Quelques arbres fascinants à Toulon

Alors que partout en France, on s’émerveille devant les arbres géants d’Amérique du Nord importés au XIXème siècle, ici en Méditerranée et tout particulièrement à Toulon, ce sont les arbres d’Amérique du Sud qui font le spectacle et tiennent la vedette :
Belombra de la Pampa, Erythrine d’Argentine, Schinus du Pérou… Ambiance latino assurée, dépaysement total ! Ay caramba, c’est muy caliente à Toulon pour les chasseurs d’arbres !
L’essentiel de la richesse arboricole de la capitale varoise se trouve concentrée dans trois parcs publics avec pour chacun une singularité bien spécifique.
Mais avant de partir les découvrir, jetons un rapide coup d’œil à ce méga rond point régulièrement submergé par les embouteillages entre le Quai de la Marmora et la bretelle d’accès à l’A50.
Plusieurs silhouettes se distinguent : celle en flèche d’un cyprès de Provence, celle trapue et tortueuse de vénérables oliviers et une autre qui pourrait nous rappeler celle d’un saule pleureur… Eh non, pas du tout ! Il va falloir s’habituer à cette silhouette assez fréquente à Toulon, il s’agit d’un Schinus molle. On l’appelle également « faux-poivrier » à cause de l’odeur poivrée qui se dégage en froissant ses feuilles. Pour les fidèles lecteurs, cet arbre originaire des Andes péruviennes ne devrait pas leur être totalement inconnu. Un magnifique specimen à Menton avait été présenté sur le Krapo arboricole et plus récemment celui du jardin de Jnan Sbil à Fès (Maroc) avait fait aussi l’objet d’un article.

Ce Schinus est le plus majestueux que j’ai pu rencontrer à Toulon. En mars 2017, sa circonférence mesurée à 1,3m du sol est de 3,14m et sa hauteur totale de 14m. Il possède un tronc relativement bien cylindrique, ce qui est plutôt rare pour cette espèce. On peut signaler aussi, de l’autre côté de la ville, un bel alignement de Schinus le long du parking de la plage du Mourillon.
Justement, tant que nous sommes à la plage du Mourillon, c’est le moment non pas d’aller se baigner mais de gravir les marches d’un escalier monumental pour découvrir les trésors du jardin d’acclimatation. Un endroit d’une richesse incroyable, ouvert au public et qui devrait ravir tous les passionnés de plantes exotiques. Le jardin d’acclimatation a été créé en 1887 sur une surface d’un hectare avec pour objectif celui d’acclimater les espèces exotiques rapportées lors des grandes expéditions maritimes. Longtemps à l’abandon et dévasté par les bombardements de 1944, il a été magnifiquement restauré. Outre son intérêt botanique (grâce aux nombreux étiquetages sur les arbres), il est devenu aussi un vrai parc d’agrément.
Avant même d’avoir franchi la majestueuse grille d’entrée « versaillaise », le visiteur sera certainement intrigué par un curieux buisson dont les tiges dressées et dénudées donnent l’aspect d’un orgue végétal gigantesque. Il s’agit d’un Brachychiton à feuilles de peuplier que l’on retrouvera également dans une forme plus traditionnelle dans un autre parc. Il semble que cette espèce australienne ait du mal à supporter les hivers les plus rudes du littoral varois. Celui du jardin d’acclimatation serait reparti sous forme de buisson suite au gel de 1956.
Une belle collection de palmiers est à découvrir dans ce parc, mais si on se limite aux « vrais » ligneux, on peut apprécier tout particulièrement plusieurs Filaires à feuilles étroites atteignant ici des dimensions peu courantes en France. Son tronc argenté et ses feuilles ressemblant à celles de l’olivier (dont il partage la même famille), le distingue aisément du Filaire à larges feuilles qui atteint des dimensions souvent supérieures. Dans ce jardin, le Filaire à feuilles étroites (« Taradeau » en provençal, comme le nom de la commune du Centre Var) forme des buissons de près de 10m de hauteur avec des brins dont la circonférence est comprise entre 1m et 1,5m.

 A noter également dans ce jardin, un joli caroubier d’une circonférence de 2,16m, un pistachier lentisque (circonférence 0,73m) et ce splendide arbousier en photo ci-contre :

Poursuivons ensuite la visite au centre de Toulon, dans son parc le plus fréquenté et où se trouve l’arbre le plus célèbre de la ville. Le Jardin Alexandre Ier (anciennement Jardin du Roy) possède quelques beaux arbres dont le spectaculaire Belombra (Phytolacca dioica). Cette espèce extraordinaire originaire du Brésil et d’Argentine n’atteint pas ici les dimensions hallucinantes que l’on peut observer chez certains sujets plantés dans d’autres villes méditerranéennes, comme ceux de Lisbonne présentés par Y@nick sur notre blog. Mais celui du Jardin Alexandre Ier donne un aperçu du potentiel fabuleux de cette espèce à vouloir s’étaler négligemment sur le sol ou sur les trottoirs d’où son surnom d’ Arbre du trottoir. En mars 2017, sa circonférence prise à 1,3m du sol est de 4,66m et à 50cm au dessus du sol la bête mesure environ 8m de tour de taille. Sa hauteur totale est de 13,5m. Bien que placé discrètement dans un coin du parc, il a tout de même un statut d’arbre vedette. C’est l’attraction préférée des enfants qui ne résistent pas l’envie de l’escalader ou de se suspendre à ses branches. On remarquera qu’il perd ses feuilles en hiver alors que ceux que j’ai rencontrés au Maroc (dans des zones où les hivers sont très doux) les conservent.

A découvrir également dans le Jardin Alexandre Ier, un joli Zelkova (circonférence 3,09m), de vieux Pittospores de Chine, et un majestueux Chêne vert (circonférence 2,42m).
En prolongeant vers l’ancien Hôpital, la bordure du parc est encore en travaux pour une durée indéterminée (mais on sait bien qu’à Toulon les travaux ont tendance à s’éterniser plus que de raison…). On peut apercevoir malgré tout sur le parvis de la chapelle un beau Cyprès chauve dont la tête est cassée.

Le dernier parc de cette tournée arboricole est véritablement mon coup de cœur dans la citée varoise. Le Jardin du Las (du nom de la rivière longeant le parc), appelé aussi Parc Brunet, est une petite merveille à découvrir absolument ! Il abrite également le Muséum d’histoire naturelle de Toulon avec de nombreuses animations pour le public. D’une surface d’1,5 hectares, il a été créé par des marins toulonnais il y a environ 150 ans. Les plantes exotiques bénéficient de la fraicheur de la petite vallée du Las et atteignent de belles dimensions. Un majestueux Cèdre de l’Atlas (circonférence 5,13m hauteur 22m) trône au milieu de la pelouse. Un aménagement en bois du plus bel effet a été installé à son pied.
Les vieux arbres sont nombreux dans ce jardin et on appréciera la présence de quelques panneaux descriptifs à leur pied pour faire découvrir ces essences exotiques et sensibiliser le public.
L’arbre le plus fabuleux n’est pas le plus spectaculaire et doit bien souvent passer inaperçu en dehors de sa floraison. Il s’agit d’une Erythrine à crête de coq (Erythrina crista-galli) nommée habituellement Ceibo en Amérique du Sud. Deux pieds ont été plantés à proximité et ont atteint des dimensions hors normes (réputés comme les plus gros de la région PACA). Mais ils se sont effondrés et ont du être coupés. Les parties visibles des deux plantes ne sont que des rejets de la plante mère. En mars 2017, la circonférence de l’une des tiges est d’1,76m. Mais la base du tronc montre une section qui devait avoisinait les 3m de circonférence à l’origine. Lors de mon passage, je n’ai pas pu profiter de sa belle floraison, la photo jointe en fleur est celle d’une autre Erythrine prise au mois d’aout dans un parc de Fréjus. Une floraison magnifique dont l’Argentine en a fait sa  fleur nationale. Son bois est également réputé pour la confection des tambours (je ne sais pas qu’elles sont les caractéristiques du bois demandées pour un tel usage…).

Un peu plus loin dans le jardin du Las, on retrouve le Brachychiton à feuilles de peuplier (Brachychiton populneus) déjà évoqué dans le jardin d’acclimatation. C’est l’arbre bouteille des Aborigènes d’Australie, le Kurrajong. Malheureusement on ne peut pas l’apprécier dans sa forme bouteille, l’espèce semble avoir quelques problèmes de résistance au froid à Toulon. La présence dans le parc de ces deux pieds accolés pourraient être issus d’une même souche. La circonférence de la plus grosse tige est d’1,67m, pour une hauteur totale de 18m.  L’arbre conserve ses feuilles en hiver. Elles ressemblent vraiment aux feuilles du peuplier noir. Ses graines sont réputées pour être utilisées en substitut du café (une info utile à retenir pour ceux qui souhaitent participer à Koh Lanta !).

 On peut découvrir aussi un vénérable Arbre de Judée (circonférence 2,60m), effondré et vrillé comme à son habitude pour les vieux sujets. Et parmi les rares représentants d’Amérique du Nord, signalons un beau Copalme d’Amérique et un Magnolia grandiflora (circonférence 3,07m).
Cette petite tournée arboricole se finit en longeant le quai du Commandant Rivière (à noter d’ailleurs quelques très vieux cyprès alignés dans la contre allée) jusqu’au rond point du Schinus du début de la visite.
Mais pour prolonger un peu le plaisir, je vous encourage à poursuivre au delà de Toulon (même s’il faudra affronter les terribles bouchon du tunnel) jusqu’à la petite commune de La Valette du Var où le Jardin remarquable de Baudouvin (payant, mais pas cher !) devrait également vous émerveiller avec son magistral Camphrier en place centrale :

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2 réflexions au sujet de « Quelques arbres fascinants à Toulon »

  1. À noter également au jardin d’acclimatation du Mourillon un beau et très étrange Photinia de grande taille contre la grille sud. Il pourrait s’agir du rarissime Photinia nussia.

  2. Arghhh il m’a échappé ce Photinia, c’est dommage car c’était en plus la période de floraison pour les photinias.
    Je le retiens pour mon prochain passage à Toulon, merci pour cette info.
    J’ai du d’ailleurs zapper pas mal d’autres merveilles, surtout au niveau des arbustes, je suis trop attiré par les gros ligneux 😉

    Je suis preneur pour d’autres pistes arboricoles qui complèteraient cet article des arbres remarquables à Toulon 🙂 🙂 🙂
    Merci

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