Les érables du Causse d’Ifrane, Maroc

Le cèdre de l’Atlas est incontestablement le Roi du Moyen Atlas.
A ce sujet, plusieurs articles ont été publiés sur notre blog (voir la liste ici).
Mais ce milieu montagnard, sauvage et naturel, offre bien d’autres surprises. Nous avions déjà découvert de vénérables chênes verts « avaleurs de pierres » près d’Aïn Leuh, je vous propose désormais une petite excursion sur le Causse d’Ifrane à la rencontre d’incroyables érables.
erable-de-montpellier-causse-ifrane-8La petite ville d’Ifrane est très connue dans tout le Royaume du Maroc.
Hyper médiatisée avec l’un des Palais du Roi, elle est souvent présentée comme la « petite Suisse » du Maroc. En revanche, ce côté un peu trop « propre et ordonné » n’attire pas forcément les touristes occidentaux à la recherche de plus d’authenticité et de dépaysement.
Si les marocains venant de Fès et Meknès apprécient de monter à Ifrane à la recherche d’un peu de fraicheur, les touristes ne s’y attardent guère et poursuivent souvent leur route vers d’autres richesses naturelles.

Le causse karstique d’Ifrane se trouve sur la bordure nord des forêts denses et sombres de la cédraie. Bien que la pluviométrie soit importante (1500 mm / an), ces terrains calcaires superficiels restent très pauvres. Les paysages rappellent ceux de nos grands causses lozériens (Méjean, Sauveterre…) mais malgré une altitude voisine de 1800 m, la végétation est franchement méditerranéenne et composée essentiellement de chênes verts .
La densité d’arbres est faible et le sous-bois sur-pâturé par les moutons ne laissent pas apparaitre le moindre brin d’herbe… même en ce début d’hiver après une sécheresse exceptionnelle (malheureusement de plus en plus fréquente…).
Sur cette image de Google Earth à l’Est d’Ifrane, on distingue bien le boisement très clairsemé de chêne vert apparaissant en vert sombre. Mais on remarque aussi quelques tâches d’un vert plus clair correspondant à des arbres à feuilles caduques.
causse-ifrane-googleCe sont bien ces arbres défeuillés qui m’ont surpris en passant sur la route R707 en direction de Boulemane. Et la vue de l’un d’entre eux aux dimensions surprenantes a fini par me persuader de garer ma Super Dacia de location sur le bas-côté (malgré les plaintes et lamentations des autres passagers !).
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Je ne vous cache pas que j’ai eu quelques difficultés pour identifier cet arbre défeuillé.  La position des bourgeons me faisaient bien penser à un érable mais aucun autre indice ne me permettait d’aller plus loin. Et pas la moindre feuille sèche au sol pour m’aider non plus, les pauvres moutons affamés avaient tout dévoré depuis bien longtemps. Heureusement qu’un rameau à quelques mètres de hauteur présentant quelques feuilles rabougries et des samares m’a permis d’affirmer avec certitude qu’il s’agissait d’un érable de Montpellier. Quelle surprise de rencontrer cette espèce à 1800m d’altitude et dans de telles dimensions !
En décembre 2015, sa circonférence à 1,3m est de 3,55m. HALLUCINANT ! Il est rare en France de rencontrer cette espèce avec un tour de taille supérieur à 2m et souvent dans des conditions de croissance nettement plus favorables.
Son état sanitaire semble assez moyen, un autre pied à côté est mort et il est bien possible que la pourriture soit également passée dans la tige principale.
Je n’étais pas équipé pour réaliser une mesure de hauteur précise. Elle peut être estimée à environ 22m.
Il serait bien cavalier d’estimer avec précision son âge. Comment mettre en lien la vitesse de croissance de ce petit érable avec les rudes conditions montagnardes du Moyen Atlas ? Est-il possible que cet érable de Montpellier soit centenaire ? Peut-être…
 Coordonnées géographiques : N 33,45927° W 004,99817° – Altitude 1815m

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Dans cette garrigue très ouverte destinée au pâturage des moutons, cet érable n’est pas un cas unique. A quelques dizaines de mètres en amont, un autre vénérable étale tout son houppier. Les branches basses ont été taillées. Le feuillage est certainement destiné comme complément alimentaire aux animaux. Quelques frênes sont également présents et semblent suivre le même destin. En quelque sorte, des arbres têtards façon marocaine !

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Sa circonférence est légèrement plus faible : 3,40m mesurée à 1,3m du sol. Et une hauteur estimée à 18m.
Il semble appartenir à la même classe d’âge que l’érable précédent. Son état sanitaire parait en revanche moins préoccupant.
Coordonnées géographiques : N 33,45887° W 004,99961° – Altitude 1820m

Nul doute que ce Causse mérite d’être mieux parcouru. D’autres pépites arboricoles ont du échapper à la dent du mouton et pourraient bien surprendre « les chasseurs d’arbres remarquables ». Pour ma part, j’ai été contraint de regagner rapidement ma Super Dacia pour ne pas abuser de la patience de mes « compagnons de voyage »…


Ce causse se trouve dans le périmètre du Parc National d’Ifrane, le dernier créé des parcs marocains. Il est très grand et couvre également la cédraie du Moyen Atlas. De nombreuses publications décrivent cet environnement exceptionnel mais malheureusement menacé par une pression humaine très forte et de faibles moyens pour sa préservation.

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4 réflexions au sujet de « Les érables du Causse d’Ifrane, Maroc »

  1. J’avais zappé tes dernières pérégrinations Marocaines, super découvertes ces érables de Montpellier. J’avais oublié que l’on pouvait en rencontrer sur tout le pourtour méditerranéen.
    Ils ont quand même un peu une allure de têtard. Certainement pour l’alimentation du bétail ou pour du bois de chauffe. Vu les conditions climatiques et de sol, 100 ans n’est pas exagéré, je ne serai pas surpris qu’ils aient le double.
    En tout cas bravo, il fallait bien l’œil curieux et avisé d’un castor pour les identifier.

  2. Oui Y@nick, l’érable de Montpellier a une aire de répartition très large et déborde même bien au-delà de la zone méditerranéenne. Mais il reste souvent associé à des situations de croissance plutôt difficiles sur des sols calcaires peu profonds et à fort ensoleillement. Du coup, il est bien rare de le trouver dans de grandes dimensions.
    Avant cette rencontre marocaine, je ne pensais pas que l’érable de Montpellier pouvait devenir aussi gigantesque.
    🙂

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