Honneurs et festivités autour du Cade de Castelnau, Gard

Le Cade de Castelnau est l’un des arbres les plus emblématiques du Gard.
Appelé également genévrier oxycèdre, cette espèce inféodée aux garrigues méditerranéennes ne se trouve la plupart du temps qu’à l’état buissonnant.
En revanche, celui de la petite commune de Castelnau-Valence, à quelques km au nord de Nîmes, est absolument hors-norme. Il atteint des dimensions records, uniques en France.
Un cade bien connu des passionnés arboricoles; il avait déjà été mentionné dans un court article sur le krapo en 2010.
Depuis, cette fierté locale a fait l’objet de plusieurs d’articles dans la presse régionale. Il apparait aussi fièrement dans le livre d’Yves Maccagno (Arbres remarquables du Gard) et il est même à l’origine de la création d’une association de sauvegarde du patrimoine, CVPHA (Castelnau-Valence son Patrimoine d’Hier et Aujourd’hui).
Je vous assure que ce genévrier est une véritable Star ! Alors, lorsque sa labellisation par l’association ARBRES se déroule le même jour que la cérémonie du festival de Cannes… Comment croire à une simple coïncidence ?
Pat’, notre reporter des garrigues, était bien-sûr présente en ce 22 mai 2015 pour le déroulement des festivités.
Retour sur le « Festival du Cade » !

genevrier-oxycedre-castelnau-valence05cade [6]Pour cette journée particulière, l’Association CVPHA et la municipalité ont eu la bonne idée d’organiser les festivités sous la forme d’un clin d’œil au festival de Cannes.
A défaut d’un tapis rouge, le bord du chemin était agrémenté d’une allée de panneaux aux informations intégrées dans des affiches de films retraçant l’histoire de l’arbre et de ses admirateurs. Au pied du Cade vedette, une affiche représentait un arbre schématiquement avec tous les messages laissés par les visiteurs (une boite aux lettres est placée à proximité pour recueillir les petits mots des promeneurs).

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Un Jury d’exception était sur place pour la remise du label « Arbre Remarquable de France ». Georges Ferterman, Président de l’Association ARBRES, a rappelé toute l’importance de valoriser et sauvegarder notre patrimoine arboré. Il conclut en résumant symboliquement le C.A.D.E. par: Conserver les Arbres pour Donner de l’Espoir.
Christophe Bougarel, maire de la petite commune gardoise, a souligné l’histoire fantastique de ce cade millénaire et a montré toute sa fierté qu’il ait survécu à la pression humaine (huile de cade) et aux catastrophes climatiques.
Paul Chavagnon, Président de CVPHA a rappelé que le cade était à l’origine de la création de l’Association en 2012.
Et le botaniste Yves Maccagno a été récompensé, non pas par une Palme d’Or mais par une Branche d’Or pour toutes ses actions menées pour la sauvegarde et la promotion des arbres remarquables du Gard. Il est également à l’origine du cerclage du Cade de Castelnau en 2012 pour éviter son éclatement.

cade [7]cade [5]Devant cette belle stèle en pierre de garrigue, on devine toute la bonne humeur d’une cérémonie réussie et mémorable.
Le reportage complet du « Festival du Cade » à voir sur le site de CVPHA : ici avec son petit film. Les articles de la presse régionale ici et .

cade [1]J’avais manqué le « Festival du Cade » mais, peu de temps après, j’ai eu l’occasion de faire un détour vers ce petit coin de garrigue…
La Starlette locale ne m’était pas totalement inconnue, à force de voir des photos et d’en entendre parler, j’avais l’impression de rendre visite à une vieille connaissance.
Mais en fait pas du tout !
La découvrir dans son environnement local au bord de son chemin et non pas sur une Croisette animée m’a bien surpris. Il faut dire qu’en matière de cade, j’avais rencontré dernièrement celui d’Opoul-Périllos et je ne pensais pas pouvoir être admiratif devant un autre représentant du genre. Pourtant, celui de Castelnau a un charme évident qui ne laisse pas indifférent. Le genre d’arbre qui procure un effet magnétique sur le visiteur. D’ailleurs, selon la légende il aurait abrité des assemblées du désert (des cultes protestants clandestins) durant les guerres de religion vers 1700. Il y a 300 ans, alors que nos Arbres de Sully étaient à peine centenaires, ce Cade était déjà suffisamment remarquable pour servir de repères aux habitants…
Son âge est très difficile à connaitre et il n’y a bien-sûr aucun document officiel permettant de dater son installation naturelle dans cette garrigue. La vitesse de croissance est très lente et au vu de ses dimensions il est fort probable que le Cade de Castelnau soit… millénaire !!!
Mais son environnement n’a pas toujours été constitué de garrigue. La progression de la garrigue sur ce territoire semble assez récente. D’après Pat’ elle ne daterait que de 60-70 ans suite à l’abandon des terres agricoles. A une certaine époque, il est fort probable qu’il se soit trouvé mêlé à une vie paysanne bien active et devait même faire parti du quotidien de certains habitants.

genevrier-oxycedre-castelnau-valence06Côté dimensions, le Cade de Castelnau fait parti de l’élite. Il est peu probable qu’un autre genévrier puisse rivaliser dans ce domaine, même chez nos voisins méditerranéens.
Il faut bien-sûr se remettre dans le contexte. Nous sommes en présence d’un ligneux répandu le plus souvent sous la forme d’un buisson et poussant sur des sols maigres dans des conditions de sécheresse et de chaleur extrêmes.
En septembre 2015, sa circonférence à 1,3m est de 4,80m.
Mais son pied se divise en deux à 1m de hauteur. Pour être rigoureux, il faudrait considérer deux pieds distincts et les mesurer séparément. L’un fait 3,05m de circonférence et l’autre 2,84m. Pat’, dans son article sur le krapo en 2010, les avait mesurés à 3,04m et 2,83m respectivement.
Il est difficile d’extrapoler un accroissement réel, mais si on se réfère à ces deux données, il serait d’1cm en 5 ans soit environ 2mm par an sur la circonférence. Ce qui confirmerait bien le caractère largement millénaire de ce cade.
Sa hauteur est assez faible; environ 10m et correspond bien aux rudes conditions de la vie en garrigue. Des hauteurs supérieures sont possibles (jusqu’à 15m) mais lorsqu’il pousse sur des sols frais et profonds.
Est-il possible de trouver des cades plus gros ? Certainement pas dans le département du Gard… D’après l’inventaire très exhaustif d’Yves Maccagno, celui de Castenau-Valence détient le record. Certains cades vénérables gardois ont d’ailleurs été décrits sur le krapo, à lire ou relire ici.
Il existe pourtant un autre cade pouvant rivaliser avec le gardois. Il s’agit bien-sûr du très photogénique cade d’Opoul-Périllos perdu dans les vignes des Corbières. En juin dernier, je l’avais mesuré à 5,05m à 1,3m de hauteur. Mais comme celui de Castelnau, son tronc a tendance à se séparer en plusieurs tiges. Positionner à 1m de haut sous la séparation des tiges, le décamètre affichait un exceptionnel 4,60m. Dans ces conditions, il est difficile de départager ces deux cades languedociens, les mesures sont proches mais restent difficilement comparables. La hauteur de celui d’Opoul est plus courte (6,25m) ce qui traduit des conditions de croissance certainement encore plus rudes et donc peut-être un âge encore plus avancé.

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Les vieux cades suivent une évolution assez semblable comme le fait remarquer Yves Maccagno dans son livre Arbres Remarquables du Gard.
Effectivement, les similitudes sont assez frappantes si l’on observe de plus près ces vénérables. La tige principale a tendance à se diviser en 2 voir 3 pieds distincts et à s’écarter progressivement jusqu’à provoquer la mort atroce du vieillard : la base du pied éclatée. C’est d’ailleurs pour éviter ce triste sort, que l’association CVPHA a cerclé les deux tiges de son cade remarquable en 2012.
Le botaniste gardois a également remarqué que les vieux cades étaient exclusivement des pieds mâles (les genévriers sont de sexes séparés, ils sont mâles ou femelles). La raison que seuls les cades mâles peuvent devenir très vieux reste mystérieuse et mériterait une étude scientifique approfondie.
Yves Maccagno annonce aussi que la majorité des cades d’exception se trouve sur le département du Gard et d’une façon plus globale, que la zone languedocienne est plus riche en vieux cades que celle de la Provence. Ainsi, parmi les 10 cades de plus de 3m de circonférence en France, 7 se trouvent au pied des Cévennes, 2 dans les Corbières et un seul en Corse.
Mais si l’auteur des Arbres remarquables du Gard connait comme sa poche tous les recoins de la garrigue, on peut se demander si les autres départements ont été autant prospectés. N’y aurait-il pas encore quelques cades millénaires cachés dans une garrigue provençale ou dans le maquis corse ? C’est bien possible ! D’ailleurs, lors de ma visite dans les Corbières, le propriétaire du Cade d’Opoul m’avait avoué à demi-mot que ce cade avait un petit frère… mais il avait vite ajouté que plus personne ne se souvenait de sa localisation précise…
Cette concentration de vieux cades en Languedoc pourrait s’expliquer par une activité ancestrale moins forte de production d’huile de cade, son principal ennemi ! En effet, jusqu’à une époque pas si lointaine, plusieurs distilleries exploitaient le cade pour en extraire une huile très recherchée notamment en médecine vétérinaire. En Provence, les traces des vieux fours sont assez fréquents en Haute-Provence et témoignent d’une activité intense qui a certainement du éliminer des cades vénérables. Les raisons d’avoir encore de si vieux cades de nos jours sont certainement multiples. Peut-être que certains, comme celui de Castelnau et d’Opoul, jouaient un rôle social important pour les populations locales ? N’y avait-il pas de la vénération pour ces arbres étonnants ?
Actuellement, il n’existe plus qu’une seule distillerie d’huile de cade en France (et même dans toute l’Europe !), elle se trouve dans le département voisin au pied du Pic St-Loup (Hérault) : la distillerie des Cévennes.

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Petit ajout en juin 2016 :

Pat’ m’informe qu’une nouvelle manifestation s’est déroulée auprès du Cade en mai 2016. Une rencontre encore festive organisée par l’Association CVPHA :

« Dimanche 22 mai 2016 une partie des membres parisiens de l’association A.R.B.R.E.S fait étape à Castelnau, lors de leur périple gardois à la découverte des arbres remarquables de notre département, sous la houlette d’Yves Maccagno. »

A voir le reportage complet sur le blog de l’Association : ici


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4 réflexions au sujet de « Honneurs et festivités autour du Cade de Castelnau, Gard »

  1. Sympathique cette petite cérémonie au pied de cet ancêtre, en plus de le célébrer cela a permis aussi de mettre l’accent sur l’important travail de Yves Maccagno.
    Mais es-tu Pat dans cette assemblée!?

    Juste une remarque au niveau du cerclage, je trouve les protections de l’écorce pas suffisamment large , elle risquent malgré la croissance lente de cette essence d’être absorbée rapidement, car un point de pression stimule la croissance.
    En général on utilise des sangles spécifiques assez large munie d’un gainage limitant les frictions…

  2. j’étais dans l’assemblée ce jour-là mais pas sur les photos ci-dessus puisque derrière l’objectif ☺
    pour ce qui est de la largeur des sangles il faut voir ça avec « le » spécialiste (Yves Maccagno), elles ont été faites sur mesure, quasiment du cousu main ☺

  3. Nouvel ajout en fin d’article, un reportage complet de l’Association CVPHA sur une journée festive en mai 2016 auprès du Cade.
    Merci à Pat’ pour cette information 🙂

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