l’Anti-Atlas.

    Je reste un peu moins admiratif devant l’eucalyptus dont la vitesse de croissance n’a rien à voir. Marrackech, à la différence des autres grandes métropoles marocaines, dispose de magnifiques parcs avec des arbres (exotiques pas évidents à identifier…) remarquables… sans compter les palmiers et cactus hors normes !
    A quand un article sur les cactus vénérables, lol !

  2. Merci 🙂
    C’est vrai que des cactus séculaires existent, certains au Mexique ou en Afrique atteignent des âges canoniques et/ou des proportions exceptionnelles.
    Je retournerai un jour au Maroc, quand ce sera possible !
    Ces marabouts ont attisé mon attention, d’autant que le fait de ne pas avoir pu les approcher les rends encore plus attirants lol
    Vivement le prochain voyage !

  3. Joli reportage !!

    Une belle diversité d’essences et de somptueux paysages.
    Les thurifères sont remarquables.
    On peut aussi voir par endroit le cyprès de Tassilie (C.dupreziana) et le rare Thuya de Berbérie (Tetraclinis articulata) qui est la seule espèce de ce genre.

    – – –
    On a trouvé récemment le 2e plus large Douglas au monde, mais malheureusement c’est grâce à une coupe rase et donc aujourd’hui son tenue est beaucoup plus difficile à garder.

    http://www.youtube.com/watch?v=OxPlKVK8RLM

    http://vancouverislandbigtrees.blogspot.co.uk/2014/03/canadas-2nd-biggest-douglas-fir-tree.html

    http://www.tjwatt.com/big-lonely-doug-climb/

  4. On dérive un peu du reportage de Damien, mais je ne résiste pas à commenter ce ‘lonely douglas » découvert au Canada. EX-TRA-OR-DI-NAIRE !! c’est vraiment un autre monde, à tout point de vue ! Je ne comprends pas bien l’anglais, il ferait 12m de circonférence et un âge de presque 1000 ans ????!!! c’est fou…

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