Suite de la visite du Jardin des plantes de Montpellier

Il était impossible en un seul article de présenter toute la richesse du plus vieux Jardin des plantes de France.
La première partie avait dévoilé l’arbre emblématique du jardin : un fantastique filaire âgé de 400 ans et contemporain d’Henri IV. Au cours de cette visite, nous avions rencontré aussi un micocoulier colossal et un rarissime copalme d’orient.
Un an plus tard, continuons la visite avec d’autres spécimens tout aussi extraordinaires : un spectaculaire oranger des Osages,  un arbre de Judée hors d’âge, mais aussi des espèces rares de cyprès,… et pour finir, vous découvrirez l’incroyable supercherie du premier Ginkgo biloba introduit en France ! Oui-oui, on nous a menti et je tiens à dénoncer ici une véritable arnaque 😉

Note : les photos ont été prises à différentes époques entre 2001 et 2016 (l’aménagement du jardin s’est bien amélioré durant cette période 🙂 ).

Mais reprenons tout d’abord la visite avec un magnifique Oranger des Osages (ou Maclure épineux), dans une forme rampante très spectaculaire. Ses tiges ont fini par marcotter tout autour du pied mère, une particularité assez fréquente chez cette espèce. Sa belle écorce orangée et veinée de côtes beiges est du plus bel effet surtout après la pluie. Cet Oranger des Osages a été planté en 1822 à partir d’une bouture de tige femelle ramenée de Baltimore aux Etats-Unis. Sa fructification est très abondante tous les ans et ces fruits en forme d’orange (jaune) peuvent peser 1kg et produire 1 litre de jus !
C’est une espèce assez fréquente dans les parcs et jardins, notamment dans le sud de la France, mais celui de Montpellier est certainement le plus spectaculaire que j’ai eu la chance de rencontrer. En comparaison, celui du Parc de la Tête d’Or à Lyon, présenté également sur le blog, est beaucoup moins impressionnant.

Une autre vedette du jardin des plantes de Montpellier est un Arbre de Judée très ancien. Tellement ancien, que l’on ne connait pas précisément son âge. Il serait presque aussi âgé que le « Filaire-boite aux lettres » (400 ans) !!! Mais sa physionomie a bien changé, de nos jours il se présente à nos yeux sous la forme de vieux rejets nettement moins spectaculaires que lorsqu’il était en pleine force de l’âge et que son tronc faisait la dimension du tumulus de pierres, soit 7-8m de circonférence !
L’arbre de Judée présente une particularité très rare, généralement observée chez les arbres tropicaux, celle de produire des fleurs directement attachées au tronc (cauliflorie) avant la mise en feuilles, fin mars / début avril.

Beaucoup plus discrets et passant même inaperçus aux yeux du simple badaud, plusieurs espèces de cyprès rares ont trouvé refuge dans le jardin des plantes. Ne l’oublions pas, nous ne sommes dans un simple parc d’agrément mais dans un espace qui a aussi pour vocation l’étude et la sauvegarde des plantes méditerranéennes.
Le plus emblématique est très certainement le Cyprès de Duprez, (Cupressus dupreziana) appelé également Cyprès du Tassili. Cette espèce est fortement menacée de disparition dans son aire d’origine, le désert du Hoggar en Algérie. Plusieurs expéditions dans cette région difficile d’accès ont permis de prélever des semences afin de constituer des conservatoires génétiques de cette espèce dans d’autres zones méditerranéennes. Ceux du jardin des plantes de Montpellier (au nombre de 8) participent à ce rôle de conservation ex-situ. Ils ont été plantés à partir de graines rapportées dans les années 60. Leur croissance, dans un environnement nettement plus favorable que le désert saharien, est plutôt rapide pour des cyprès âgés d’une cinquantaine d’années : 2,20m de circonférence maximum mesurée à 1,3m du sol, et une hauteur totale jusqu’à 25m.
Dans les années 70-80, des plantations de Cyprès de Duprez, sur de plus grandes surfaces, ont été réalisées dans l’Hérault et l’Aude (ils feront l’objet d’un prochain article sur le blog 😉 ) pour mieux étudier leur comportement et assurer la production de graines (ces peuplements produisent déjà depuis plusieurs années).

On remarquera aussi la présence d’un beau Cyprès de Gowen (circonférence 1,85m et hauteur 25,5m en 2015), une espèce endémique à quelques stations très réduites de la région de Monterey en Californie. Cette espèce, très rare dans son aire naturelle, se rencontre assez fréquemment de nos jours dans les parcs d’agrément. On peut se féliciter des efforts de diffusion contrôlée de graines en provenance de différentes collections et non pas issues d’un pillage dans son aire d’origine menacée.

La visite du jardin mériterait que l’on s’attarde encore sur d’autres espèces remarquables, mais laissons aux visiteurs le plaisir de les découvrir par eux-même… et avec l’aide de l’excellente brochure éditée par la société de botanique de Montpellier et mise à disposition à l’entrée du jardin.
En revanche, en tant que Reporter intègre des Têtards, je ne peux pas passer sous silence l’histoire du célèbre Ginkgo biloba du jardin des plantes. Il est temps de dévoiler enfin toute la vérité, rien que la vérité, foi de Castor masqué !
La supercherie a assez duré : le Ginkgo planté dans le jardin des plantes de Montpellier n’est pas le plus ancien de France !
Ah ça fait un choc !
Eh oui, celui qui se trouve près de l’orangerie n’est pas le légendaire Ginkgo que Sir Joseph Banks aurait donné à Auguste Broussonnet qui l’aurait ensuite donné à Antoine Gouan pour le planter dans le jardin botanique de Montpellier en 1788, comme on essaie de nous le faire croire depuis tant d’années.
Maintenant, voici la vraie histoire : Antoine Gouan a bien reçu en 1788 un jeune plant d’Auguste Broussonnet qui l’avait lui même reçu en cadeau de Sir Joseph Banks, mais là où l’histoire diverge, c’est qu’il a préféré le planter dans son petit jardin privé de Montpellier au lieu d’en faire don au jardin des plantes !!!
Puis en 1795, Antoine Gouan devient directeur du jardin des plantes. Il décide alors de prélever une marcotte du ginkgo de son jardin pour le planter dans le jardin botanique… C’est celui que l’on voit de nos jours près de l’orangerie et que l’on prend pour le plus ancien ginkgo de France !
Mais l’histoire n’est pas finie, quelques années plus tard, Antoine Gouan s’aperçoit que l’exemplaire donné par Sir Joseph Banks est en fait un pied mâle. En 1830, Delile greffe des branches femelles (prélevées sur un ginkgo femelle de Genève) sur le ginkgo mâle du jardin botanique. Dès 1835, il fructifie abondamment et de nombreux descendants sont ainsi expédiés dans toute l’Europe.
Actuellement, une barrière (temporaire ?) ne permet pas de s’approcher de cette partie du jardin près de l’orangerie (l’Ecole De Candolle). Il n’est donc pas possible de mesurer le ginkgo du jardin botanique… on ne peut que l’admirer à distance. Il est d’ailleurs surprenant de constater sa relative petite taille pour son âge. Sa circonférence à hauteur d’homme peut-être estimée entre 2,75m et 3m, alors que certains ginkgos en France (donc plus jeunes) dépassent les 4m de circonférence et même plus de 5m pour celui de la bambouseraie d’Anduze. Sa hauteur en revanche  reste assez conforme à ce que l’on peut observer habituellement pour un vieux Ginkgo : 23m.

Mais alors, où se trouve le ginkgo d’origine planté en 1788 et surtout est-il toujours vivant ?
Pour répondre à cette question qui hantait mon esprit jour et nuit, j’ai du revêtir ma tenue de Reporter d’investigation et mener mon enquête dans les ruelles sombres du cœur historique de Montpellier.
Finalement, le jardin d’Antoine Gouan se trouvait juste à côté du jardin botanique, au n° 3 de la rue du Carré du Roi. La propriété est de nos jours privée, mais on peut voir derrière la grille un vénérable Ginkgo au milieu d’un minuscule jardin. Le Ginkgo de Sir Joseph Banks, le plus ancien de France, planté en 1788, vit toujours dans ce petit jardin privé à l’abri des nombreux visiteurs du jardin botanique.

 

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5 réflexions au sujet de « Suite de la visite du Jardin des plantes de Montpellier »

    • Merci Mickaël, mais c’est le rôle du Castor masqué de dévoiler la vérité, rien que la vérité. Je n’ai fait que mon travail de vengeur masqué !
      😉 😉 😉

    • Bonjour Eric,

      Je suis ravi de te savoir de passage sur notre blog 🙂 🙂 🙂
      Sur les 3200 espèces végétales du jardin botanique, il est probable qu’un séquoia ait été planté… mais je t’avoue que de mémoire je ne me souviens pas d’en avoir remarqué un, en tout cas aucun de dimensions respectables 😉
      En Méditerranée, les séquoias sont très rares et ce serait plutôt l’espèce sempervirens que l’on peut éventuellement trouver. En tant que « marqueur social » dans les parcs de château, le cèdre et le calocèdre ont toujours été privilégiés.
      Le seul séquoia géant remarquable que je connaisse sur le littoral languedocien est celui du parc des Capellans à St Cyprien (66), mais celui-ci tu l’as bien dans ton inventaire :
      http://www.sequoias.eu/Pages/Locations/st_cyprien.htm
      🙂

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