Le cocotier du Chili à St-Cyprien, Pyrénées-Orientales

Pour les fidèles lecteurs du Blog, le Jardin des Capellans à St Cyprien ne devrait pas vous être inconnu. Il fait parti des quelques sites en France à posséder le très curieux Pin de Wollemi.
Mais ce n’est pas la seule richesse de ce parc catalan. Les visiteurs peuvent découvrir de nombreuses espèces exotiques installées depuis plus d’un siècle dans un petit écrin de verdure. Une magnifique collection de palmiers et de camélias ont fait la réputation du parc.
L’occasion de débuter une nouvelle catégorie sur le blog, celle des Palmiers et vous présenter le plus remarquable et le plus gros du genre, le Cocotier du Chili (Jubae chilensis).
Puisque le palmier n’est pas un arbre et que je ne voudrais pas être hors-sujet, je complèterai l’article par une autre espèce bien ligneuse.

 

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Mais avant toute chose, il est important de préciser que les jardins exotiques ne sont pas une exclusivité de la Côte d’Azur. Bien qu’ils soient beaucoup moins nombreux que sur la Riviera, le littoral languedocien et catalan offre aussi quelques trésors. Il est vrai que les conditions de croissance sur cette portion de la Méditerranée sont souvent moins favorables que celles rencontrées dans les jardins de Menton, mais de nombreuses espèces exotiques se sont acclimatées et atteignent des dimensions surprenantes. Le climat est plus contrasté au niveau des températures et la pluviométrie est irrégulière avec de plus longues périodes de sécheresse. Si les jardins de la Côte-d’Azur ont surtout été créés par les touristes britanniques fortunés au XIXème siècle, la côte languedocienne est restée une zone lacustre malsaine peu fréquentable jusque dans les années 70.
Dans un espace minérale balayé par les vents, le petit jardin des Capellans fait figure d’exception. Les visiteurs sont surpris de découvrir ce petit écrin de verdure si près des immenses plages surchauffées.

A l’origine, il s’agissait du parc de La Villa des Capellans, un château fin XIXème appartenant à la famille De Rovira. Le domaine a été ensuite racheté par la municipalité et le parc (5 ha) a subi quelques aménagements en 1998 avant son ouverture récente au public en 2003. Voir les dates et heures d’ouverture ici.

Parmi la belle collection de palmiers, le plus impressionnant est certainement le Jubae chilensis, appelé communément le Cocotier du Chili car ses fruits ont la forme de mini noix de coco.
Un palmier assez rustique (résistance à -12°c) qu’il n’est pas rare de rencontrer dans les parcs ou propriétés privées du grand sud et de la façade atlantique. Ce palmier a la particularité d’atteindre des dimensions gigantesques, jusqu’à 5m de circonférence (un record pour une plante non ligneuse).
Trois Jubae ont été plantés dans le parc et le plus impressionnant présente une circonférence à 1,3m  du sol de 3,44m et de 3,42m à 1,50m de hauteur (mesures actualisées lors de mon dernier passage en avril 2018)
La hauteur du stipe est estimée à 12,5m et ses feuilles portent la hauteur à environ 16m.

Son âge n’est pas connu précisément, il aurait été planté à la fin du XIXème, ce qui lui fait entre 120 et 140 ans.
Son état sanitaire semble excellent, mais l’espèce est très sensible au papillon du palmier (Paysandia archon) et au redoutable charançon rouge des palmiers causant de terribles ravages en France.

Coordonnées géographiques : N 42,60641° E 003,02832° – Altitude 4m

cocotier-du-chili-jubae-chilensis-capellans7D’autres Jubea chilensis sont remarquables en France. Le plus célèbre et le plus souvent représenté sur les cartes postales anciennes est sans nul doute celui d’Hendaye placé au milieu d’un rond-point et planté vers 1910 (coordonnées géographiques 43.371654°, -1.773169°).
Avis aux Têtards-Reporters, ce site de jardinage donne des infos intéressantes pour observer les Jubae les plus spectaculaires en France :
« Jubaea chilensis a été introduit en Europe en 1843 et les premiers spécimens français auraient été plantés à Lattes, près de Montpellier, en 1861. On trouve de très beaux sujets à Hyères, Saint-Tropez, autour de Cannes et de Menton, à la villa Thuret d’Antibes, ainsi qu’à Lorient, Morlaix (manoir de Kerozan) et Hendaye (place centrale). Les deux sujets de Lorient comportent des impacts de balles de la Seconde Guerre mondiale.
Au Chili, Le plus vieux Jubaea chilensis connu, baptisé La Capitana, serait âgé de 1 600 ans et mesure 28 m de haut. »
L’Association Fous de Palmier s’est aussi penchée sur le sujet et nous fait une sélection des plus beaux Jubae : ici.

Il est à noter qu’il ne reste que très peu de vieux Jubae dans son aire d’origine au Chili à cause d’une surexploitation massive qui a failli faire disparaitre l’espèce. En effet, ce palmier produit une sève très recherchée qui une fois distillée produit le vin de palme. Mais la récolte de la sève se fait en décapitant la tête du palmier ce qui entraine bien-sûr sa mort. Cette pratique est interdite depuis 1971.
Ceux en photos ci-dessous montrent les dimensions gigantesques que peut atteindre ce palmier. A gauche, deux Jubea dans les années 1900 en Californie.

Zona.02.Lotusland-1900spalmie5Après ce petit détour vers le monde des palmiers, revenons au sujet qui nous réunit sur ce blog : l’arbre dans tous ses états !
J’ai découvert dans ce petit jardin catalan une espèce qui m’était totalement inconnue atteignant des dimensions remarquables. Il s’agit du Troène luisant (Ligustrum lucidum), à ne pas confondre avec  le Troène de Chine (Ligustrum sinensis) très courant en horticulture et utilisé par les passionnés de bonsaïs. Une petite pancarte au pied d’un des plus beaux spécimens apportent de précieux renseignements sur cette espèce plutôt rare dans nos parcs : « le troène est généralement un arbuste assez commun qui sert à faire des haies au feuillage persistant. Le jardin possède plusieurs exemplaires exceptionnellement hauts et plus que centenaires, comparables à ceux du fameux jardin botanique de Kew en Angleterre ou du jardin des plantes de Paris. »

Il est originaire de Chine et s’est naturalisé sur le pourtour méditerranéen. Sa floraison dégage un parfum merveilleux, un enchantement ! Il se ramifie assez rapidement donnant une impression de multi-troncs avec de jolies racines apparentes.
Parmi les 3 ou 4 Troènes du parc, le plus impressionnant affiche une circonférence à 1,3m du sol de 3,2m et une hauteur de 18m (mesures actualisées en avril 2018).
Ils sont tous en très bon état sanitaire et partent souvent en multi-troncs dès la base.

Coordonnées géographiques : N 42,60622° E 003,02738° – Altitude 3m

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Note :
le rachat du domaine par la municipalité de St-Cyprien a permis de stopper un projet immobilier qui menaçait de faire disparaitre ce magnifique patrimoine arboré.

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8 réflexions au sujet de « Le cocotier du Chili à St-Cyprien, Pyrénées-Orientales »

  1. Superbe article
    Guy m’a fait découvrir un très beau spécimen près de Morlaix (Finistère) dans un parc privé. Je vais essayer de rédiger un article à son sujet. Il ne doit pas être très connu.

  2. Tu n’avais pas lieu de craindre le hors sujet, puisque le blog abrite lierres, vignes et glycines…
    Francis Hallè les considère comme des arbres, à chacun sa vision!

    Autrement, il y aussi les deux spécimens de Lorient, qui sont classés remarquables dans l’inventaire :
    http://www.arbres-remarquables-bretagne.org/fiche_arbres.php?cd_arbre=825
    certaines zones de la Bretagne sont propices aux plantes exotiques, il y a quelques jardin à visiter (conservatoire de Brest, Roscoff…)

  3. Ouf, je suis rassuré de ne pas être hors-sujet, mais j’avais assuré le coup avec le Troène luisant 😉
    Oui la Bretagne semble en avoir quelques beaux spécimens. Ceux de l’inventaire sont magnifiques mais je surpris par leur petite taille : 2,80m de circonférence à 150 ans ??? Ce sont ceux qui ont les impacts de balles de la seconde guerre mondiale ?

    Je connais le jardin de Roscoff (mais pas celui de Brest), j’avais été très surpris de voir tout ce que l’on pouvait faire pousser dans le nord de la Bretagne et même un peu jaloux en voyant certaines plantes qui ne tenaient pas à Montpellier 😉

  4. Joli !
    Je n’ai que très rarement l’occasion de voir des palmiers dans ma zone du nord-est.

    Pour ce qui est des records de circonférence pour du non ligneux, il ne faut pas oublier l’espèce, Dracaena et notamment Dracaena draco.

  5. Tout à fait d’accord Sisley, le Dracaena draco est une plante mythique mais je ne savais pas qu’elle pouvait atteindre des dimensions gigantesques. Parmi les Succulentes et surtout les plantes à caudex, il y en a certains qui sont de vrais colosses. J’ai d’ailleurs un extraordinaire Chorisia à Monaco à vous présenter prochainement 😉

    • L’occasion de nous le présenter dans un petit article, il est vraiment extraordinaire… et puis on resterait juste en limite du domaine du blog, c’est presque arboricole 😉

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