[ Alerte dépérissement ] Le Hêtre pourpre du Parc de la Pépinière à Nancy

Alerte ! Alerte ! Nouvelle alerte inquiétante de dépérissement !
Après le Chêne St Louis des Monts du Lyonnais (finalement mort à l’été 2017), le Marronnier de Vézac dans le Cantal, considéré comme l’un des plus gros et plus anciens marronniers de France (pas de nouvelles récentes depuis l’alerte lancée en 2015…), cette fois-ci il s’agit d’un autre arbre remarquable emblématique : le gros Hêtre pourpre du Parc de la Pépinière à Nancy.
Mais à la différence des deux alertes précédentes, des mesures de surveillance et de prévention sont en cours… alors, gardons un petit espoir de continuer à le voir verdir, ou plutôt rougir, encore quelques printemps…

Plusieurs hêtres pourpres ornent magnifiquement le grand Parc de la pépinière près de la place Stanislas à Nancy. Celui concerné par cette alerte dépérissement est le plus imposant et le plus spectaculaire d’entre eux. L’Association ARBRES lui a d’ailleurs décerné son prestigieux label « Arbre remarquable de France » en 2013.
C’est également un arbre bien connu de nos blogs arboricoles qui a fait l’objet sur le Krapo arboricole d’un article très complet écrit par Sisley  en 2009.
Vous l’aurez compris, il s’agit d’un arbre d’exception, une référence pour son espèce. Il est même, probablement, l’arbre emblématique de la ville de Nancy. Une notoriété tout à fait justifiée : ses dimensions sont hors normes et sa prestance dans le poumon vert de la ville fait de lui une véritable vedette.
Pour toutes ces raisons, il était dans le haut de ma liste des arbres à visiter lors de mon passage dans la capitale lorraine en juillet dernier… Mais je ne m’attendais pas à le rencontrer en si mauvais état !
Depuis l’été dernier, un  périmètre de protection ne permet plus de s’approcher de lui. Néanmoins, même à bonne distance, la base de son tronc parait monumentale : environ 6,75m de tour de taille. Mais cette impression colossale est accentuée (pour ne pas dire faussée…) par la fusion de deux troncs. Avec cette particularité, il est l’un des plus gros  hêtre pourpre inventorié en France.
Son envergure est immense et sa cime culmine à la hauteur vertigineuse de 41m !
Pourtant ce hêtre n’est pas aussi vieux qu’il n’y paraît, sa date de plantation ne remonte qu’à 140 ans, vers les années 1875-1880. Les hêtres peuvent vivre plusieurs centaines d’années, certains auraient même atteint l’âge canonique d’un demi-siècle.
Son dépérissement actuelle n’est donc en rien dû à son âge actuel…

Message de la municipalité :
« Le hêtre pourpre (…) est suivi par des experts indépendants depuis 1996. Un bulletin de santé annuel montre que cet arbre est malade, attaqué par l’haplopore et l’ustuline, deux champignons lignivores. Lors de la dernière visite de contrôle du 8 juin 2017, le diagnostic confirme que la fissure entre les deux troncs s’accentue. Le hêtre pourpre est devenu dangereux pour le public dans son environnement immédiat. Un périmètre de sécurité évite toute approche. la surveillance sanitaire est renforcée pour suivre l’évolution mécanique de cet arbre. »

Quelques précisions sur les deux champignons responsables de l’état actuel de la Star Nancéenne :

  • L’haplopore du frêne (Perreniporia fraxinea) qui n’est pas spécifique au frêne mais se rencontre aussi sur de très nombreuses espèces feuillues (dont le hêtre…). Il forme des consoles caractéristiques des polypores à la base du tronc (visibles sur la photo ci-dessus).
  • L’ustiline brûlée (Ustulina deusta) est très différent du précédent, la partie visible du champignon forme des croutes blanches puis brunes sur le tronc à chaque printemps. La pourriture du bois, provoquée par le mycélium, est dite alvéolaire.

Ce sont bien des champignons lignivores qui provoquent une pourriture du cœur du tronc et à terme la chute de l’arbre. Ils peuvent par conséquent représenter un véritable danger pour la proximité des promeneurs. Les arbres atteints par ces champignons sont condamnés à s’effondrer (quand? au prochain gros coup de vent ?), aucun soin miraculeux ne pourra les sauver… Seule la surveillance de la progression du champignon et des mesures de résistance du tronc sont à poursuivre pour déclencher le plus tard possible le moment de son abattage.
Se pose alors le problème de la durée de la mise en place de ce grand périmètre de protection installé autour du malheureux Fagus et qui pourrait inciter la municipalité à accélérer l’abattage du colosse devenu trop dangereux.

L’école du Breuil, associée à la Mairie de Paris, a mis en ligne un document très complet sur les diagnostics et les dégâts causés par ces champignons lignivores sur nos arbres urbains : à consulter ici.

Pour mémoire (article de l’Est Républicain), un somptueux hêtre pleureur s’était brutalement effondré en février 2011. On avait mis en cause de fortes chutes de neige mais il s’est avéré aussi que ses racines étaient très attaquées par un champignon parasite. Ce n’est peut-être qu’une simple coïncidence, mais sa proximité immédiate (à peine 30m) avec le magnifique hêtre pourpre aujourd’hui atteint pourrait être à l’origine de la propagation du champignon par contacts racinaires…


A noter une drôle de coïncidence, à 600 km au sud de Nancy, le poumon vert de la ville de Gap dans les Hautes Alpes, s’appelle également Parc de la Pépinière… mais la comparaison s’arrête là, aucun Hêtre pourpre dans la pep’ de Gap !


Share Button

7 réflexions au sujet de « [ Alerte dépérissement ] Le Hêtre pourpre du Parc de la Pépinière à Nancy »

  1. Pour mémoire, le plus gros spécimen du blog se situe dans le Calvados.

    http://lestetardsarboricoles.fr/wordpress/2012/11/17/le-hetre-pourpre-de-mondrainville-calvados/

    Il a la même particularité que celui de Nancy, le tronc est formé par la fusion de plusieurs axes. Finalement, on peut se réjouir qu’il n’y ait pas eu de taille de formation visant à leur former un tronc unique. Même si cette architecture peut poser des problèmes de fissures à l’insertion des différents axes.
    À Rennes, le fameux cèdre du parc du Thabor est lui aussi en sursis, il ne lui reste qu’une paroie de 10 cm de bois sain et présente une fissure sur son tronc
    Pour le maintenir, un périmètre interdit a été balisé et une taille d’éclaircissement (consistant principalement à retirer les branches mortes sous les plateaux) à été pratiquée pour limiter l’action du vent.

    • Je me demande combien de temps ils laisseront en place ce périmètre de protection dans le Parc de la Pépinière ? L’évolution de la maladie peut prendre plusieurs années avant de voir s’effondrer le colosse, surtout si on fait comme sur celui du Thabor une taille d’allègement… mais combien de temps les responsables du parc seront prêts à condamner la zone autours du hêtre ?

  2. A propos des Hêtres pourpres, en 1990… j’ai observé une mortalité soudaine
    en deux ou trois ans de tous ceux du Parc de St Pons (3 arbres).
    Puis également 2 sujets en Vallée de l’Huveaune à proximité du cours d’eau.
    Ces Hêtres pourpres avaient tous des dimensions importantes de l’ordre de
    25 à 28m de hauteur pour des circonférences de 400 cm à 550 cm. avec un seul
    tronc sans anastomose.
    Et la constatation finale, c’est qu’ils avaient tous l’âge de 150 ans.
    Ce qui laisse penser que la longévité réduite du Hêtre pourpre aurait peut être un rapport avec sa rapidité de croissance radiale et les cellules cambiales plus fragiles de son bois vis à vis des champignons lignivores.
    Je fais suivre une photo d’un Hêtre pourpre en fin vie du Parc de St Pons.

    A+

    • C’est vrai que les hêtres pourpres semblent plus fragiles que nos hêtres de montagne et semblent plus sensibles à ces pourritures du cœur.
      En tout cas, je n’imaginais pas qu’il y ait des hêtres pourpres aussi volumineux dans les Bouches du Rhône, ce parc de St Pons présente vraiment des potentialités surprenantes !!!
      Merci Gilbert pour ce partage 🙂 🙂 🙂

  3. Je n’ai actuellement pas le temps de faire des prospections sur la région ; mais j’aimerais bien trouver des Hêtres pourpres encore vivants de cette période… entre 1987 et 1994. En Vallée de l’Huveaune, il y a une chance d’en trouver 1 ou 2…??.
    Avec un ami qui possède une petite forêt sur la Sainte Baume, nous observons l’évolution d’une vingtaine de Hêtres pourpres âgés de 50 à 60 ans, que son grand père avait planté ; étouffé par la densité végétale, on désespère de les voir un jour avec un gros diamètre, ce ne sont actuellement que des cannes à pêche de 12 à 15 m.
    Mon ami n’est pas favorable pour la solution d’éclaircir autour des Hêtres, on ne sera donc plus de ce monde quand ces Hêtres seront de tailles respectueuses.
    Bonsoir Castor.

    • la mortalité de ces hêtres pourpres à St Pons est-elle due aux sécheresses successives que l’on subit depuis le début des années 2000 ?
      A la différence des tilleuls et autres chataigniers, champions de la résilience et qui parviennent à survivre avec juste quelques cm de bois vivants, le hêtre ne survit pas longtemps à la dégradation de son coeur et s’effondre rapidement (et sans prévenir…) aux premiers gros coups de vents 🙁
      Je ne connais pas le parc de St Pons, mais j’imagine qu’il doit être assez abrité du mistral ?

  4. Les Hêtres pourpres de St Pons et de la Vallée de l’Huveaune sont morts pour la majorité entre 1990 et 1993.
    La sécheresse la plus grave avant cette date s’est étalée du 1er Juillet 1988 au 1er septembre 1989… 320 mm de pluie au lieu des 750 mm habituel… aurait elle eu un impact suffisant ?. D’autres essences sont également mortes par la suite… Sapin d’Espagne (1994), Platane oriental (1997).
    Seul le vent d’ouest (Ponant) s’infiltre un peu dans la Vallée de Saint Pons.
    Mais en général, le parc est à l’abri des vents forts.

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *